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Finance contre industrie. «Ne pas compliquer la situation»

Par Patrick Oberli - Mis en ligne le 02.10.2008 à 06:00

Débat. Patrick Odier répond aux critiques émises par Nicolas Hayek envers les banquiers. Pour lui, les besoins de l’économie réelle sont de mieux en mieux pris en compte par les marchés financiers.

Vice-président d’economiesuisse, Patrick Odier, associé senior de Lombard Odier Darier Hentsch & Cie, répond en sa qualité de banquier privé aux propos tenus lors de la Journée de l’économie par Nicolas Hayek, président de Swatch Group, à l’égard de la finance (L’Hebdo du 10 septembre).

Nicolas Hayek a récemment fustigé les «banquiers suisses qui ont copié la mentalité anglo-saxonne sans esprit critique». Comment réagissez-vous?
Il existe une différence culturelle avec les Anglo-Saxons. Elle se traduit par une divergence des priorités. L’importance donnée au succès, au prestige et à l’argent est plus marquée chez eux. Il ne faut pas en déduire un quelconque jugement de valeur, mais voir dans quelle mesure cette différence a des implications dans la pratique des métiers de la finance.
 
Je note qu’on privilégie en Suisse les intérêts du client plutôt que ceux du fournisseur de prestations. Je remarque aussi que le critère principal déterminant les rémunérations est le résultat de l’entreprise et non un objectif individuel. J’ajouterai que les banquiers privés à l’image de notre maison sont très attachés à un horizon temps à long terme.

Ce n’est pas le cas pour toutes les banques...
Cette vision est souvent écartée chez d’autres au profit de résultats à court terme qui impliquent une attitude différente face au risque. La prise de risque est «plus agressive» dans la culture anglo-saxonne. Elle fait de l’échec une étape sur la voie du succès plutôt qu’un constat d’incompétence. Cette approche est louable si elle ne se traduit pas par un risque accru pour le client. Parmi les banques suisses, certains établissements ont clairement été influencés par leurs fortes activités menées dans le monde anglo-saxon. Même si la majeure partie d’entre eux ont réussi à éviter cet écueil.

Dans cette course au profit, on reproche aux analystes d’être trop peu sensibles aux réalités industrielles. Sont-ils suffisamment formés?
Entre nous, se soucie-t-on de savoir s’il existe un diplôme pour les CEO? Non. Plus sérieusement, l’absence de diplômes pour les analystes financiers n’est pas avérée. D’autant que leur formation implique un engagement intense et de réels sacrifices sur une longue période; et cela après un cursus universitaire étoffé.
 
De plus, les analystes suivent une charte éthique qui mentionne clairement la nécessité d’un esprit critique et la capacité à former un jugement sur les faits, les produits ainsi que le management rencontré. Le défi pour leurs employeurs est de s’assurer de leur objectivité, d’où la nécessité de les pousser à développer des convictions basées sur des questions pertinentes et sans complaisance.
 
Le président de Swatch Group a aussi regretté la mainmise des banques sur la Bourse suisse. Il demande une mobilisation des entrepreneurs pour obtenir le droit de participer à son contrôle. Pourrait-on dans l’absolu envisager la création d’une Bourse parallèle?
Il serait regrettable pour des raisons de représentativité de créer des mécanismes d’échange et de fixation des prix parallèles aux Bourses établies. L’ancien système de la Bourse, dominé par les banques, a évolué vers une gouvernance de société anonyme dont le conseil comprend 20% de membres extérieurs au secteur financier. Cette proportion peut encore être améliorée.
 
Cependant, l’instance suisse d’admission, organe de la Bourse, est indépendante. L’évolution va donc dans le bon sens, les besoins de l’économie réelle ont gagné en importance ces dernières années. La création d’une Bourse complémentaire devrait être régie par la Finma et les autorités, ce qui restreindrait sa marge de manœuvre. Au lieu de compliquer les choses, nous avons tout intérêt à faire converger les points de vue.





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Tags: Finance, industrie, Patrick Odier, Nicolas Hayek, banques, économie,

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