Le transfert de la Formation au Département de l’économie marque un tournant capital pour les Romands. Depuis 1993, les hautes écoles et la recherche ont bénéficié du bienveillant et dynamique patronage successif de Ruth Dreifuss, Pascal Couchepin et Didier Burkhalter.
L’ÉCONOMIE A BESOIN DE CONDITIONSCADRES, LA FORMATION D’AMBITION
Si l’on compte Flavio Cotti, leur prédécesseur à la tête du Département fédéral de l’intérieur, cela fait presque un quart de siècle que les Alémaniques ont dû supporter le volontarisme latin en la matière.
On doit à cette belle continuité la création du Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche et un soutien sans faille à l’essor de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, authentique poumon, avec les universités, de la croissance romande.
Le mariage de raison de la Formation avec l’Economie suscite la méfiance, surtout si l’on songe au profil traditionnel de ce département: le DFE est le dicastère des conditions-cadres, celui qui plus que d’autres juge le rôle de l’Etat subsidiaire.
En théorie, c’est très joli et même assez efficace si l’on songe au résultat: notre pays jouit d’une prospérité insolente. Mais ce qui est vrai pour l’économie ne l’est pas pour la formation et la recherche.
Dans ce secteur hypercompétitif, devenu aussi vital pour les pays que jadis l’armée, il faut de l’ambition, des visions, une volonté. Et surtout un pilotage national. Il s’agit de profiler la Suisse dans la bataille mondiale du savoir.
Et jusqu’ici, le radical Johann Schneider-Ammann a paru bien moins entreprenant que son collègue Burkhalter. Lorsqu’il était encore parlementaire, le Neuchâtelois réclamait un département de l’intelligence, le Bernois n’a jamais énoncé pareille magnifique prétention.
D’ici à 2013, date de l’entrée en vigueur de la nouvelle organisation du Conseil fédéral, la diplomatie scientifique suisse a un gros défi à relever: obtenir la confirmation des financements promis par l’Union européenne en mai dernier à Budapest (un milliard d’euros de soutien sur dix ans) pour au moins deux projets de recherche des EPF, Blue Brain et Guardian Angels.
A moins d’un gros chahut en décembre, Didier Burkhalter devrait heureusement être en charge du dossier jusqu’à la décision prévue en mai 2012.
Et après? Si le nouveau département joue petit bras, les cantons gardent quelques prérogatives universitaires pour agir et défendre leurs intérêts. Mais pour l’EPFL, désormais si jalousée, les Romands, et leurs élus à Berne, devront se montrer aussi vigilants qu’exigeants.
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