La chronique de Jacques Pilet
Gare au mammouth!
Un journaliste à la tête de la télévision et de la radio suisses? Quelle horreur! Les flèches tombent déjà sur Roger de Weck, directeur général désigné de la SSR. Car beaucoup attendaient plutôt un manager, un supercomptable, un juriste ou un haut fonctionnaire. On doit la surprise au conseiller fédéral Moritz Leuenberger qui a bien joué de son influence. Il a ainsi fait preuve d’indépendance d’esprit et de courage.
Il fallait de la hauteur de vue pour bien poser l’enjeu. Bien sûr, la SSR nage dans les chiffres rouges. Evidemment, ses dirigeants devront manœuvrer en gestionnaires avisés, trouver et faire passer des économies plutôt que de mendier une fois de plus une hausse de la taxe. Mais la tâche de ce grand patron va bien au-delà.
C’est le rôle même de la machine médiatique publique qui doit être repensé: où sont ses premiers devoirs? Où sont ses limites?
Sans ligne claire, un mammouth comme la SSR ne peut qu’engraisser… et tomber malade.
Bref, arrive l’heure des questions qui dérangent. Quelques- unes en vrac.
Jusqu’à quand la TV dépensera-t-elle des dizaines de millions pour des droits de retransmissions sportives devenus faramineux? Qui donnera le coup de frein? Quitte à ce que les téléspectateurs, pour certaines émissions, se reportent sur des chaînes étrangères ou spécialisées?
Quand mettra-t-on fin, dans cette grande maison, à l’empilement hiérarchique? Au fil des ans, on compte toujours plus de chefs, dans les chaînes, dans les régions, à la centrale bernoise. La fameuse «convergence» des médias fait courir ce risque: davantage de généraux pour moins de petits soldats au front.
Le service public peut-il collaborer avec les éditeurs de journaux? Cela se fait et se passe plutôt bien en Suisse alémanique. Pas en Suisse romande. On se demande pourquoi.
Les sites internet de la SSR entrent en concurrence directe avec ceux des privés, forts de leur budget public: quand mettra-t-on de l’ordre dans les règles du jeu?
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