L'Hebdo;
2007-02-08 Genève, capitale de l'environnement
Pourquoi consacrer un dossier de vingt-deux pages à la Genève internationale? Parce qu'elle reste, malgré les 50 000 personnes qui la constituent, trop peu connue. Parce que son rayonnement n'est jamais définitivement acquis. Parce que les champs dans lesquels elle exerce une influence sont au coeur de la mondialisation: droits humains, commerce mondial, sécurité, mais aussi migrations, propriété intellectuelle, climat... Au moment où, à Paris, les grands de ce monde s'émeuvent du réchauffement de la planète et parlent de créer une organisation mondiale de l'environnement, il faut poser la question: quelle place pour Genève? Quel rôle pour la Suisse?
La Genève internationale d'aujourd'hui n'a rien en commun avec les descriptions d'Albert Cohen, dans son roman Belle du Seigneur, où des diplomates oisifs passaient leur temps à flirter à l'ombre du Palais des Nations. C'est ce que montre la galerie de portraits brossés par notre rédacteur Roland Rossier et par le photographe Nicolas Righetti. On y retrouve Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, au moment où il tente de relancer le Cycle de Doha. Et des représentants d'organisations plus récentes, qui incarnent le changement d'ère (lire en p. 14).
La politique mondiale a longtemps été une simple addition de relations entre Etats. La chute du Mur de Berlin a changé la donne. De nouveaux acteurs apparaissent: les multinationales, qui pèsent parfois plus que les pays. Les organisations non gouvernementales, souvent efficaces et rapides. Des fondations aux moyens considérables comme le Global Fund, basé à Cointrin. Financé par les pouvoirs publics mais aussi par des privés comme Bill Gates, il a, depuis sa création en 2001, dépensé quelque 7 milliards de dollars. Et joue un rôle essentiel dans la lutte contre le sida ou le paludisme.
Si la fin de la guerre froide a rendu largement caduque la diplomatie des bons offices, quelle direction donner alors à la politique étrangère helvétique? Grâce à l'OMS et à toutes les organisations qui se sont agglutinées autour d'elle, la Suisse se profile comme un pôle mondial de la santé, on l'a vu. Avant même son entrée dans l'ONU, la Confédération s'est imposée comme un leader des droits humains et du droit humanitaire, cheval de bataille de la présidente Micheline Calmy-Rey. On met de grands espoirs dans la création d'un nouvel institut universitaire, fruit de la fusion de HEI et de l'IUED, qui pourrait, précisément, se spécialiser dans la formation et la recherche sur les nouvelles formes de gouvernance.
Le changement climatique? Jusqu'ici, Genève a eu le chic pour rater les occasions de se profiler dans ce domaine. Pourtant, elle abrite le Conseil mondial pour le développement durable, lancé à l'initiative de l'industriel suisse Stephan Schmidheiny, qui regroupe deux cents grandes entreprises. Le siège du WWF, à Gland, n'est qu'à vingt minutes en train. Et c'est le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, basé sur les bords du Léman, qui a préparé la conférence présidée par Chirac et l'appel aux «citoyens de la terre». Le moment est venu de valoriser ces atouts. Et de se mobiliser pour faire de Genève la capitale mondiale de l'environnement. |
La politique des bons offices de la Suisse? Elle est caduque. Il faut la remplacer.
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