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L'Edito de Chantal Tauxe
Finir la guerre

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 29.06.2011 à 09:52

Comment finir une guerre? A New York, là où elle a commencé, la tour One WTC gagne plus d’un étage par semaine, et le 11 septembre le Mémorial sera inauguré. On y rendra hommage aux victimes des attentats de 2001, mais il faudra expliquer aussi qui étaient les bourreaux.

Les motivations idéalistes peinent à tenir le haut de l’affiche plus d’un mois.

Le choix ne sera pas que muséographique, l’enjeu n’est pas que mémoriel. L’Amérique voudra-t-elle se souvenir que son ennemi fut al-Qaida ou restera-t-elle crochée sur le monde musulman? La lutte des civilisations, la croisade contre l’Empire du Mal sont-elles des concepts évacués dans les poubelles de l’Histoire comme George W. Bush est rentré dans son Texas?

Comment finir une guerre? Barack Obama a décidé de retirer plus de 33 000 hommes d’Afghanistan d’ici à fin 2012, le conflit coûte trop cher: 2 milliards de dollars par semaine, c’est beaucoup pour des Etats-Unis au bord de la banqueroute.

Le 7 octobre 2001, Donald Rumsfeld avait annoncé que le but de l’intervention était de détruire les réseaux terroristes. Près de dix ans plus tard, deux tiers des dirigeants d’al-Qaida ont été supprimés, Ben Laden gît au fond de la mer.

La percée décisive a été obtenue par des commandos d’élite plutôt que par les milliers d’hommes engagés sur le terrain: la méthode, économe en vies humaines comme en matériel, a de l’avenir devant elle.

Après plus de 100 jours d’offensive aérienne au-dessus de la Libye, certains se demandent d’ailleurs s’il n’aurait pas mieux valu privilégier une telle option de liquidation ciblée de Kadhafi. Rien que pour la France, le coût de l’intervention dépasse les 87 millions d’euros.

Le débat est désormais vain. La Cour pénale internationale a lancé un mandat d’arrêt contre Kadhafi pour crimes contre l’humanité: tôt ou tard, il faudra aller le chercher manu militari, déployer des soldats au sol. Il a fallu près de six ans aux Alliés pour converger vers Berlin, acculer Hitler au suicide et obtenir la capitulation sans condition des forces allemandes.

Pour les démocraties du XXIe siècle, conduire des guerres dites «classiques» devient de plus en plus périlleux. Naguère, quand la cause était jugée bonne, on ne s’inquiétait pas trop de l’endettement qui en découlait. La Grande-Bretagne a remboursé tout au long du XIXe siècle le prix de sa victoire sur Napoléon.

Aujourd’hui, les coûts humains et matériels sont calculés quasiment en temps réel, et les motivations idéalistes – protéger les populations, installer la démocratie – peinent à tenir le haut de l’affiche plus d’un mois. Les victoires morales ne sont guère perçues comme telles.

Il est vrai que les effets d’autres bras de fer engloutissent des sommes tout aussi astronomiques: les guerres économiques, leur impact sur le niveau de vie, angoissent plus sûrement nos démocraties que le sort de populations lointaines.

Celles-ci se doivent de conquérir par elles-mêmes, finit-on par penser, la quiétude que nous avions su atteindre et que les carnages boursiers menacent désormais plus que les terroristes d’al-Qaida.




Tags: Editorial, Chantal Tauxe,

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