L'Hebdo;
2004-05-19 Federer et la malédiction parisienne
tennis Depuis 1983, aucun attaquant dans son genre n'a triomphé sur la terre battue de Roland-Garros.
Dans l'absolu, Roger Federer peut gagner Roland-Garros. D'ailleurs, à cette époque de l'année, vous ne trouverez pas un spécialiste qui oublie de placer le Bâlois parmi les favoris de l'épreuve parisienne, qui débute lundi prochain. Ne serait-ce que parce qu'il est numéro un mondial. Et parce qu'il est capable de s'imposer sur toutes les surfaces, lui qui a déjà remporté Wimbledon sur gazon, l'Open d'Austalie sur synthétique, le tournoi de Dubaï sur ciment et celui de Hambourg sur terre battue. Reste que, pour une foule de raisons statistiques, le Bâlois ne soulèvera probablement pas le trophée parisien cette année.
Le premier obstacle est technique: la terre parisienne reste fondamentalement hostile aux attaquants. A part Noah en 1983, tous les grands serveurs ont échoué à Roland-Garros, qu'ils s'appellent Mc Enroe, Sampras, Leconte, Becker, Edberg ou Stich. Le deuxième obstacle est météorologique. Pour avoir des chances à Paris, un joueur offensif comme Federer doit bénéficier d'une météo radieuse. Plus il fait chaud et plus les courts sont rapides, ce qui permet généralement au volleyeur de faire jeu égal avec le relanceur. Mais qu'il pleuve une seule fois durant la quinzaine ou dans les jours qui précèdent, et l'on verra l'armée de crocodiles (Coria, Moya, Hewitt, Ferrero, Costa) s'épanouir dans la boue ocre.
A cela s'ajoute une question d'expérience. La terre réclame un jeu spécifique et elle couronne généralement de véritables spécialistes de la surface. Même un champion polyvalent comme André Agassi (ou, chez les filles, une Martina Hingis) ont mis très longtemps à s'imposer à Roland-Garros.
Le quatrième obstacle est physique. Des sets disputés sur terre sont bien plus longs que ceux joués sur gazon, ciment ou synthétique. Pour corser le problème, le tournoi se dispute au meilleur des cinq sets. Du coup, un match vite plié se dispute en deux heures, et une rencontre au couteau dépasse facilement le cap des quatre heures. Roland-Garros est donc le tournoi qui réclame la meilleure condition physique. Celui aussi qui fournit le plus gros avantage à un joueur dopé. Ce qui n'est, à l'évidence, pas le cas de Federer. Mais, c'est encore une évidence, son cas n'est pas généralisé dans le tennis actuel.
Le dernier obstacle tient à la motivation du joueur. Le Bâlois ne peut pas courir tous les lièvres à la fois. Et son prochain objectif semble davantage les JO d'Athènes que Roland-Garros.
Autant dire que, pour que le Bâlois s'impose à Paris, il faudrait un maximum de réussite. Qui prendrait la forme d'un anticyclone sur Paris, d'un tirage au sort favorable qui ne place pas sur sa route des crocodiles genre Coria, Moya, Hewitt. Sans oublier un coup de pouce du destin qui prendrait la forme de l'élimination des poids lourds placés sur sa route triomphale. Bref, un petit miracle. Le genre de surprise qui arrive une fois tous les vingt ans. |Jocelyn Rochat
|