«French Songs» de Polar.
Le musicien irlando-genevois poursuit sa route en français.
Ça ne doit pas être facile tous les jours d’être fan de Polar. En un peu plus de dix ans de carrière, le musicien âgé aujourd’hui de 36 ans a varié les styles à la manière d’un caméléon. De quoi déstabiliser ses admirateurs les plus assidus. Folk à ses débuts, électronique ensuite, le Genevois né en Irlande a pris un virage inattendu en 2006, abandonnant la langue de Neil Young pour s’éprendre de celle de Cali. Epaulé par le chanteur breton Miossec, Polar virait sa cuti sur un Jour blanc inégal, alternant songwriting intimiste et chansons calibrées pour les ondes FM.
Trois ans plus tard, Eric Linder – c’est son vrai nom – persiste et signe. Mais se plaît à y mettre un peu de flou. Ainsi, ce nouveau recueil de chansons s’intitule French Songs et se conclut sur une reprise du classique Some Velvet Morning de Lee Hazlewood. Polar serait-il amateur de pieds de nez? «On peut dire ça. Mais c’est surtout une manière de rappeler mes influences, tout en mettant en avant ma personnalité et mon rapport à la chanson française.»
De Montréal à la Sardaigne. La genèse de French Songs remonte à l’hiver 2008. Polar part jouer au Canada. Quelques jours avant de prendre l’avion, il est victime d’une agression dans son quartier à Paris. Le jour du départ, sa compagne le quitte. Déboussolé, paniqué, le voilà qui débarque à Montréal «comme un chien perdu» et comprend qu’il est temps de faire le point. Le chanteur loue un appartement en ville, dans le quartier qui sépare la partie francophone de la zone anglophone. Un symbole qui colle à la direction musicale qu’il veut prendre: «Je me suis rendu compte que le fait de chanter en français ne devait pas m’interdire d’être à l’écoute de mes racines folk. Jour blanc était trop électrique, je voulais revenir au binôme guitare-voix.»
Harvest de Neil Young sur la platine, il tâtonne. Et le déclic arrive lors d’un footing matinal. «Les paroles d’Amène le vent me sont venues d’un trait, raconte-t-il. C’est la première fois que j’ai composé ainsi. Et le français s’est imposé naturellement.» D’autres chansons suivent, toujours guidées par cette envie d’épure. Raffermi par son séjour au Canada, Polar s’envole ensuite en Sardaigne pour travailler sur les arrangements de ses nouveaux titres, troquant Harvest pour la pop des Kinks.
Le résultat est un album plus fidèle au personnage. Porté par des mélodies accrocheuses, French Songs évoque un mélange équilibré entre deux cultures, de textes sensibles en instrumentations délicates. Polar avance, se trouve mieux et se profile comme un passager clandestin embarqué dans la chanson française, les deux pieds sur terre mais la tête ailleurs.
À ÉCOUTER French Songs. Virgin/EMI.
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
|