Il est l’antithèse de la grande gueule du barreau genevois. Son propre frère voit en lui un homme «très secret». François Membrez, Jurassien d’origine mais Genevois depuis toujours, est certainement un avocat discret. Il est pourtant, à travers ses dossiers ou ses publications, au croisement de plusieurs sujets d’actualité brûlante de ces dernières années: l’affaire Kadhafi, l’évasion fiscale ou le scandale de la Banque cantonale genevoise.
A propos de cette dernière, il a élaboré un projet de remboursement des 2,5 milliards de francs versés par l’Etat. Une proposition actuellement à l’étude et qui n’est, pour François Membrez, qu’une activité parmi beaucoup d’autres. Car ce père de trois filles est aussi président de Caritas Genève et cofondateur de TRIAL, une association qui lutte contre l’impunité des criminels de guerre et des tortionnaires.
Un engagement social qui remonte à ses études, lorsque, membre de la Jeunesse étudiante chrétienne, il manifestait contre le soutien des banques suisses au régime de l’apartheid en Afrique du Sud. François Membrez dit toutefois n’être pas politisé, une autre étrangeté au barreau genevois. Il constate tout de même se sentir proche du conseiller administratif Pierre Maudet et de ses idées proeuropéennes ou en faveur de la bonne gouvernance.
Sa famille
SA FEMME ET SES ENFANTS

Son épouse Nathalie est traductrice au Centre de déminage humanitaire. «Mais nous ne parlons pas de droit humanitaire à la maison», rit son mari. Leurs trois filles sont encore à l’école: Justine, 16 ans, Margaux, 14 ans, et Camille, 10 ans.
SES PARENTS
Etienne Membrez était directeur du TCS jusqu’en 1997. Mais il est aussi avocat de formation, ce qui a occasionné quelques «discussions intempestives», se souvient, amusé, le frère de François: «Déjà, enfant, il voulait toujours avoir raison face au père!» Etienne est marié à Rita, Jurassienne comme lui.
SON FRÈRE
Directeur de Palexpo, Claude Membrez a deux ans de moins que François, dont il se dit très «fier». «Nous sommes une famille très soudée. On ne va pas déjeuner souvent à deux, mais je l’appelle parfois pour lui demander conseil et, comme nous fêtons 12 anniversaires par année dans la famille, nous passons beaucoup de temps ensemble!»
Ses compagnons de route
ÉRIC SOTTAS

Le secrétaire général de l’Organisation mondiale contre la torture a connu François Membrez dans les années 80, à la JEC. Il voit en son ami «un homme de convictions, très direct, et tenace: même si un dossier ne lui rapporte rien financièrement, il ne va pas lâcher.»
ASTRID EPINEY

D’origine allemande, celle qui est devenue la première vice-rectrice de l’Université de Fribourg rencontre aussi François Membrez à la JEC, lors d’une année d’échange à Lausanne. Etablie en Suisse, elle a gardé contact avec cet ami «fiable et régulier». Leurs enfants ayant le même âge, ils partent chaque année une semaine en vacances ensemble.
YVES DACCORD

C’est au journal universitaire genevois Courant que François Membrez a rencontré le futur directeur général du CICR. Yves Daccord ne pensait pas que son ami serait un grand avocat, faute d’être «éblouissant». Aujourd’hui, il constate le contraire: «Il a de la fermeté, du courage et se bat très finement.» En outre d’avoir tous les deux trois filles, ils se téléphonent pour se donner des conseils, comme sur le dossier libyen.
DOMINIQUE BIEDERMANN

Le fondateur d’Ethos a connu François Membrez à l’école et au cycle à Vésenaz, puis a continué à le fréquenter, notamment au sein de l’Eglise catholique. Dominique Biedermann salue son courage: «Sur la question de l’évasion fiscale, il a été un des premiers, il y a dix ans, à dire: attention, à l’étranger, c’est considéré comme de la fraude. Aujourd’hui, ça paraît normal…»
Son école de vie
LA JEUNESSE ÉTUDIANTE CHRÉTIENNE (JEC )

Ayant eu une éducation religieuse, François Membrez s’engage pendant ses études dans ce mouvement d’étudiants chrétien social, fondé en 1929. Il y côtoie de futurs amis, parmi eux Pierre Farine, alors aumônier. Aujourd’hui administrateur ad interim du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Farine voit l’avocat comme «un chrétien engagé dans le monde, qui sait écouter, et fait avancer les choses. C’est le contraire d’un idéologue.»
Ses dossiers médiatisés
LA BCGE
Trois ans avant le fiasco du procès des responsables présumés de la débâcle de la banque, en 2007, François Membrez publiait un livre, Hold-up démocratique (Ed. du Tricorne), avec Serge Guertchakoff, journaliste à Bilan. Pour eux, le sauvetage de la BCGE n’a tout simplement «pas respecté la Constitution».
L’ANGOLAGATE
«Une de mes plus importantes affaires.» Dans un dossier toujours en cours, l’avocat représente des citoyens angolais qui se sont plaints de la corruption de leurs dirigeants.
LA LIBYE

Défenseur des deux domestiques d’Hannibal Kadhafi, François Membrez considère cette affaire «réglée». Maintenant, il représente des entreprises suisses forcées de quitter la Libye au moment de la crise, et qui réclament des impayés à Tripoli.
LA FINANCE

François Membrez défend, notamment, un client égyptien du Credit Suisse, qui accuse la banque de ne pas l’avoir dissuadé d’investir dans des fonds appartenant à Bernard Madoff. Ou encore un client d’UBS qui soupçonne la banque de lui avoir fait perdre 2 millions de francs en spéculant contre lui.
L’ÉVASION FISCALE
En 2002, l’avocat cosigne, avec notamment Bernard Bertossa, La Suisse dans la constellation des paradis fiscaux, aux Editions d’en bas. Il y déplore l’absence d’entraide judiciaire dans les cas d’évasion fiscale. Huit ans plus tard, François Membrez estime que l’adoption par la Suisse des normes de l’OCDE et la signature de conventions de double imposition «vont dans le bon sens. Mais il manque encore un dispositif pour les pays du Sud, qui n’ont pas les moyens de conclure de telles conventions.»
Ses associés
JEAN-BERNARD WAEBER ET CHRISTIAN BRUCHEZ

François Membrez a fondé avec eux, en 2006, une étude qui emploie aujourd’hui dix avocats. Christian Bruchez, qui l’accompagne régulièrement en randonnée, se réjouit qu’il «ne fuie pas les questions économiques», au contraire d’autres avocats progressistes qui se concentrent sur les thèmes sociaux.
Ses relais associatifs
TRIAL
Soucieux que la Suisse ne devienne pas «une terre d’asile pour les criminels de guerre», François Membrez a cofondé en 2002 TRIAL (Track Impunity Always), avec Philip Grant, lui aussi avocat, «la véritable cheville ouvrière» de l’association.
LE CARÉ
François Membrez est également président du Caré (Caritas accueil rencontre échanges), un lieu d’accueil fondé et dirigé jusqu’en 2010 par l’abbé Jean-Marie Viénat. Qui ne tarit pas d’éloges sur François Membrez: «C’est un cadeau de collaborer avec un homme qui prend autant à cœur les tâches de service qu’il accomplit.»
CARITAS

Jadis moniteur à Caritas jeunesse, François Membrez est désormais président de la section genevoise. Son prédécesseur, l’ancien président de la Cour de justice de Genève Jean-Charles Kempf, constate qu’il y «consacre énormément de temps et s’implique beaucoup dans les questions juridiques, la conclusion de contrats.»
Ses bêtes noires
LES CRIMINELS DE GUERRE

François Membrez a cofondé TRIAL parce que la lutte contre l’impunité des auteurs de crimes de guerre et des tortionnaires, comme l’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, «était devenue une évidence, dans le contexte du génocide rwandais et des tribunaux internationaux». Inclurait-il dans ses bêtes noires Hannibal Kadhafi ou Bernard Madoff? «Non, ce sont les adversaires de mes clients, pas les miens.»
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