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Health Valley
Financer une multinationale naine

Par PHILIPPE LE BÉ - Mis en ligne le 03.03.2010 à 14:10

TILOCOR. Créé il y a cinq ans par Stefan Catsicas, le groupe rassemblant des sociétés de biotechnologie mises en réseau passe à la vitesse supérieure. Une délicate transition.

Tilocor est à un tournant. Doit-elle continuer à grandir, ou plutôt proposer à certains de ses investisseurs des sorties partielles ou totales, faut-il entrer en Bourse? Stefan Catsicas, cofondateur de la plus petite multinationale de biotechnologie du monde, se doit maintenant d’accompagner la deuxième étape de vie des trois sociétés de recherche et développement chapeautées par la compagnie genevoise Tilocor: Xigen, à Lausanne, Calmune à San Diego (Californie) et Therasis à New York. «Notre défi est de trouver le meilleur scénario pour chacune de ces trois sociétés», résume l’ex-vice-président de l’EPFL. Lequel, en moins de cinq ans, a réalisé une bonne part de son rêve en bâtissant des entreprises dont la valeur s’est clairement affirmée et qui ont pleinement accompli leur mission. «Nous avons fait appel à des chasseurs de têtes pour trouver des perles rares, aussi bien en développement clinique qu’en stratégie financière. Le meilleur moment de se remettre en question, c’est quand tout va bien.»

Premières réussites. Le diagnostic est en effet rassurant. Focalisée sur les maladies inflammatoires, Xigen, spinoff de l’Université de Lausanne et du CHUV, a testé avec succès auprès de volontaires victimes d’attaques cérébrales un traitement fondé sur des fragments de protéines capables de pénétrer les cellules atteintes. Calmune, spin-off de l’institut de recherche Scripps à San Diego, vient de conclure un accord de partenariat avec le groupe pharmaceutique néerlandais Crucell, coté en Bourse, ce qui lui confère un sérieux gage de crédibilité. Therasis, spin-off de l’Université Columbia à Manhattan, a découvert un procédé original de traitement du cancer – publié dans la revue Nature – qui identifie deux gènes à «attaquer» simultanément. Au cours des trois prochaines années, ces compagnies devraient employer chacune entre 20 et 40 collaborateurs. Comment financer leur croissance?

Une dizaine d’investisseurs. Cette aventure industrielle n’aurait pas été possible sans le soutien actif du riche entrepreneur et médecin russe Dmitriy Rybolovlev qui l’a financée à ses débuts (lire L’Hebdo du 28 décembre 2006). Depuis lors, plus d’une dizaine d’autres investisseurs sont venus rejoindre le groupe. Grâce à ces soutiens, 20 millions de francs ont été injectés dans la société Xigen en 2009 et 12 millions dans la nouvelle venue Therasis. La holding genevoise Tilocor, étroitement liée à la société de développement Ribovax, joue ainsi son rôle de catalyseur financier. Les aspects légaux, les questions de propriété intellectuelle, essentielles dans le secteur des sciences de la vie, sont également de sa compétence.

Qu’est-ce qui peut bien inciter un investisseur à s’intéresser à une compagnie de biotechnologie? L’appât du gain? «Hormis quelques cas spectaculaires, la biotechnologie tarde à livrer ses promesses», constate Stefan Catsicas qui laisse généralement passer un ange quand on lui demande d’avancer quelques chiffres précis concernant ses sociétés.

Certes, le retour sur investissement est souvent fort alléchant. Au cours des cinq premières années, l’actionnaire sortant peut espérer doubler voire tripler sa mise. Au-delà, à moins d’essuyer de fortes pertes si les affaires tournent mal, il peut s’attendre à ce que ses avoirs quintuplent, voire décuplent. Mais, davantage que dans les autres secteurs, il doit faire preuve de patience. Et accepter des bouleversements de paysage au fil des années. Qui plus est, «contribuer indirectement à sauver des vies humaines», c’est pour certains investisseurs une forte motivation. Dans l’océan de la finance, il n’y aurait donc pas que des vilains requins mais aussi de gentils dauphins.

Scénarios d’avenir. Tilocor va donc vivre dès cette année quelques changements significatifs. Plusieurs scénarios sont envisageables. La vente d’une partie du gâteau à un important groupe pharmaceutique est l’une des options. «Nous avons des contacts avec plusieurs grandes sociétés qui s’intéressent à nous», admet Stefan Catsicas qui songe également à une autre formule, celle du passage en Bourse de certains composants de Tilocor. Une manière de faire le plein sur le marché des capitaux, en cas de besoin, ou d’offrir à des investisseurs l’occasion de vendre leurs titres après le délai légal. Dans tous les cas de figure, ce sont les conseils d’administration des sociétés concernées qui prendront les décisions idoines, sous le regard très attentif du fondateur. Habitués à tourner autour du noyau Tilocor, les électrons Xigen, Calmune et Therasis jouissent d’une liberté à tout le moins surveillée!

Switzerland for ever? Implantées avec quelque 80 personnes dans un «arc lémanique planétaire», notamment sur les côtes ouest et est des Etats-Unis, les sociétés de Tilocor ne pourraient-elles pas un jour se passer de la Suisse? Silence. Stefan Catsicas reste pensif. «Ce qui me manque, ici, ce n’est pas la qualité des collaborateurs mais leur nombre. Il y a trop peu de Merck Serono offrant un vivier naturel de talents. Dans le New Jersey, lorsque deux compagnies fusionnent, des milliers de personnes très qualifiées sont souvent prêtes à être réengagées.»

La qualité, au sein de Tilocor, est notamment incarnée par le retour en Suisse d’un jeune chercheur: Pascal Steiner. Ce jeune Vaudois formé par l’EPFL et la Harvard Medical School était promis à une carrière académique aux Etats-Unis quand Stefan Catsicas est venu le chercher. Initié aux dernières techniques d’imagerie médicale, il n’a pas résisté à l’offre qui lui était faite. «Créer de nouveaux médicaments, avec une technologie innovante et des risques calculés, cela m’a tout de suite convaincu.» Aujourd’hui, il tente de faire travailler «ensemble» chercheurs, développeurs et cliniciens, un défi toujours difficile à relever dans l’industrie pharmaceutique.

Sculpture. Le travail en réseau, entre les sociétés qui le composent comme au sein de ces dernières, c’est précisément la vocation de Tilocor qui se construit comme l’on sculpte une statue. En enlevant de la matière. Des morceaux de marbre jonchent le sol une fois l’œuvre réalisée. Comme autant de changements inévitables et salvateurs. «Les investisseurs dans ce domaine doivent en avoir conscience», conclut Stefan Catsicas. Les sciences de la vie, jamais figées, exigent une grande souplesse. Ainsi, au moment de sa reprise par Tilocor, Xigen travaillait sur l’infarctus cérébral. Pour se focaliser aujourd’hui sur les maladies inflammatoires.

«LA BIOTECHNOLOGIE TARDE GÉNÉRALEMENT À LIVRER SES PROMESSES.» Stefan Catsicas, président de Tilocor
 
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Tags: Health Valley, Tilocor, Stefan Catsicas, biotechnologie,

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