ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD


Mix & Remix

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Dossier spécial Impôts
Fiscalité: le calme avant la tempête

Par Linda Bourget - Mis en ligne le 26.01.2011 à 15:18

IMPÔTS. Le contribuable suisse a bien de la chance: ses impôts sont stables et plus bas que chez ses voisins. Mais les perturbations liées à la crise de la dette qui laboure l’Europe risquent fort de s’abattre sur lui.

 

DOSSIER RÉALISÉ PAR LINDA BOURGET
COLLABORATION MATTHIEU RUF
DESSINS MIX & REMIX

Paradis fiscal, la Suisse? Assis devant sa déclaration d’impôt, le contribuable serait tenté d’en douter. A Lausanne ou à Genève la famille moyenne est tout de même ponctionnée à hauteur d’environ 25% de son revenu brut. Las, le paradis ne devrait pas être si douloureux.

Pour se consoler, le contribuable peut rêver aux déductions dont il bénéficiera dès l’année prochaine. Dans toute la Suisse, les familles paieront moins grâce à la hausse de certaines déductions et à l’introduction d’un barème parental. Au total, l’économie sera de 600 millions de francs pour les ménages. Les contribuables sensibles à la politique pourront aussi défalquer ce qu’ils versent à leur parti préféré.

La comparaison internationale devrait réconforter davantage le contribuable. En Suisse, la fiscalité des personnes physiques reste plus douce que dans les pays voisins. D’après l’étude 2010 du cabinet d’audit KPMG sur le sujet, la Suisse pointe au 11e rang des pays européens en termes d’attractivité fiscale pour les individus. Devant elle, l’Europe de l’Est, la Russie, Jersey. Tous les voisins sont derrière.

Trou dans les bourses. Pendant dix ans pourtant, l’écart entre la Suisse et l’Europe de l’Ouest n’a cessé de se réduire. «Les pays de l’Union européenne ont baissé leurs impôts alors qu’en Suisse, ils sont restés stables», explique Giuseppe Sottile, partenaire du département taxation de KPMG. Crise de la dette oblige, la tendance s’est inversée chez les voisins européens en 2010.

Assis sur des finances publiques saines, le contribuable suisse respire. Pourtant, la crise des déficits publics, et la chute de l’euro qui en découle, ne sera pas sans conséquence. Confrontée à des pertes de 21 milliards de francs, la Banque nationale suisse (BNS) a annoncé qu’elle pourrait priver cantons et Confédération des 2, 5 milliards qu’elle leur verse en principe annuellement. Un sacré trou dans les bourses cantonales, qui fait déjà geindre les grands argentiers.

Handicapées par la cherté du franc, les entreprises suisses s’attendent de plus à voir chiffres d’affaires et marges chuter. Ce qui devrait faire plonger la dîme dont elles s’acquittent. Une pression de plus sur les finances publiques.

A moyen terme, la contribution des entreprises au pot commun est d’ailleurs incertaine. Aux pressions économiques s’ajoutent en effet les pressions politiques. L’UE n’a de cesse d’exiger de la Suisse qu’elle abandonne les régimes spéciaux dont jouissent certaines entreprises (sociétés de holding et d’administration), en grande partie étrangères. Berne ne résistera pas infiniment à ses coups de boutoir.

Conscients de l’enjeu, les cantons planchent sur le moyen de rester attractifs au-delà des régimes spéciaux. Dans cette course à la compétitivité, Neuchâtel semble montrer la voie. Une réforme de l’imposition des entreprises, qui prévoit de diviser par deux l’impôt sur le bénéfice, sera soumise au référendum en avril prochain (lire L’Hebdo du 20 janvier).

Dans un étau. Autant de facteurs qui risquent d’entraîner une baisse significative des rentrées fiscales. «Essayer d’attirer des contribuables par des baisses n’a que des répercussions marginales et mène à l’échec: les cantons voisins réagissent en faisant de même, si bien que les positions fiscales relatives n’évoluent guère.

Or là, nous sommes arrivés dans les limites du raisonnable. Les recettes ne pourront pas baisser indéfiniment», met en garde Bernard Dafflon, professeur de finances publiques à l’Université de Fribourg. «Les cantons devront couper dans les prestations, augmenter l’impôt ou reporter le problème en s’endettant, comme Genève, le Jura ou Neuchâtel.»

Politiquement difficiles à défendre, les hausses pour les personnes physiques semblent peu probables. D’autant plus qu’en rejetant l’initiative pour des impôts équitables l’an dernier, le peuple s’est prononcé en faveur d’une concurrence sur la fiscalité des individus, souligne Pierre-Marie Glauser, fiscaliste et professeur à l’Université de Lausanne. Et qui dit concurrence, dit taux sous pression.

Mais le report de charge peut se faire insidieusement. «Après l’introduction du principe de l’utilisateur payeur pour l’eau et les ordures apparaissent d’autres financements par redevance, par exemple pour les soins à domicile ou la pension hospitalière», illustre Bernard Dafflon. Les impôts de consommation (vignette autoroutière, TVA, taxes sur le tabac) tendent de fait à augmenter. Un glissement qui s’observe dans toute l’Europe. Et que le contribuable ne remarque pas sur son bordereau.


Fraude

L'amnistie fiscale remplit les caisses

Introduite au niveau fédéral le 1er décembre 2010, l’amnistie fiscale permet à ceux qui ont triché par le passé de déclarer leur argent au noir en étant taxé mais pas amendé. Selon un pointage récent, plus de 4500 fraudeurs ont fait acte de repentance l’an dernier, permettant de fiscaliser des milliards de francs.

La transparence n’est toutefois pas de mise partout. Vaud refuse ainsi d’informer sur les résultats de cette amnistie. Et le canton ne prévoit pas de s’exprimer davantage par la suite. Genève ne fournit pas non plus de chiffres précis.

D’autres sont plus loquaces. En particulier le Jura qui a fortement médiatisé son amnistie. Une amnistie, il est vrai, plus généreuse que les autres. D’abord, parce que l’instruction des dossiers y est «simplifiée» (les contribuables doivent uniquement rendre compte de leurs biens au 31 décembre des dix dernières années). Ensuite, parce que le canton accorde un rabais en 2010 et 2011 à ceux qui se dénoncent.

Enfin, parce qu’il impose la fortune éludée à taux fixe, ce qui permet aux concernés de savoir exactement à quelle sauce ils seront mangés. Résultat: 388 personnes se sont dénoncées, générant 10 millions de recettes fiscales.

Berne joue également la transparence. En 2010, le canton a récupéré 560 dossiers. Après épluchage des 310 premiers, les rentrées fiscales atteignent 8, 3 millions. Du côté de Neuchâtel, les recettes se montent à près de 6 millions de francs, pour une nonantaine de personnes.

A Fribourg en revanche, les recettes sont particulièrement modestes. Les 89 repentis de 2010 n’ont rapporté que 800 000 francs au fisc. Un montant bas, sans raison particulière, selon Raphaël Chassot, administrateur du Service cantonal des contributions.

Le Valais connaît une situation spéciale: aux niveaux cantonal et communal, l’amnistie est en vigueur depuis 2006 déjà. Le bassin de fraudeurs n’est cependant pas épuisé, puisque quelque 70 personnes ont fait amende honorable l’an passé, permettant au fisc d’encaisser 2, 5 millions.

A noter que, dans le cadre de l’amnistie, le fisc a le droit de mettre son nez dans les affaires des contribuables sur dix ans. Mais celui qui déclare 1 million de francs qu’il avait déjà sur son compte avant le 1er janvier 2000 n’a pas à prouver son origine. «Si quelqu’un veut amnistier cet argent, on ne peut entamer aucune procédure. Il y a une zone grise», concède Michel Oppliger, chef de l’Office de contrôle et des tâches spéciales de Neuchâtel. «Il y a un risque de blanchiment», confirme Pierre-Arnauld Fueg, chef du Service des contributions du Jura. «C’est inhérent à ce genre de procédures.»


Rénovations

Davantage de déductions pour les propriétaires

Les acquéreurs d’immeubles un brin défraîchis peuvent se frotter les mains: la pratique Dumont est enfin abrogée. Entrée en vigueur en 1973, cette pratique limitait les déductions fiscales pour rénovation suite à l’acquisition d’un bien. En clair: impossible, sous son ère, de défalquer les frais de rénovation qui redonnaient de la valeur à un bâtiment dans les cinq ans suivant son acquisition.

Suite à l’initiative du conseiller national argovien Philipp Müller (PLR), et sur recommandation du Conseil fédéral, le Parlement a aboli cette pratique considérée comme une entrave fiscale dans le domaine de la construction. Entrée en vigueur au niveau de l’impôt fédéral direct (IFD) il y a douze mois, elle sera applicable à la taxation 2010. Au niveau cantonal, la pratique a également été abandonnée dans toute la Romandie.


Délais de paiement

Certains cantons tapent fort sur les retardataires

Les retards d’impôts, les cantons n’apprécient guère. En premier lieu parce que cela les prive de liquidités dont ils ont cruellement besoin. Conséquence: ils multiplient les mesures censées pousser les contribuables à payer leurs factures dans les délais. Et en termes de stratégies, c’est la carotte ou le bâton.

PAYER TROP D’IMPÔTS POURRAIT PRESQUE CONSTITUER UN PLACEMENT INTÉRESSANT.

Neuchâtel assène les coups de matraque les plus violents. Les intérêts de retard y atteignent ainsi le niveau faramineux de 10%. Une mesure de dissuasion efficace, puisqu’elle a fait fondre le nombre de retardataires. «Avant son introduction, en 2006, 86% des contribuables payaient à l’échéance.

Maintenant, nous sommes à 92%», justifie Youssef Wahid, chef du Service cantonal des contributions. A 1, 5%, l’intérêt compensatoire qui récompense le contribuable pour le versement d’acomptes est nettement moins généreux.

Depuis l’année passée, le Jura s’attaque pour sa part aux éternels retardataires sur le front du dépôt de la déclaration (et non plus seulement sur celui des paiements). Hors de question, pour ceux qui ont encore des créances ouvertes, de manquer le délai de renvoi du 28 février; sous peine d’être sanctionnés.

Au bout du Léman, on préfère la tactique de la carotte. Les Genevois qui s’acquittent de la totalité de leur impôt 2010 avant le 10 février 2011 ont ainsi droit à un escompte de 1%. Dans le cas d’un contribuable assujetti à hauteur de 10 000 francs, l’économie est de 100 francs.

Enfin, payer trop d’impôts pourrait presque constituer un placement intéressant. Les cantons rémunèrent en effet généreusement l’argent perçu à tort (et qui sera reversé au contribuable). En Valais, le niveau atteint 4%.


Fédéralisme

Une fraction de non-sens

Il y a quelque chose d’ubuesque dans le fonctionnement du système fiscal suisse. Au méli-mélo des régimes fédéraux, cantonaux et communaux selon lesquels sont taxés les contribuables s’ajoute, dans le canton de Vaud, l’étage des fractions de communes. Portion infinitésimale de la structure politico-administrative nationale, les fractions divisent encore certaines communes de la vallée de Joux – pas particulièrement peuplées.

Parmi leurs attributions, ces sous-communes ont droit à leur propre imposition. La commune du Chenit pratique ainsi un coefficient d’impôt de 68%. Mais les habitants de la fraction de commune du Sentier doivent en plus s’acquitter d’une tranche d’impôt au coefficient de 10%. Un niveau voté en rythme bisannuel par l’assemblée du village de 1943 habitants.

L’Orient et Le Brassus, les deux autres fractions de la commune, ont opté pour le même taux. En revanche, le hameau du Solliat, qui fait également partie du Chenit, n’est pas soumis à ce 4e échelon d’impôt.

Concrètement, la ponction fiscale est faite par les autorités communales, qui redistribuent ensuite leur dû aux fractions. «Cela nous permet par exemple de gérer de manière indépendante le cinéma du village, l’éclairage public, la plage ou notre fontaine», explique Joëlle Reymond, boursière de la fraction du Sentier.

Fruits des violentes rivalités qui déchiraient la région au début du siècle passé, les fractions de communes apparaissent toutefois quelque peu obsolètes à la lumière du XXIe siècle.


Dossier spécial Impôts

- 2011. Fiscalité: le calme avant la tempête
- Hausses et baisses dans les communes pour la taxation de l'année fiscale 2010
- Vaud: Glaner quelques centaines de francs
- Valais: Le royaume des parents heureux
- Genève: L'année du grand chambardement
- Jura: En attendant le jackpot de l'amnistie
- Neuchâtel: L'ère du tout numérique
- Fribourg: Toujours plus pour les enfants
- Berne: Le calme avant le souffle fédéral




Tags: Impôts, fiscalité,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
Le projet d'Ikea dans la Broye commence à se concrétiser
Logo d'Ikea (archives) Keystone
Le projet d'implantation du grand distributeur de meubles suédois Ikea dans la commune fribourgeoise de Bussy est à un tournant....
ÉCONOMIE & FINANCE
Le marché du travail s'améliore légèrement au premier trimestre
Un homme consulte des offres d'emploi (image symbolique/archives) Keystone
Le marché du travail a enregistré une croissance "modérée" au cours des trois premiers mois de l'année, selon l'Office fédéral...
ÉCONOMIE & FINANCE
Visite d'Eveline Widmer-Schlumpf à Vienne
Eveline Widmer-Schlumpf (archives) Keystone
La présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf se rend ce vendredi à Vienne pour une visite de travail. Elle doit...
ÉCONOMIE & FINANCE
Les écarts salariaux ont légèrement diminué en 2011
Logo de Novartis (archives) Keystone
Les écarts salariaux se sont légèrement atténués l'an dernier dans les grandes entreprises suisses. En termes de redistribution, les membres...
ÉCONOMIE & FINANCE
BMW rejette les reproches de la COMCO et va recourir auprès du TF
BMW a été sanctionné pour avoir entravé les importations  (archives) Keystone
La Commission de la concurrence (COMCO) inflige une sanction de 156 millions de francs au constructeur automobile BMW pour entrave...


ÉCONOMIE & FINANCE
 La vignette à 100 francs, ce n’est qu’un début
La vignette à 100 francs, ce n’est qu’un début
Doris Leuthard a retroussé ses manches pour renflouer les caisses des transports, publics comme routiers. Dans la batterie des mesures...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Hausses et baisses dans les communes pour la taxation de l'année fiscale 2010
 Mix & Remix
Neuchâtel 2010 Le coefficient d’impôt enregistre une hausse maximum (+6 points) à Dombresson (69%), Montmollin (67%) et Fenin-Vilars-Saules (68%). Les baisses...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Stefan Catsicas : Un Suisse à la tête d’une uni saoudienne
GRANDIOSE L’Université des sciences et technologies du roi Abdallah (Kaust), à deux heures de la Mecque, rassemblera jusqu’à 2000 chercheurs dans les énergies renouvelables, les technologies de l’environnement et la santé. King Abdullah University of Science and Technology
«C’est pour l’Arabie saoudite comme pour l’Occident, dont bien sûr la Suisse, une ouverture sur le monde, avec l’éducation comme...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Olivier Steimer et Claudio Loderer : "En cinq ans, le nombre de publications du SFI est inespéré"
 Pierre-Antoine Grisoni / Strates
Au terme de plus d’une année de vacance - après le départ le 1er janvier 2010 de Jean-Pierre Danthine, qui...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Jean-Pierre Danthine : "Une banque centrale n’est pas appelée à être aimée"
 Caroline Minjolle / Pixsil
La Banque nationale suisse (BNS) vit un début d’année difficile. Aux nombreuses critiques suite aux pertes essuyées en 2010 (voir...
ÉCONOMIE & FINANCE
 L’art d’être au centre du monde
MÉDIAS Les animateurs vedettes interviewent les leaders dans la neige. Dominic Büttner / Pixsil
Ses chaussures de neige sont prêtes, son manteau d’hiver aussi. Richard Quest est d’attaque pour la traditionnelle course aux news...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Vaud: Glaner quelques centaines de francs
Vaud: Glaner quelques centaines de francs
Barbare, le concept de «compensation de la progression à froid» a le mérite de faire grimper les déductions auxquelles ont...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Contre-Temps: Worldtimer
VOYAGEUSE Avec 37 fuseaux horaires, la Patrimony Heures du Monde de Vacheron Constantin, et son nouveau calibre automatique 2460 WT, se décline cette année en or rouge. Toutes les fonctions se gèrent par la seule couronne à 3h. Le tout pour 43 500 francs.
D’un premier bilan des salons horlogers genevois et attendant Baselworld en mars, on dira qu’ils furent tout sourire. Comme si,...
ÉCONOMIE & FINANCE
 World Watch Report 2011
Réalisée par Luxury Digital Marketing IC-Agency, la septième édition du World Watch Report confirme que, dans le segment de la...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Valais: Le royaume des parents heureux
Valais: Le royaume des parents heureux
Après la forte poussée des déductions de 2009, le Valais s’octroie une année de respiration… avant d’introduire de nouveaux changements...
12