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FRÉDÉRIC PLAZY Cet astrophysicien et comédien français a repris la tête de la Manufacture.
Luca Da Campo / Strates

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Scène
Frédéric Plazy «Un artiste qui ne doute pas est un artiste mort»

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 16.02.2011 à 14:11

Ce Français au parcours atypique a repris, au début de janvier, la direction de la Manufacture, la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande à Lausanne. Une institution en pleine mutation, alors que le statut des comédiens se précarise.

Astrophysicien et comédien! Le Français Frédéric Plazy (39 ans), nouveau directeur de la Manufacture – la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande à Lausanne – depuis le début de l’année, se revendique d’un parcours pour le moins atypique.

Il a aussi créé, en 2000, les Chantiers Nomades à Grenoble, un centre de recherche et de formation continue des acteurs pour le théâtre et le cinéma qui a mis sur pied pas moins de cent vingt chantiers en dix ans, dans toute la France.

A n’en pas douter, sa riche expérience, son approche particulière du métier et son insatiable curiosité feront merveille face aux défis qui attendent l’école après la reconnaissance de son bachelor en théâtre.

Appelée à devenir un pôle romand des arts et métiers de la scène à l’horizon 2015, la Manufacture inaugure à la rentrée 2011 un CFC de technicien de la scène (son, lumière, image, machinerie) et, si tout se passe bien, un master orientation mise en scène et dramaturgie.

Une prochaine étape concernera la danse, avec l’ouverture d’une filière d’études supérieures en danse contemporaine à Lausanne, Genève conservant la formation CFC dans cette discipline.

Accompagner le développement de l’école et son passage de 30 à quelque 200 étudiants est une énorme tâche, très lourde aussi sur le plan administratif. Cela ne vous fait pas peur?

Cela m’effraierait si l’on parlait cacahuètes ou cornichons. Mais comme je vois parfaitement l’intérêt de ce projet qui permettra de faire se rencontrer et travailler ensemble des gens venus de disciplines différentes, je ne redoute absolument pas d’avoir à monter des dossiers complexes pour l’expliquer et le promouvoir.

De façon plus générale, le travail administratif fait aussi partie de la création. Construire un dossier, donc se conformer à des exigences qui ne sont pas purement artistiques et se poser d’autres questions, permet souvent d’affiner sa propre réflexion.

Je dois dire aussi que j’ai déjà fait ce genre de démarche pour les Chantiers Nomades et qu’en France, avec les lois de décentralisation notamment, ce n’est pas une sinécure…

La Manufacture s’est ouverte en 2003. Vous en êtes le troisième directeur. C’est tout de même beaucoup. Un poste maudit?

Jean-Yves Ruf, mon prédécesseur, désirait poursuivre en parallèle son activité de metteur en scène. La question ne se pose pas pour moi. Je serai donc directeur à 100%, comme le souhaite l’école, et je pense que c’est une bonne chose.

La tâche est tout de même colossale. Il faut non seulement accompagner le développement futur, mais ne pas perdre l’existant. Outre son nom et sa place dans l’espace francophone, la Manufacture se caractérise en effet par un état d’esprit que je qualifierais d’un peu artisanal, dans le bon sens du terme, et qu’il faut préserver.

Par ailleurs, il ne suffit pas de multiplier les filières pour créer une vraie richesse. Si c’est mal fait, et on en a des exemples malheureux en France, les couches se superposent et ne s’interpénètrent pas.

J’imagine que la Manufacture ne peut ignorer le problème du chômage des comédiens, rendu encore plus aigu après l’acceptation de la révision de la loi sur l’assurance chômage en septembre dernier…

Bien évidemment, l’école ne peut rester à l’écart du débat. Elle doit demeurer un lieu d’accueil et de ressources pour les professionnels. Nous proposons, par exemple, des ateliers destinés à toute personne souhaitant améliorer sa prise de parole en public, dirigés par des comédiens spécifiquement formés en tant que coachs/ animateurs en art oratoire.

Nous sommes aussi là pour permettre à ceux qui ont dû faire autre chose pour vivre de renouer avec leur discipline de base, dans le cadre de la formation continue par exemple. Il est bien sûr très important, surtout dans une HES, de penser la formation comme un outil d’insertion professionnelle, mais ce n’est pas sa seule fonction.

La formation a une nécessité en soi, dans ce qu’elle apporte à un individu. Et j’en suis un exemple parfait. J’ai été formé à l’astrophysique, et je me retrouve directeur d’une école de théâtre. Et je pense que je ne serais pas ici, sans avoir passé par là.

Un scientifique? Un artiste? Au fond, qui êtes-vous?

Sans prétention, je pense que je suis un chercheur. Un artiste? J’aimerais tellement… A mes yeux, de toute manière, un artiste est un chercheur, la réciproque n’étant pas forcément vraie.

L’astrophysique est une science un peu particulière parce que tout y est question. Et cela me convenait particulièrement bien. Comme on ne peut pas manipuler ce qu’on observe, on est obligé de définir des stratégies pour s’assurer le plus possible que ce qu’on observe, est vraiment ce qu’on observe.

Finalement, l’art et la science sont une façon de représenter le monde. J’y vois aussi des similitudes beaucoup plus précises. Dans la physique quantique, par exemple, le phénomène physique n’existe plus vraiment. Ce qui existe, c’est la relation entre la chose observée et l’observateur.

Désormais, on ne peut donc plus appréhender un phénomène sans tenir compte de la façon dont on le regarde. Or cette problématique est au cœur même de l’art contemporain et des nouvelles formes de théâtre.

Quelle chose héritée de vos différentes expériences allez-vous transmettre à vos étudiants?

Cette notion d’artiste comme chercheur. Il faut certes qu’ils sortent de l’école avec des balises, mais pas avec des certitudes. On doit donc maintenir en eux le désir de curiosité, le besoin de comprendre autrement, de se remettre en question tout le temps. Un artiste qui ne doute pas est un artiste mort.


Profil

Frédéric Plazy

1971 Naissance, dans la région parisienne.

1989-1993 Formation universitaire en physique en France et à Montréal.

1991 Conservatoire de Grenoble.

1993 Ecole du Théâtre d’art de Montréal. Cofondateur de la Cie Takiya, Tokaya!

1994-1997 Thèse de doctorat en astrophysique, «Etude des conditions de formation des étoiles de faible masse».

2000 Création et direction artistique des Chantiers Nomades.

2005 Direction des Chantiers Nomades.





Tags: Frédéric Plazy, Manufacture, théâtre, Haute Ecole de Théâtre,

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Réaction de bébéï
le 19.10.2011 à 21:04
Beau parcours. Flicitations Monsieur Plazy!



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