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Florence Aubenas et son gentil voleur

Mis en ligne le 05.09.2007 à 00:00

Roman - François Bégaudeau s'empare de l'histoire de l'ex-otage, qui lui a donné sa bénédiction, pour une «Fin de l'histoire» déroutante.

L'Hebdo; 2007-09-05

Florence Aubenas et son gentil voleur

Roman - François Bégaudeau s'empare de l'histoire de l'ex-otage, qui lui a donné sa bénédiction, pour une «Fin de l'histoire» déroutante.

Vous souvenez-vous de Florence Aubenas? Pendant cinq mois, la journaliste de Libération a été otage en Irak. Concerts de soutien, couvertures de journaux, décompte des jours de détention à la télévision l'émotion fut grande, son enlèvement une affaire publique. Le 14 juin 2005, deux jours après sa libération, Florence Aubenas donne une conférence de presse: pendant 45 minutes, elle raconte avec ses mots à elle, précis et ironiques, ce qui lui est arrivé. Dans la salle, un écrivain écoute fasciné. François Bégaudeau s'empare du moment et en fait sa chose littéraire: paraphrasant quasi mot pour mot Florence Aubenas, il plaque sur le déroulement de la conférence de presse son propre commentaire, digressant sur ses souvenirs personnels, d'enfance ou sentimentaux. Avec un style bien à lui, heurté et parfois ampoulé «Elle. Est. Arrivée. En. Avance.» ? et une interprétation tout aussi personnelle: Aubenas, «usine à vie», symbolise pour lui la posture féministe face à l' «Histoire phallique» et sa libération devient une métaphore de celle de l'Histoire par les femmes.

Le résultat, Fin de l'histoire, est un livre déroutant, verbeux et intrigant. L'intérêt, encore et toujours, c'est Florence Aubenas: ce n'est que le texte fini que François Bégaudeau la met au courant de son entreprise, lui demandant une attestation certifiant qu'elle n'allait pas le traîner devant les tribunaux. Sans même lire le manuscrit, Aubenas signe le papier. «Il n'y a pas de copyright du malheur, des larmes autorisées et d'autres qui ne le seraient pas», explique-t-elle aujourd'hui. «Cette histoire appartient à tous ceux qui l'ont vécue, là-bas comme ici.»

Le parallèle est saisissant: d'un côté, Camille Laurens qui hurle au «plagiat» parce que Marie Darrieussecq ose écrire comme elle sur une mère en deuil d'un enfant mort, ou les habitants du village de la famille Courjault qui font circuler une pétition demandant l'interdiction du livre de Mazarine Pingeot pour ressemblance avec l'affaire des bébés congelés; de l'autre, la souveraine liberté de Florence Aubenas. La douleur n'est pas un concours, ni la réalité une propriété privée. Mais qui veut le savoir? | IF

Fin de l'histoire. François Bégaudeau. Verticales, 136 p

Vécu Florence Aubenas lors de la conférence de presse au lendemain de sa libération.




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