|
Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 04.09.2012 à 11:25 |
Les Suisses fêtent ce jeudi 6 septembre un drôle d’anniversaire. Depuis un an, nous vivons avec le taux plancher de 1,20 franc pour un euro. La mesure a été prise par la Banque nationale pour stopper l’appréciation de notre monnaie, jugée meilleure valeur refuge par les investisseurs pris dans les turbulences de la zone euro. La déclaration de Philipp Hildebrand, alors patron de la BNS, avait des accents churchilliens: nous ne nous rendrons jamais (aux spéculateurs), nous nous défendrons par tous les moyens (la création illimitée de monnaie). Dans ce conflit économique qu’est la crise de l’euro – une véritable guerre de tranchées entre les nations et les marchés – la Suisse tient sa position avec une détermination totale. La bataille a un coût à la mesure de l’enjeu – sauver notre prospérité économique: nos réserves en devises étrangères ont plus que doublé depuis juin 2011, elles atteignent la somme stratosphérique de 406 milliards de francs, soit 420 milliards de dollars (338 milliards d’euros). Ce trésor nous place au panthéon des détenteurs de réserves derrière la Chine, le Japon, l’Arabie saoudite et la Russie. Toutefois, nous sommes proportionnellement champions du monde avec 50000 francs de réserves monétaires par habitant. Ces jours-ci, la politique du taux fixe est unanimement saluée comme une réussite, une nécessité absolue, une prouesse technique. Un point est toutefois soigneusement gommé des divers bilans: le volet politique de l’histoire. Pour un pays très jaloux de sa souveraineté, il n’est pas tout à fait anodin de lier sa monnaie à celle d’un autre (en l’occurrence dix-sept autres). On ne saurait souligner de manière plus magistrale notre totale dépendance, ou notre communauté de destin. Si la zone euro se rétablit, nous pourrons gentiment écouler nos surplus de devises, et revenir au courant normal des affaires. Si la zone euro tombe, nous tomberons avec elle. Faut-il le rappeler: le maintien de notre indépendance monétaire a toujours été jugé comme un obstacle à notre adhésion à l’UE. Dès lors, bien que le débat sur la nature des relations que nous entretenons avec elle soit au point mort, il apparaîtra un jour que le 6 septembre 2011, la Suisse a de fait adhéré à l’Union européenne. Pour le meilleur ou pour le pire? Tout dépendra des Européens. Que nous le voulions ou non… Mais notre sort sera certainement meilleur entre leurs mains qu’entre celles des spéculateurs.
|









