Flamands et Wallons en thérapie de couple
ÉLECTIONS. Le 13 juin, les Belges éliront leurs députés fédéraux, après une campagne focalisée sur les enjeux linguistiques et la perspective d’une scission du pays. Plongée à Bruxelles et dans sa banlieue, sur les traces d’initiatives citoyennes.
«Mesdames et messieurs, nous sommes dans l’attente d’un conducteur.» Les passagers éclatent d’un rire grinçant dans le train obstinément immobile en gare de Bruxelles. A quelques jours des élections fédérales, cette annonce au haut-parleur sonne comme un mauvais présage pour la nation, à la tête de laquelle les gouvernements s’effondrent à vitesse grand V.
Le 13 juin, les Belges éliront la Chambre des représentants et le Sénat, à la suite de la chute du gouvernement Yves Leterme, le 22 avril. De ce vote émergera une énième galaxie de ministres en coalition bancale à cinq, six ou sept partis. Sans pilote. Un fidèle reflet d’un pays protéiforme mais bloqué.
Dans une Belgique trilingue (néerlandophones, francophones et une poignée de germanophones), il n’existe aucun parti fédéral pour rassembler la nation. Peu importe l’orientation politique, les candidats se rassemblent derrière le communautarisme linguistique en une véritable guerre de clocher. Les partis flamands font bloc autour d’une autonomisation accrue de leur région, menés par la droite nationaliste de NVA, donnée gagnante. La question communautaire permet d’éluder les préoccupations de la population, comme l’emploi (16,5% de chômage à Bruxelles) et l’immigration, des peaux de banane que les candidats préfèrent éviter. Sauf quand un Belgo-Iranien assassine une juge et son greffier, de l’or pour les déclarations chocs des partis. Mais, au quotidien, bien que Mohamed soit le premier prénom donné aux nouveau-nés bruxellois, c’est l’utilisation du français en banlieue qui embrase les nationalistes.
La périphérie en jeu. Neuf minutes de train suffisent pour atteindre Linkebeek, dans la ceinture verte huppée. C’est ici que se pressent la classe moyenne-sup et les innombrables fonctionnaires européens. Ensemble, ils sont 120 000 à pratiquer la langue de Molière et ont inversé l’équilibre linguistique – Linkebeek compte aujourd’hui 86% de francophones. Or, Bruxelles est un îlot enclavé en Flandre et les bourgades qui l’entourent ne reconnaissent que le néerlandais. Les nouveaux venus jouissent donc dans six communes d’un régime dit «de facilités», qui permet d’utiliser sa langue dans l’administration et de voter pour des candidats francophones.
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