Depuis que Doris Leuthard, alors présidente de la Confédération, a lancé en octobre 2010 le Masterplan Cleantech en Suisse, les technologies propres sont devenues un enjeu national. Et avec l’entreprenant Claude Béglé comme amplificateur, elles ne risquent pas de s’endormir dans un classeur fédéral.
Mandaté par l’Etat de Genève pour la mise sur pied d’un «pôle d’excellence cleantech dans la cité de Calvin et en Suisse occidentale», l’ex-président de La Poste a rassemblé début février à Palexpo les représentants de tous les milieux politiques, économiques et scientifiques.
Prestement invités à nourrir le Masterplan (plan directeur) dont les résultats seront soumis au Conseil fédéral dans les mois à venir, les acteurs concernés sont tous d’accord sur un point: si les finances, à elles seules, ne font pas de la Suisse le pays leader des cleantechs, elles manquent là où les jeunes entrepreneurs en ont le plus besoin. A savoir juste avant l’industrialisation de leurs innovations.
Pour la recherche et le développement d’un nouveau produit, qu’il soit cleantech ou pas, les ressources ne manquent généralement pas en Suisse. Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), Programmes nationaux de recherche (PNR), Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) fournissent une manne qui, sans être idéale, n’est pas négligeable.
Elle se chiffre en milliards pour la recherche fondamentale et en quelques centaines de millions pour la recherche appliquée (voir notre infographie).
Mais quand l’entrepreneur doit tester son prototype de laboratoire dans une installation pilote, pour prouver aux investisseurs potentiels que celui-ci fonctionne vraiment à l’échelle industrielle, il se trouve financièrement démuni: les pouvoirs publics ne sont quasiment plus là et les banques ne sont pas encore disposées à lui offrir des lignes de crédit.
Quant aux investisseurs suisses en capitalrisque, généralement moins attirés par les cleantechs que par les pharma ou l’informatique, ils sont aux abonnés absents. «En Suisse, on peut difficilement être à la fois champion de l’assurance et de la prise de risque», observe Claude Béglé avec une pointe d’ironie.
«Le coût d’un démonstrateur ou d’un site-pilote dépasse souvent largement les investissements initialement prévus par les entrepreneurs», confirme Xavier Arreguit, CEO de Innobridge SA, société neuchâteloise de conseils en matière d’innovation technologique. Les quelque 8 millions mis à disposition par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et celui de l’énergie (OFEN) pour cette phase critique dans la vie d’une start-up représentent une somme bien dérisoire.
Laquelle a d’ailleurs failli être sensiblement écornée. Le Conseil fédéral envisageait en effet de supprimer le crédit de 4,5 millions octroyé par l’OFEV en faveur de la promotion des technologies environnementales, par mesure d’économie (lire L’Hebdo du 19 juin 2010). Mais au vu de l’excédent des comptes de la Confédération en 2010, Berne a finalement renoncé à un tel sabordage.
Dogme à dépasser. Cette nonintervention de l’Etat en Suisse reflète «une attitude dogmatique qui devrait être dépassée», relève Daniel Zürcher, chef de la section innovation à l’OFEV.
Un coup de pouce étatique au bon moment ne serait donc pas de trop. A titre de comparaison, dans son plan stratégique 2007-2011, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), en France, prévoit pour le soutien des projets de démonstrateurs de recherche et d’expérimentations préindustrielles un financement public de 2,85 milliards d’euros.
Lequel équivaut, proportionnellement, à environ 926 millions de francs suisses par an. «Quand la compétitivité des entreprises qui doivent rapidement se situer sur le terrain du développement durable est en jeu, nous y mettons les moyens», commente Pierre Clément, responsable media au sein d’ADEME.
Comme les principaux clients de cleantechs sont des collectivités publiques qui s’équipent en infrastructures pour le traitement de l’eau, l’approvisionnement en énergie ou la gestion des déchets, maints Etats ont compris, à l’image de la France, la nécessité d’investir dans un secteur aussi sensible.
Qui plus est, les technologies «propres» existent en partie pour compenser les effets négatifs d’autres technologies dont les effets destructeurs sur l’environnement ne se sont jamais reflétés dans l’ensemble de leurs coûts. Dès lors, injecter de l’argent de l’Etat dans les cleantechs s’inscrit bel et bien dans une mission de service public.
Avec l’UE. Le verrou idéologique sauté, reste à trouver les fonds. La Suisse serait bien inspirée de mieux doter ses crédits existants à l’OFEV et à l’OFEN et aussi de signer un accord bilatéral avec l’UE sur un programme cadre pour la compétitivité et l’innovation (CIP), dont le budget atteint 3,6 milliards d’euros de 2007 à 2013.
Chaque année, 10 millions de francs sont inscrits au budget de la Confédération en vue d’une participation de la Suisse au CIP. Mais faute d’accord bilatéral, cette somme est inactivée. Dans le secteur des technologies propres comme dans bien d’autres, la Suisse ne peut plus faire cavalier seul.
NAISSANCE D’UNE START-UP: DU FINANCEMENT PUBLIC AU FINANCEMENT PRIVÉ

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