Adèle, une voix pour le XXIe siècle
Peut-être dit-on trop de mal de la bière et des cigarettes. C’est une interrogation à l’instant de constater l’effet des dites substances sur l’organe vocal d’Adele Laurie Blue Adkins, née en 1988 à Londres.
Adele a donc un grain sur la voix: celui, rocailleux, du blues et du gospel pardessus un doigt de country. Il permet à des pop songs qui pourraient être banales d’être ainsi portées à hauteur d’hymnes. Avec 21, et son euphorique tube Rolling in the Deep, sorti au début de 2011, la chanteuse britannique a fracassé les hit-parades européens, puis mondiaux. En Grande-Bretagne, avec 3,4 millions d’exemplaires écoulés, 21 est devenu l’album le plus vendu du XXIe siècle. C’est une bonne nouvelle, tant cette voix et cette personnalité en chair et en âme planent audessus du tout-venant de la bande FM.
Christine Lagarde, de l'élégance dans la fermeté
Du chaud lapin à l’élégant dauphin. De Dominique Strauss-Kahn à Christine Lagarde. La direction générale du Fonds monétaire international (FMI), K.-O. debout après les démêlés judiciaires de DSK, a rapidement retrouvé tous ses esprits depuis juillet 2011.
L’ancienne championne de natation synchronisée, dont le nouvel appartement à Washington, siège du FMI, se devait d’être équipé d’une piscine et proche du Potomac, nage avec autant de puissance que de souplesse dans les flots tempétueux de la crise de la dette. La puissance, Christine Lagarde la goûte depuis que la presse américaine l’a désignée meilleure ministre des Finances de la zone euro en 2009 et parmi les 100 personnes les plus influentes au monde en 2010. La souplesse, elle l’expérimente, à 56 ans, dans son yoga quotidien et ses multiples contacts avec les grands de ce monde. Des grands aux pieds d’argile qu’elle modèle avec tact et fermeté. Ainsi, aux Chinois dont la devise est clairement sous-évaluée, elle souligne habilement que «la Chine a besoin d’une monnaie plus forte».
Aung San Suu Kyi, une présence indéfectible
En 1991, la Birmane Aung San Suu Kyi recevait le prix Nobel de la paix. Elle n’avait pu venir le chercher, astreinte à résidence par la junte militaire au pouvoir, depuis le refus de celle-ci de reconnaître la victoire aux élections du parti de «la Dame», fille d’un héros de l’indépendance assassiné l’année de ses 2 ans. Le monde avait alors découvert une figure pleine de grâce et de détermination portant à bout de bras les aspirations de son pays pour la démocratie.
Vingt ans plus tard, à 66 ans, Aung San Suu Kyi est libre. De ces vingt ans, elle en a passé quinze entre la prison et la résidence surveillée. Mais où qu’elle se trouve, elle n’a pas cessé de se faire entendre. En 2011, au moment où sa vie est dépeinte par Luc Besson dans son film The Lady, Aung San Suu Kyi s’est engagée dans une nouvelle voie, celle du dialogue avec un gouvernement qui, la laissant libre, tente de se refaire une respectabilité internationale. Certains lui reprochent de se laisser ainsi manipuler par les militaires. Mais si les promesses de réformes devaient s’avérer n’être que du vent, il ne fait aucun doute qu’Aung San Suu Kyi serait prête à militer pour sa cause vingt ans encore s’il le faut.
Angela Merkel, mère courage de la zone euro
La chancelière allemande a enfoncé la top-modèle First Lady française Carla Bruni. C’est elle qui fait désormais nom commun avec Nicolas Sarkozy, comme Angelina Jolie et Brad Pitt forment Brangelina. En 2011, on n’a vu que le couple franco-allemand: Merkozy. Lui à Berlin, elle à Paris, eux à Bruxelles jusque tard dans la nuit, et même un week-end à Cannes.
Seule leader du G20 née au coeur du glacis que l’Union soviétique avait imposé à l’est du continent européen, la physicienne de 57 ans est devenue la mère courage de la zone euro, plaidant l’austérité et la rigueur auprès des endettés chroniques, refusant de faire fonctionner la planche à billets et l’inflation pour éponger les dépenses inconsidérées à crédit. D’effets d’annonce en plans de mesures contraignantes, Angela Merkel a inventé avec Nicolas Sarkozy une nouvelle gouvernance européenne.
Le règne des Merkozy sur l’UE dureratil? Le président français n’a pas encore gagné sa réélection et le leadership de la chancelière allemande est aussi violemment contesté: la petite Ossie est parodiée en nouvel Hitler imposant son intransigeance à des partenaires jouant la carte de l’indignation avec d’autant plus de force qu’ils ont été imprévoyants.CT
Ellen Johnson Sirleaf, la controversée
Cela semblait inévitable: le prix Nobel de la paix 2011 devait revenir à l’un ou l’autre des militants du printemps arabe. Mais le comité suédois en a décidé autrement. Trois Libériennes ont été choisies, Leymah Gbowee, Tawakkul Karman et Ellen Johnson Sirleaf, choisies «pour leur lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer aux processus de paix». Première femme élue à la tête d’un pays africain en 2005, puis en 2011, Ellen Johnson Sirleaf, 73 ans, a repris les rênes d’un pays meurtri par la guerre civile. A son crédit: l’assainissement des finances publiques et la hausse des investissements. Mais ses liens avec l’ancien dictateur Charles Taylor, sa difficulté à lutter contre la corruption, ou encore son prix, reçu à quelques jours des élections en novembre dernier et perçu comme opportuniste, obscurcissent son image au Libéria.CBÜ
Amy Winehouse, pour l'éternité
C’est sans crier gare qu’Amy Winehouse a débarqué un beau jour d’octobre 2003 avec Frank, premier album gorgé de soul, avec un doigt de jazz et un brin de hip-hop dans la scansion. Un look ultratypé, une gouaille «so british», il n’en fallait pas plus pour que les médias voient en elle la Billie Holiday du XXIe siècle. Car la miss Amy n’avait rien, du haut de ses 20 ans, d’une mode passagère. Las, la Londonienne allait alors prouver qu’elle maîtrisait autant son extraordinaire vibrato que l’art de l’autodestruction. Entre dope et alcool, la plongée sera vertigineuse.
Malgré la sortie en 2006 d’un second album lumineux, Back to Black, Winehouse titube sur scène et, au civil, fonce droit dans le mur. Décédée le 23 juillet dernier, le jour où elle devait être au Paléo, elle a rejoint comme certains le prédisaient «le club des 27», sordide groupe post-mortem formé de Joplin, Hendrix, Morrison et Cobain, morts comme elle à 27 ans.
Sa disparition a fait d’elle une icône. Au-delà du cliché, restent deux disques – et une compilation posthume – lumineux et inépuisables.SG
EVELINE WIDMER-SCHLUMPF, l'effet papillon
Elle est l’effet papillon appliqué à la politique suisse. On l’a encore vu lors de la récente élection du Conseil fédéral en contemplant l’embarrassé Hansjörg Walter: l’UDC est un parti d’hommes carrés, forts. Physiquement s’entend. Ils devaient la broyer, ils voulaient la réduire au rang de petit incident de l’histoire.
Mais cette elle, cette silhouette toute menue, élégante et imperturbable de 55 ans qui a fait vaciller les colosses, et oblige tout le système politique suisse à bouger, à se relégitimer. Un petit oui un matin de décembre 2007 et quatre ans plus tard une représentation parlementaire atomisée et la nécessité de repenser la coalition gouvernementale.
C’est que la ministre grisonne est si sérieuse et compétente qu’on ne saurait se passer d’elle pour affronter les dossiers aussi techniquement ingrats que la fiscalité ou aussi révolutionnaires que la sortie du nucléaire.
Morale de 2011: les machos trop sûrs d’eux sont avertis, ils doivent se méfier des frêles papillons.CT
Rebekah Brooks, la papesse du scandale
Elle a traqué le scandale pendant des années, Rebekah Brooks. Ou plutôt: mis ses équipes sous pression, pour qu’elles dénichent histoires de coucherie, de drogue ou de gros sous, afin de les placarder à la une de ses journaux.
Aux commandes de News International, la branche britannique du groupe de presse de Rupert Murdoch (News Corp.), la lionne aux boucles rousses était l’une des femmes les plus puissantes du Royaume-Uni. Jusqu’à sa chute, brutale, au mois de juillet.
Eclate alors l’affaire News of the World, titre phare du groupe en Angleterre. The Guardian révèle que le tabloïd pratique l’écoute téléphonique, évidemment interdite. Le problème est systémique. Des milliers de lignes ont été épiées grâce au concours de policiers soudoyés et de détectives privés. La gravité de la crise est telle que News of the World disparaît le 10 juillet, après 168 ans de parution.
Arriviste et sans scrupules, Rebekah Brooks incarne ce manque d’éthique qui choque la Grande-Bretagne. Au coeur du scandale, elle démissionne le 15 juillet. Dommage que News of the World ne soit plus là pour en faire ses choux gras.LB
Kate Middleton, princesse moderne
La fille d’une hôtesse de l’air a séduit son prince charmant comme toutes les roturières – en nuisette transparente à l’université – mais s’est mariée comme la reine Elisabeth d’Angleterre à l’abbaye de Westminster le 29 avril 2011. Catherine «Kate» Middleton est la girl next door du gotha qui a prouvé aux petites filles du monde entier qui habillent leur Barbie de robes de princesse que l’on pouvait encore croire aux contes de fées – bonne nouvelle pour le tourisme et les médias, puisque la cérémonie, regardée en direct par deux milliards de personnes dans le monde, a coûté 20 millions de livres pour en rapporter 2 milliards au Royaume-Uni. On a découvert que les meilleures mariées étaient celles qui allaient par deux avec une soeur sexy. Désormais, Kate prépare son déménagement au palais de Kensington et le ventre ducal est scruté par tous les téléobjectifs du monde. La vie de château.IF
Bice Curiger, perle suisse à Venise
Elle est à la Suisse ce que le piment est au chocolat. Bice Curiger relève son goût et le révèle au monde. Sacrée commissaire de la Biennale de Venise, la curatrice zurichoise, fondatrice de la revue Parkett, célébrissime dans le milieu de l’art moderne, n’est pas femme à faire dans l’autodénigrement souvent propre à la Suisse. Parce que son regard vif et expert juge qu’ils sont brillants, elle ose inviter plusieurs artistes helvètes dans une édition par ailleurs plus internationale que jamais. Les Thomas Hirschhorn, Urs Fischer, Pipilotti Rist, Fabian Marti ou Mai-Thu Perret ont effectivement brillé, et c’est un Suisse encore, Christian Marclay, qui a remporté le Lion d’or du meilleur artiste de l’exposition avec The Clock, une oeuvre de 24 heures composée d’extraits de films qui donnent l’heure qu’il est. Mais il y a plus. Bice Curiger signe une Biennale intelligente, sensible et surprenante après une série d’éditions lassantes. Surprenante, la Zurichoise l’est aussi quand elle promène sa silhouette d’éternelle jeune fille dans Venise, Londres ou Zurich, elle qui est née en… 1948.CB
Nafissatou Diallo, celle par qui le scandale...
C’est elle, la femme de l’année. Il faut l’écrire sans ironie: l’aventure de Nafissatou Diallo, émigrée peule aux Etats-Unis, femme de chambre au Sofitel de New York, raconte plus que le sordide de sa rencontre avec un vieux beau priapique qui faisait, jusque-là, bander des sondages présidentiels. Elle dit une lutte de classe entre les déracinés planétaires et les jet-setteurs amateurs de parties peu fines en room service. Elle dit que le sexe n’en finit pas d’être un enjeu, une frontière, une liberté à conquérir et non à sacraliser. Elle démontre sur la morale nos géométries variables, sur l’argent l’obscénité nue comme un loyer à 50 000 dollars à Manhattan. Madame Diallo – c’est le seul scandale – est si bêtement sommée par l’époque de choisir entre la honte du viol ou la honte d’être une menteuse. Qu’elle n’ait jamais honte, car elle fut seulement l’héroïne d’une vérité révélée: Dominique Strauss-Kahn est un sale type.CP
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