Il tétait encore son biberon à la chute du communisme. Cela ne l’empêche pas de citer Marx dans le texte et de prôner – d’imposer même – le dépassement du capitalisme au Parti socialiste. Depuis 2008, Cédric Wermuth fait une ascension politique sans accrocs. Certes, son style provocateur énerve. Allumer un joint sous le crépitement des flashs n’a pas été du goût de tout le monde.
Mais sa rhétorique de plomb et sa facilité à capter l’attention des médias ont pavé la voie à sa carrière nationale. Après avoir donné un visage à la Jeunesse socialiste (JUSO) de 2008 à 2011 et avoir mené à bien l’initiative 1:12, qui limiterait les disproportions salariales, Cédric Wermuth se lance dans l’arène des adultes. Il convoite un siège argovien au Conseil national en octobre, en principe une formalité.
Déjà immergé à Berne à la coprésidence du PS suisse, le jeune homme de 25 ans affirme se radicaliser avec le temps. «Après quelques verres, les conseillers nationaux de droite racontent qu’on leur a offert de l’argent pour déposer telle motion», dit-il écœuré. «La politique se développe dans le mauvais sens, vers toujours plus de privilèges pour les riches.» C’est clair, celui qu’on accuse de populisme – jusqu’à le désigner comme le Blocher de la gauche – n’est pas près de ravaler sa langue.
Les inspirateurs
JACQUELINE FEHR La conseillère nationale zurichoise a joué les marraines pour Cédric Wermuth. En son protégé, elle voit un jeune homme qui sait prendre des risques, notamment à la tête de la JUSO, et qui assume ses responsabilités. «Il connaît parfaitement les dossiers et a un esprit très critique. C’est l’inverse d’un opportuniste: il prend des positions claires, cela fait enrager certains et enthousiasme d’autres.»
JEAN ZIEGLER Le rapporteur spécial pour l’alimentation à l’ONU inspire Cédric Wermuth. «Il a su tenir une ligne politique socialiste radicale malgré des attaques dures.» L’activisme de Jean Ziegler conforte également l’implication de Cédric Wermuth à Solidar (ex-Œuvre suisse d’entraide ouvrière), où il travaille à 70% dans des projets de développement à l’étranger. «La gauche alémanique a oublié le fondamental de la solidarité: elle ne peut pas se limiter à un pays.»
RUTH DREIFUSS La «grandmère» des socialistes, comme l’appelle le jeune Wermuth, a prouvé qu’on pouvait «maintenir une ligne de gauche même dans un organe collégial avec une majorité de droite. C’est une des dernières grandes figures socialistes respectées dans tout le pays.»
Les proches
OTTO ET LAURENCE WERMUTH La famille Wermuth constitue un biotope idéal aux germes socialistes. Le père, Otto, secondo italien, et la mère, Laurence, Lausannoise qui a transmis le bilinguisme à ses enfants, ont toujours évolué dans les cercles de gauche. Ils s’impliquaient dans l’intégration des requérants d’asile en Argovie, sous le regard désapprobateur des villageois. Plus retenu que Cédric, le cadet Yann est aussi membre du PS mais ne s’aventurera pas dans une carrière à l’ombre de son aîné.
ANDREA AREZINA L’ancienne présidente de la JUSO argovienne vit dans la colocation à quatre de Cédric Wermuth à Baden. Le duo a travaillé ensemble sur les initiatives de la caisse unique et de 1:12. Une collaboration intense, à l’extérieur comme à la maison. «C’est spécial de vivre avec nous, concède Cédric Wermuth. La table de la cuisine est toujours couverte de matériel de campagne!»
Le clan argovien
PASCALE BRUDERER Les deux étoiles de la politique argovienne s’entendent à merveille. Convaincu par l’année de présidence de la conseillère nationale, son cadet la voit déjà au Conseil des Etats, malgré sa grossesse. «Elle a toujours su qu’elle mènerait carrière et famille.»
URS HOFMANN Le conseiller d’Etat est le premier à avoir donné sa chance à Cédric Wermuth, en l’engageant pour sa campagne à l’exécutif argovien en 2008. «Je l’ai trouvé très loyal, raconte Urs Hofmann. Il savait faire la différence entre ses convictions et celles qu’il devait défendre pour moi. Il a su saisir les opportunités politiques. J’ai été bluffé par son professionnalisme.»
La ligne latine
ROGER NORDMANN A la coprésidence du PS à Berne, Cédric Wermuth apprécie la proximité avec les Vaudois, comme Roger Nordmann et Géraldine Savary, et avec la Tessinoise Marina Carobbio. Le Vaudois apprécie pouvoir compter sur une relève qui maîtrise la communication et rend visible le parti. Sur le fond, il n’est pas toujours d’accord avec l’Argovien, notamment sur les jeux vidéo violents. «Ces derniers temps, il s’est aussi mis à plus étudier les dossiers, il a compris qu’on ne pouvait pas faire de la politique uniquement avec des coups de gueule.»
PIERRE-YVES MAILLARD Cédric Wermuth s’identifie au PS vaudois. S’il n’est pas en contact régulier avec le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, il se situe dans sa ligne ouvrière et syndicaliste.
MICHELINE CALMY-REY Plus proche de la conseillère fédérale genevoise que de Simonetta Sommaruga, Cédric Wermuth estime que ce n’est pas le moment que Micheline Calmy-Rey se retire du Conseil fédéral. «Il y a trop de risques que le PS perde le siège.»
CHRISTIAN LEVRAT A l’époque de la JUSO, Cédric Wermuth s’est senti encouragé par le président du parti, avec qui il partage une ligne à la gauche de la formation. Cependant, Cédric Wermuth juge sévèrement la crise qui a suivi le congrès de Lausanne: «Levrat a voulu trop vite faire taire la polémique interne. Il n’a pas suffisamment communiqué et il aurait dû mener le débat sur le dépassement du capitalisme de manière offensive.»
Les dignes adversaires
TONI BRUNNER C’est dans la «maison de la liberté» du président de l’UDC que le bureau des Jeunes socialistes a organisé une rencontre en été 2010. Toni Brunner s’est joint en soirée aux jeunes socialistes, dans une ambiance amicale. «C’est le président du plus grand parti de Suisse, mais il a pris la peine de débattre avec nous, jeunes socialistes, seul contre tous. Il y a un respect mutuel entre nous.»
LUKAS REIMANN Les deux jeunes politiciens s’adonnent à un pingpong politique dans Blick am Abend. Dans le jeune UDC, Cédric Wermuth voit «le danger du futur. Il est très intelligent, sait faire le jeu des médias.» Lukas Reimann admet chez son concurrent «une rhétorique forte», mais le juge faible sur les thèmes d’immigration. «Ce sont plutôt les dossiers sociaux, comme le salaire minimal, qu’il maîtrise.»
Les ennemis jurés
DANIEL VASELLA La JUSO a bricolé une affiche avec le patron de Novartis nu lors de sa campagne pour l’initiative contre les hauts salaires 1:12. Daniel Vasella a déposé plainte, a été débouté à Winterthour mais est revenu à la charge à Baden. Affaire en cours.
CHRISTOPHE DARBELLAY Les rapports entre le PDC et le socialiste se résument à des échanges musclés. Christophe Darbellay juge que le socialiste est «un politicien qui ne prend pas ses responsabilités», par exemple avec le dépassement du capitalisme. «Comment financera-t-on l’éducation ou la santé? C’est un allié objectif de l’UDC: il ne recherche pas de solutions mais participe à la destruction du climat de dialogue.»
ULRICH SCHLÜER Cédric Wermuth croise régulièrement le fer avec le conseiller national UDC sur les thèmes d’armée ou d’immigration. «Un ultraconservateur», déplore le jeune socialiste.
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