«Oui,j’en ai pleuré. Je me suis sentie une moins que rien. Je devais travailler, alors je tenais le coup. Porter plainte? Je n’en avais pas la force. Beaucoup de femmes étaient choquées par les propos graveleux de notre supérieur. Comment pouvait-il dire des choses pareilles? En fait, il s’en prenait plutôt aux petites mains. Les autres, les cheffes, étaient des “pures”, il ne leur disait jamais rien.»
Celle qui parle aujourd’hui a tourné la page et retrouvé un travail. Comme une autre de ses collègues d’ailleurs qui n’a pas tout de suite compris que les propos que tenaient son supérieur étaient du harcèlement. «Il parlait sur le ton de la plaisanterie, demandant: “Tu me fais une petite pipe là?” Il disait encore, “un trou c’est un trou”. Sur le moment, on avait vraiment envie de déposer le dossier et de sortir très vite de son bureau.»
L’homme mis en cause par ses anciennes collaboratrices a été suspendu de ses fonctions fin février et fait l’objet d’une enquête administrative. Il travaillait pour l’Etat de Neuchâtel, au SSRT, le Service de surveillance et des relations au travail. Son supérieur était un ami de longue date, son témoin de mariage. Un ancien collaborateur se souvient: «Ils se gardaient les maisons lorsqu’ils partaient en vacances.»
Un autre explique l’impunité dont a longtemps joui ce cadre: «Quand on s’attaquait à l’un, on s’attaquait à l’autre.» Le manque de réaction des collaborateurs? «Les gens étaient pris dans un tourbillon, l’ambiance qui était malsaine depuis toujours, était considérée comme une situation normale.
Il y avait ceux qui rigolaient à ses plaisanteries et qui ne devaient pas faire de tournées d’inspection le samedi et les autres, à qui il a fait du mal.» Pourquoi n’avoir pas pris contact avec le groupe de confiance qui, à l’Etat, s’occupe de harcèlement et de mobbing? «Avec la réputation de porosité de cette commission composée de chefs, je n’ai pas tenté le coup», dit un ancien collaborateur.
Feuilleton neuchâtelois. En toile de fond de ce cas, l’affaire Frédéric Hainard, le conseiller d’Etat déchu de ses fonctions. Une affaire sur laquelle investigue la Commission d’enquête parlementaire (CEP); elle promet un rapport pour ces prochaines semaines. Le politicien est entré en fonctions en juin 2009 au Département de l’économie dont dépendait le SSRT.
Lorsque le cadre postule pour monter en grade, des collaborateurs prennent contact avec le conseiller d’Etat pour dénoncer ses agissements. Frédéric Hainard veut alors demander sa suspension aux autres conseillers d’Etat. «Sans succès». Le cadre harceleur n’est pas nommé mais, sur la demande du conseiller d’Etat Jean Studer, écrit un «rapport» dans lequel il dénonce les relations de Fréderic Hainard avec une collaboratrice du SSRT.
Aujourd’hui, alors que ce cadre, qui pose avec une mitraillette dans les mains sur Facebook, a été destitué, les langues se délient. Voici trois ans par exemple, constatant l’important taux de rotation du personnel du service, une collaboratrice des Ressources humaines du canton a questionné des personnes inscrites au groupe «mobilité professionnelle interne». Ces dernières ont été très claires sur l’ambiance qui régnait au travail «avec ces dames». E
tonnamment, le chef des RH, Thierry Gonzalez a affirmé, en juin 2010, à la Commission d’enquête parlementaire - qui lui posait notamment des questions sur le harceleur - «n’avoir pas d’information sur des dysfonctionnements au SSRT». A-t-il la mémoire courte? Sa collaboratrice a-t-elle omis de lui transmettre les propos tenus par les gens concernés? Ou les personnes et les offices étaientils «anonymisés»?
Thierry Gonzalez explique: «A l’époque, je ne peux plus vous dire ce qui s’est passé. Une alarme, cela ne veut pas dire qu’il y a un dysfonctionnement. De façon générale, si ma collaboratrice voit qu’il y a beaucoup de gens inscrits à la mobilité interne, elle va m’en faire part et on regarde ce qu’il en est.»
Contacté, l’ancien chef du cadre suspendu, Olivier Schmid, qui a monté sa propre affaire dans le haut du canton, reconnaît que son ami «tenait des propos graveleux». «Mais dans n’importe quelle entreprise, il y a des gens qui rigolent!» Il dit même lui avoir fait des remarques. «Mais formellement, il n’y a jamais eu aucune plainte. Son dossier est vide. J’ai le sentiment que c’est une tempête dans un verre d’eau.» Une ancienne collaboratrice du service se souvient: «Cet homme était soutenu. Lorsque l’on a un chef qui cadre une équipe, il n’y a pas ce genre d’agissements.»
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