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Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 30.05.2012 à 15:20 |
Le 3 juin, une flottille d’un millier de bateaux descendra la Tamise pour célébrer les 60 ans du règne d’Elisabeth II. Mais à la hauteur de la mairie de Londres, un attroupement de militants antimonarchistes cherchera à perturber les festivités. Une nébuleuse composée de quelques organisations (Republic, Center for Citizenship), petits partis (Green Party, Scottish Socialist Party, Republican Party) et parlementaires. Les acteurs Colin Firth et Daniel Radcliffe, les cinéastes Mike Leigh et Ken Loach, les musiciens Morrissey, John Lydon et Paul Simonon ou encore le biologiste Richard Dawkins en font partie. Effets désastreux. «Il est complètement déplacé de célébrer le fait que notre chef d’Etat soit une personne non élue, qui tire son pouvoir d’un droit héréditaire anachronique», s’insurge Andrew Child, le porte-parole de Republic. Les prérogatives de la reine, qui nomme le premier ministre, peut dissoudre le Parlement et a un droit de veto sur les lois, sont largement symboliques, reconnaît cet ancien journaliste au Financial Times, mais il y a eu des exceptions. En 1957 et 1963, la reine a choisi de nommer Harold Macmillan puis Alec Douglas au poste de premier ministre au lieu de Richard Butler, qui était pourtant pressenti. La monarchie britannique, qui règne toujours sur 16 Etats du Commonwealth, a également révoqué le Gouvernement australien en 1975 et prorogé le Parlement canadien durant plusieurs semaines en 2008. John Pratt, qui a fondé le Center for Citizenship, relève pour sa part «les effets désastreux sur l’image du pays lorsque la famille royale reçoit des despotes». Le prince Andrew est connu pour ses liens avec le régime kazakh, du Bahreïn ou la famille Kadhafi. «N’importe quel politicien se ferait crucifier pour bien moins que ça», soupire- t-il. Pour Andrew Child, la présence de la reine à la tête de l’Etat «prive le Royaume-Uni d’un président élu par le peuple qui pourrait agir comme un arbitre neutre entre le gouvernement et le Parlement et éviter toute concentration du pouvoir». Mais ce qui irrite vraiment les républicains britanniques, ce sont les frais engendrés par la monarchie. Republic a calculé qu’elle coûtait 202,4 millions de livres (300,8 millions de francs) par an au contribuable, «ce qui correspond au salaire de 9560 infirmières ou de 8200 policiers», note Andrew Child. Les postes les plus onéreux sont la sécurité (100 millions de livres), les visites de la reine aux autorités locales (26 millions) et les dépenses quotidiennes de la famille royale (14,2 millions en 2010). «Sans oublier les revenus que la reine et le prince Charles tirent des duchés de Cornouailles et de Lancaster, soit 37,7 millions de livres par an», poursuit-il. Ces deux immenses domaines comprennent des terres agricoles, des bâtiments historiques et un portefeuille immobilier cossu au centre de Londres. «Depuis quelques années, la reine paie des impôts, mais elle le fait sur une base volontaire et il n’y a aucune transparence quant à sa fortune, puisqu’elle n’est pas soumise à la loi sur la liberté de l’information», dit encore Andrew Child. Comparaison révélatrice. Quant à l’argument selon lequel la monarchie rapporterait plus que ce qu’elle coûte grâce au tourisme, il s’agit d’un mythe, selon lui. «Versailles a 6 millions de visiteurs par an et Buckingham Palace seulement 400 000, car le palais n’est pas ouvert au public lorsque la famille royale s’y trouve.» Une seule résidence royale figure parmi les 20 attractions touristiques les plus populaires du pays, ajoute Republic. Il s’agit du château de Windsor, en 17e position, «loin derrière le Legoland de Windsor, en 7e place.» Mais l’indignation des antimonarchistes reste pour l’heure un sentiment minoritaire en Grande-Bretagne, dont la seule expérience républicaine remonte au XVIIe siècle sous la férule autoritaire d’Oliver Cromwell. Les sondages montrent qu’environ 20% de la population soutient l’instauration d’une république. Le soutien est fort en Ecosse et au Pays de Galles, où la monarchie est associée à la domination anglaise. Mais l’abondance d’événements royaux ces dernières années, ainsi que la perspective de l’accession au trône du prince Charles, profite aux antimonarchistes, pense Andrew Child. «Depuis un an, le nombre de nos membres a doublé, pour atteindre 21 000 personnes», sourit-il. |









