Le modèle suisse d’absolue discrétion en matière de gestion de fortune privée repose, au-delà des sanctions pénales dont seraient passibles des employés trop bavards, sur une double confiance. Celle placée par les clients dans les efforts consentis pour garantir la confidentialité de leurs données personnelles. Celle accordée par les dirigeants de banque à leurs employés. Les deux ont été mises à mal ces derniers mois. Ces coups de canif dans le contrat tacite de confiance réciproque laisseront des traces. La confiance est un sentiment fragile qui se nourrit de réassurance sur la durée. Le combat ouvert entre deux éthiques dressées l’une contre l’autre au point d’en paraître parfois irréconciliables – celle affichée par la Suisse de la protection de la sphère privée et celle revendiquée par la France ou l’Allemagne d’une juste répartition de la charge fiscale autorisant la chasse aux fraudeurs – a provoqué nombre de blessures. De celles des employés étrangers des banques suisses collectivement soupçonnés de déloyauté à celles de clients européens supposés d’emblée en délicatesse avec leur fisc national qui peuvent avoir le sentiment d’avoir été traités avec désinvolture. A trop utiliser l’éthique comme paravent d’intérêts financiers, on érode sévèrement la si fragile confiance. La reconstruire prendra du temps.
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