Festivals classiques: un mécène sinon rien

Par Dominique Rosset - Mis en ligne le 10.07.2008 à 00:00

Musique. Epoux fidèles ou amants volages? Banquiers, horlogers ou prestataires de service ont leurs noms associés aux affiches des festivals classiques. Mais quel rôle tiennent-ils au juste?

La rumeur a couru, propagée comme il se doit avec un mélange de curiosité et d’inquiétude: le divorce serait imminent entre le géant des sous et celui des sons, l’UBS s’apprêterait à lâcher le Festival de Verbier auquel elle est intimement associée depuis ses débuts, en 1994.
Rien de plus faux: la banque demeure bel et bien sponsor du festival des Alpes valaisannes aux côtés d’autres partenaires, le contrat court jusqu’en 2010, peut-être même au delà. Ce qui s’avère, en revanche, est que la banque quittera en fin d’année la fondation indépendante de l’UBS Verbier Festival Orchestra, antenne de la manifestation qui, formée de jeunes musiciens, donne une tournée de concerts dans le prolongement de chaque édition estivale.
«La décision n’était pas facile à prendre, relève Patrick Simeons, Co-Head of cultural sponsorship à l’UBS. Nous restons convaincus que la formule est bonne, mais nous n’avons pas pu nous mettre d’accord avec les autres partenaires de l’orchestre sur une vision commune de son développement.»
Désaccord à l’amiable, donc, et rien qui remette en cause l’existence du tandem estival puisque, comme le remarque l’administratrice Kim Gaynor, «il est tout à fait normal et courant qu’un sponsor redéfinisse les modalités d’un contrat», lequel se conclut en général pour des périodes allant de trois à cinq ans.

Impératifs d’image. Les nouvelles structures de l’orchestre de Verbier seront dévoilées dans le courant de l’été. Quant à l’UBS, elle n’a pas supprimé le poste «orchestre et soutien aux jeunes talents» de son budget sponsoring: elle va sans doute le transplanter – à Lucerne peut-être – parce que, décidément, la musique classique n’a rien de ringard ou de dépassé aux yeux des sponsors argentés. Elle permet en effet, dans une atmosphère intense et feutrée, de concilier des impératifs d’image et de notoriété tout en offrant du plaisir, des émotions et du rêve à la clientèle aussi bien qu’aux collaborateurs.
«Sponsoriser un festival classique est incontestablement rentable en terme de rayonnement, de mise en réseau de notre clientèle et d’adéquation, s’exclame le porte-parole de HSBC Private Bank, sponsor privilégié du Festival Menuhin, à Gstaad. Mais la dimension mécénat est également présente. C’est par passion personnelle que le directeur de la banque s’est impliqué dans l’aventure en 2003, alors que le festival commençait juste à sortir d’une série d’années noires.»

Contrat de confiance. Christoph Müller, 32 ans à l’époque, venait d’être nommé à la direction artistique. Il confirme l’importance qu’a revêtue pour lui ce contrat de confiance: «Cela m’a permis d’atteindre rapidement mes objectifs artistiques et de donner au festival sa visibilité et sa personnalité propre», ce qui s’est traduit par une hausse spectaculaire de la fréquentation. Sans oublier un partenariat longue durée avec le London Symphony Orchestra dans lequel le directeur de la banque s’est impliqué en personne.
Le recours à des sponsors influence évidemment l’offre et l’affiche. Nouvellement installé aux commandes du Septembre musical (ex-Festival de Montreux Vevey laissé exsangue par son précédent directeur) et bien décidé à lui redonner pep et prestige, Tobias Richter base sa stratégie de renaissance sur l’attrait touristique de la Riviera – tant pour le public que pour les artistes – la diversité des salles de concert à disposition et les synergies à établir entre les interprètes et orchestres suisses réputés – il réunit ainsi, lors d’un même concert, l’Orchestre de la Tonhalle et l’OSR et, autre coup d’éclat, invite le chef Charles Dutoit. Et, bien sûr, il opte pour des programmes grand public: «On pourrait effectivement être plus audacieux dans le choix des compositeurs, mais j’ai voulu d’abord fidéliser les gens, leur redonner envie et confiance pour, en parallèle, reconstruire le réseau de nos partenaires.» La démarche entreprise il y a trois ans porte déjà ses fruits mais elle n’est pas aisée et rien n’est jamais gagné: les festivals sont des organismes vivants qui peuvent rapidement tomber malades...
 
 
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L’essentiel en trois points
L’UBS quitterait Verbier – l’info intox
La rumeur a couru, l’UBS s’apprêterait à lâcher le Festival de Verbier. C’est faux.
Les sponsors et la programmation
Ils ne s’en mêlent pas. Plus la direction d’un festival fait preuve de caractère, plus les sponsors seront intéressés à le soutenir.
Sans mécène
La débrouillardise demeure monnaie courante pour les manifestations pointues, comme le Festival des musiques sacrées à Fribourg ou les Jardins musicaux de Cernier.
 
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