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Evolution. En quarante ans, les polémiques sur les méfaits du bilinguisme ont quasiment disparu. Aujourd'hui, on vante surtout ses bienfaits.
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Enfants
Génération bilingue

Par Mathilde Jarry, Kevin Gertsch - Mis en ligne le 02.11.2011 à 13:40

Expatriés, couples mixtes, immigrés… les enfants pratiquant plusieurs langues dès leur plus jeune âge sont de plus en plus nombreux en Suisse romande. Un phénomène qui soulève des questions et exige parfois un effort considérable de la part des parents. Enquête et conseils pratiques. Comment faire cohabiter plusieurs langues dans un même foyer? Faut-il instaurer des règles strictes ou garder une certaine souplesse? Voici quelques pistes, avec deux spécialistes.

Parc de Milan, quartier sous-gare de Lausanne, à l’heure du goûter. «Quieres plátano o galleta?», demande un papa à sa fillette de 2 ans, qui répond du tac au tac: «Veux banane!» Face au toboggan, une Britannique et une Suédoise conversent en anglais pendant que leurs bambins communiquent avec des camarades de jeux en français. Du côté des balançoires, la petite Maya dit «No mee» quand c’est son papa zurichois qui la pousse, mais «plus fort» quand c’est maman.

La même scène pourrait avoir lieu à Vevey, Morges, Genève ou Neuchâtel. Echangez la maman suédoise contre une expat japonaise, le papa suisse alémanique contre un fils d’immigrés lombards, soucieux de renouer avec les racines de ses aïeux. Des parents fiers, des parents qui font souvent un effort pour élever leur progéniture dans un environnement multilingue.

Avec presque toujours la même motivation: offrir ce petit plus qui permettra à l’enfant de mieux réussir à l’école ou dans la vie professionnelle. Se distinguer dès la naissance. En Suisse romande, cette histoire-là est devenue presque banale aujourd’hui. Mais cela n’a pas toujours été ainsi.

Changement de mentalité

Nombreux sont les trentenaires ou quadragénaires nés ici dont les parents suisses alémaniques – ou italiens, ou hollandais – ont parlé exclusivement français à leurs enfants. «J’ai constaté un changement avec l’arrivée massive des expats qui travaillent dans les multinationales», témoigne Samuel, 42 ans, gérant du magasin de jouets la Marelle à Lausanne. Lui-même aurait pu grandir bilingue: sa mère est Autrichienne, son père Français. «Mais les préjugés de l’époque ont été plus forts. Mon père voulait que ma mère nous parle le bon allemand, ce qu’elle a refusé car sa langue de cœur est l’autrichien. Elle a fini par nous parler en français.»

A l’instar de cette famille, nombre d’enfants nés dans les années 70 et 80 n’ont pu profiter de cette ouverture des langues. Selon le dogme de l’époque, l’apprentissage de plusieurs langues est responsable, entre autres, d’un retard du développement du langage. «Ces croyances étaient connues comme l’hypothèse de déficit, explique Claudine Brohy, linguiste à l’Université de Fribourg.

Elles étaient basées sur des recherches faites jusque dans les années 40 sur, par exemple, des enfants gallois apprenant l’anglais à l’école. Les résultats démontraient un retard d’intelligence chez ces enfants, associé au bilinguisme. Or, les études n’ont pas contrôlé le milieu socioéconomique particulier de ces enfants.»

Privilégier la pratique d’une seule langue – en l’occurrence le français – était aussi considéré comme une manière de faciliter l’intégration. «Les Romands attendaient des Suisses alémaniques qu’ils s’intègrent en parlant le français. Pourtant, il était inconcevable pour des Romands installés en Suisse allemande de ne pas parler français à leurs enfants», constate Christine Widmer, professeure de suisse allemand à Lausanne.

Babel sur Léman. Aujourd’hui, faire parler plusieurs langues à son enfant est carrément devenu un projet pédagogique pour de nombreux parents. Et la Suisse s’avère être un terrain particulièrement propice pour cela, grâce notamment à l’immigration italienne, espagnole, portugaise et ex-yougoslave. Plus récemment, la mobilité des jeunes de toutes nationalités qui s’invitent dans les hautes écoles helvétiques et la forte croissance de la communauté d’expatriés, principalement sur l’arc lémanique, ont aussi contribué à cette mixité.

En 2010, près de 40% des mariages étaient entre personnes de nationalités différentes, selon l’Office fédéral de la statistique. Aucune statistique récente sur le multilinguisme en famille n’existe à ce jour (les résultats du recensement de 2010 n’étant pas encore disponibles). L’Hebdo a toutefois recensé plus de 60 crèches bilingues en Suisse romande (voir tableau ci-contre), qui démontrent l’intérêt croissant des parents pour des structures d’accueil favorisant l’apprentissage précoce de plusieurs langues.

Une multitude de stratégies

Même si certains préjugés ont été balayés, les débats autour de l’éducation multilingue persistent. Car, incontestablement, élever un enfant dans deux langues ou plus nécessite davantage de communication qu’avec un enfant monolingue. «Toute richesse ne vient pas sans coût», atteste Catherine, cette maman sud-africaine de trois enfants établie à Nyon et qui parle elle-même cinq langues.

Il faut donc s’atteler à la tâche et observer un minimum de rigueur dans cet apprentissage un peu particulier. Sans oublier que le bilinguisme (ou multilinguisme) parfait n’existe pas, «tout comme le monolinguisme par fait», note Claudine Brohy. Sur ce point, les experts sont unanimes et préfèrent parler de «bilinguisme équilibré». Ils pointent également la nécessité de ne pas perdre de vue la communication parent-enfant, qui ne doit pas pâtir d’une fermeté trop soutenue. «C’est la relation avec les enfants qui prime, témoigne Susan, mère de trois enfants trilingues anglais-français-allemand de 3, 4 et 6 ans à Gland (VD). J’exige qu’ils me répondent en allemand, mais je leur laisse la liberté de parler entre eux dans la langue de leur choix.»

Eviter l’embrouillamini. Les méthodes foisonnent dans le monde du multilinguisme: pour certains c’est «un lieu, une langue»; d’autres prônent «un jour, une langue»; d’autres encore «un parent, une langue». A chacun de choisir celle qui lui convient le mieux (voir conseils en page 56). «La stratégie parfaite n’existe pas», précise Barbara Abdelilah Bauer, linguiste et psychosociologue. Toutefois, le modèle «un parent, une langue» semble la plus populaire.

Notamment parce qu’il est de plus en plus fréquent de croiser des couples qui n’ont pas la même langue maternelle, à l’image de cette famille trilingue genevoise: «Je suis Portugaise, je parle donc portugais à mes trois fils, raconte Elsa. Mon mari, britannique, leur parle en anglais et ils apprennent le français à l’école locale.» Une situation qui requiert une rigueur constante. «Mes enfants prennent des cours de portugais proposés par le consulat, pour leur assurer la lecture et l’écriture, continue Elsa. Par ailleurs, étant donné que mon mari travaille et qu’il voit les enfants moins souvent, il instaure parfois le week-end, un jour en anglais avec un bonus de 10 francs. Chaque fois que l’enfant parle une autre langue, il perd 1 franc. Une façon plus ludique de pratiquer la langue.»

Conserver, dans la mesure du possible, sa langue maternelle quand on s’adresse à ses enfants est l’un des conseils les plus répandus par les professionnels de la petite enfance. «Si la mère parle en allemand et le père en anglais, ils doivent se cantonner à ce modèle» affirme le pédiatre zurichois Remo Largo, auteur de nombreux ouvrages sur l’éducation qui ont servi de référence en Suisse durant les trois dernières décennies.

L’objectif est de ne pas embrouiller l’enfant. «Nous avons toujours appliqué la stratégie un parent, une langue, raconte Carolyn, une mère anglaise de trois enfants habitant à Châtel-Saint-Denis (FR). Le grand-père de mes enfants parlait trois langues et passait constamment de l’anglais à l’allemand au français quand il s’adressait à mon fils de 2 ans. Résultat, mon fils a été très perturbé et s’est mis à ne plus vouloir le voir, car il ne savait pas comment communiquer avec lui.»

Le revers de la médaille

«Les parents doivent accepter le fait que leurs enfants parleront plus tard», continue Remo Largo. En effet, il est plus que normal qu’un enfant grandissant avec deux ou plusieurs langues se mette à prononcer ses premiers mots plus tard qu’un enfant monolingue. L’enfant bilingue doit d’abord enregistrer tous les sons qu’il entend, pour ensuite les classer et les discerner. C’est seulement après ce processus qu’il sera capable de parler dans la langue choisie.

Encore une fois, il faut donc rester attentif au comportement de son enfant, comme le note le Dr Bernard Pelet, qui a quarante ans d’expérience comme pédiatre à Lausanne: «Les enfants bilingues ont un développement du langage tout à fait parallèle à celui des enfants monolingues. Toutefois, si le langage ne se développe pas dans les temps, il faut mettre provisoirement le bilinguisme entre parenthèses jusqu’à ce qu’un diagnostic précis soit établi, afin de permettre à l’enfant de se concentrer sur ses difficultés.»

«En 2e primaire, la maîtresse de mon fils m’a conseillé de mettre une des trois langues de côté, reprend Elsa. Mon fils souffrait de dysorthographie, il alternait les «d» et les «t». Il est allé consulter un logopédiste pendant un an.» Rester vigilant permet de pouvoir corriger le tir à temps. Selon les objectifs que la famille s’est fixés, il faut pouvoir intervenir, comme l’a fait Emma, mère de famille à Arnex-sur-Orbe (VD). «Mon aîné est devenu meilleur en français qu’en anglais. Etant donné que nous vivions dans un environnement francophone, nous avons mis l’accent sur l’anglais à la maison pour qu’il continue de le parler.»

Bilinguisme à deux vitesses. Si l’heure est à la célébration du bilinguisme et de ses bienfaits, certains tiennent néanmoins un discours moins élogieux. «La langue constitue un instrument d’exclusion et d’inclusion, explique Alexandre Duchêne, professeur de sociologie du langage à l’Institut de plurilinguisme de Fribourg. En effet, au-delà du monde des expatriés et des couples mixtes de la classe moyenne supérieure, se trouve une réalité plus problématique, dont les enfants des immigrés sont les premières victimes. Avec le français à l’école et la langue maternelle à la maison, ils se retrouvent tiraillés entre deux mondes auxquels ils se doivent d’appartenir, mais qui ne convergent en rien.

«Souvent, les parents ne parlent pas la langue du pays d’accueil et les enseignants ou thérapeutes ne maîtrisent pas la langue de la famille. L’enfant endosse alors le rôle de traducteur, un rôle totalement inapproprié. Cette situation est fortement pathogène», explique Francine Rosenbaum, orthophoniste ethnoclinicienne à Neuchâtel, et auteure de nombreux articles et ouvrages sur le sujet. Dans ce cas, il est urgent de redéfinir le rôle des parents afin que l’enfant retrouve sa place, et de ne pas étouffer cette culture et cette langue à travers lesquelles l’enfant se construit.

Ces cas expliquent en grande partie pourquoi les mythes sur les méfaits supposés du multilinguisme continuent à se perpétuer aujourd’hui. «On pense encore que c’est parce qu’un enfant parle une langue étrangère à la maison qu’il rencontre des difficultés scolaires et de langage, poursuit Francine Rosenbaum. Or, c’est tout le contraire. C’est parce qu’il ne maîtrise pas bien sa langue maternelle qu’il a des problèmes.» Une plus grande aide proposée aux familles, tels que des médiateurs linguistiques ou des psychologues, permettrait ainsi d’attaquer le problème à la racine et réduire l’écart qui existe entre ces deux mondes bilingues.


Famille Cirieco, Bellevue (GE)

"Nous n'avons pas lâché"

Brian, André, Stefano: les prénoms des trois frères Cirieco illustrent bien l’environnement linguistique singulier dans lequel baigne cette famille installée à Bellevue (GE). Lisa, une Américaine venue en Suisse à l’âge de 8 ans, reconnaît avoir choisi les prénoms de ses enfants selon le contexte du moment: «Nous habitions à Londres quand j’étais enceinte de Brian, puis André est arrivé quand nous étions en Suisse et mon mari Francesco, qui est Italien, travaillait à Milan lorsque j’ai accouché de Stefano.» Les enfants maîtrisent donc parfaitement les trois langues.

La maman leur parle en anglais, tandis que le papa s’adresse à eux en italien. Le français a été majoritairement acquis à l’école. Un trilinguisme important pour Lisa qui avoue avoir regretté le manque d’intégration lorsqu’elle est arrivée en Suisse en tant que fille d’expatriés. «Dans mon immeuble, je croisais tous les jours ma voisine d’en face. Elle avait le même âge que moi mais je n’ai jamais osé l’aborder. Mon niveau de français était bien trop mauvais.»

Elle et Francesco ont donc mis un point d’honneur à ne pas fléchir quand les enfants ne répondaient pas dans la langue souhaitée. «J’ai vu tellement de familles qui ont lâché parce que ça devenait trop compliqué, je ne voulais pas faire la même erreur», raconte Lisa.

Une démarche stricte soutenue par le pédiatre de la famille, quitte à ce que la communication familiale en pâtisse par moments. «Mon troisième fils n’a pas eu beaucoup de conversations avec son papa pendant deux ans, car il refusait de parler italien. Nous n’avons pas lâché, nous l’avons encouragé à s’exprimer en italien et nous ne le regrettons pas.» Une stratégie payante pour Lisa et son mari qui constatent les progrès de leurs enfants dans des langues qui leur sont étrangères.

«Notre fils aîné apprend l’allemand à l’école. Un jour, nous sommes allés à Bâle rendre visite à des amis trilingues qui ne communiquent qu’en allemand entre eux. Brian s’est alors mis à leur parler allemand sans aucun souci. J’étais épatée.» MJ


Famille Gregorin, Préverenges (VD)

"Donner toutes les chances à notre fille"

La mélodie de la langue allemande, elle n’a jamais pu s’y faire. L’anglais, ce n’est jamais rentré. C’est donc avec le français uniquement que Sandra Gregorin Bongard, mère d’une petite Emma de 16 mois, a construit sa vie. Mais non sans difficultés: «Partir en vacances et devoir toujours dépendre de quelqu’un pour se faire comprendre, je ne supportais pas.» En accord avec son mari Ivan – dont les parents sont Suisses alémaniques mais ne lui ont pas transmis cette langue – Sandra a donc décidé de mettre toutes les chances de son côté pour que ses enfants ne ressentent pas cette même frustration.

Alors quand le couple entend parler d’une crèche bilingue français-anglais qui s’ouvre en face de la pharmacie où travaille Sandra, il saute sur l’occasion. Emma entendra donc ses premiers mots d’anglais en janvier prochain, après avoir vécu les dix-huit premiers mois de sa vie dans un environnement francophone. «On se pose beaucoup de questions, dit Sandra. Ne va-t-elle pas tout mélanger? Ne risque-t-elle pas d’être perturbée? Mais ces inquiétudes sont vite balayées par la curiosité du résultat.» Pourtant, Sandra et Ivan n’envisagent pas de poursuivre cet enseignement anglophone une fois qu’Emma sera scolarisée. La faute au manque de structures bilingues publiques.

Leur fille continuera donc d’apprendre l’anglais à l’école, comme tout autre enfant suisse francophone. De quoi susciter sans doute quelques critiques dans l’entourage de Sandra et de son mari. «Nos parents sont de la génération précédente, il est donc possible qu’ils aient du mal à comprendre notre démarche. Quant à mes connaissances, je pense que certaines seront sceptiques.» Des critiques dont le couple ne tiendra pas compte. «Nous sommes persuadés de faire le bon choix. Et si cela fonctionne, nous réitérerons l’expérience avec nos prochains enfants.» MJ


Famille Demouchy, Allenwinden (ZG)

"Eviter le poids du passé"

La France comme eldorado: c’est avec ce rêve en tête qu’Ilinca Demouchy a vécu ses vingt-cinq premières années dans une Roumanie communiste. Ilinca apprend le français avec sa grand-mère, partie faire ses études de médecine à Paris dans les années 20. En attendant de pouvoir partir à son tour. C’est en 1994, cinq ans après la chute du régime de Ceausescu, qu’elle bénéficiera d’une bourse pour se rendre en France.

S’ensuivent plusieurs emplois dans le marketing et la logistique, un mariage avec un Français et la naissance de leur fils en 2005. «J’ai parlé à Victor en roumain les quinze premiers mois. Puis j’ai changé d’avis et je lui ai parlé exclusivement en français.» Un choix qu’Ilinca ne regrette pas. «Nous étions en France, il fallait donc s’intégrer.» Pour elle, le régime communiste a privé les Roumains d’une liberté d’esprit, de créativité et d’ouverture. «Je ne voulais pas donner ce poids du passé à mon fils.»

En 2008, Ilinca quitte la France et déménage avec sa famille à Allenwinden (ZG), où elle est engagée comme ingénieure chimiste. «Mon mari a eu du mal à accepter ce changement. Quant à mon fils, il refusait que je lui lise des livres en allemand.» Curieusement, Victor est fier d’avoir une maman roumaine et insiste pour qu’elle le fasse savoir aux gens qu’ils rencontrent. «Je ne sais pas d’où vient cette fierté pour la Roumanie, mais ça me touche énormément.»

Victor apprend maintenant le suisse allemand au jardin d’enfants et fera sa scolarité en allemand. Le français reste la langue de référence, et l’amour de la famille pour cette culture est intact. Quant à l’avenir de son fils, Ilinca ne le dictera en rien. «Victor construira son avenir selon ses désirs car il a un bagage différent du mien, je n’ai donc pas le droit d’interférer dans ses choix.» MJ

La liste des structures d'accueil plurilingues de Suisse romande est disponible dans la version papier de L'Hebdo.


6 conseils d'experts pour familles plurilingues

Parlez avec trois parents d’enfants plurilingues et vous aurez trois avis différents sur la meilleure manière de gérer plusieurs langues à la maison! Dans ce domaine, les querelles de clocher sont légion, y compris entre experts. Malgré tout, certaines règles de base peuvent être énumérées sans risquer de soulever la polémique. Le point avec Barbara Abdelilah Bauer, linguiste et psychosociologue, et Tracey Tokuhama Espinosa, auteure de nombreux ouvrages sur le plurilinguisme.

01 Combien de langues au maximum?

Il n’existe pas un nombre maximal de langues qu’un enfant peut acquérir. Le bébé assimile le nombre de langues nécessaires pour entrer en contact avec son environnement. Si trois langues sont parlées de manière intensive et régulière autour du bébé, il pourra acquérir les trois. Mais il faut donner beaucoup de chaque langue, tout en étant conscient que c’est une tâche difficile qui nécessite davantage de communication qu’avec un enfant unilingue.

02 Faut-il commencer tôt?

Jusqu’à l’âge de 7 ans, un enfant est capable d’apprendre une langue intuitivement, sans réaliser qu’il communique en plusieurs langues. Au-delà, la démarche n’est plus aussi naturelle. «L’enfant va apprendre une langue étrangère en la comparant avec sa langue maternelle. C’est un mécanisme d’apprentissage différent», explique Barbara Abdelilah Bauer.

03 Y a-t-il un risque de confusion?

Les experts sont unanimes: la confusion n’existe pas. Mélanger deux langues dans une même phrase est un comportement langagier normal pour un enfant bilingue. Utiliser la grammaire d’une langue pour s’exprimer dans une autre est aussi un acte naturel. Ce n’est qu’à partir de l’âge de 6 ans, si l’enfant continue à mélanger les deux langues, qu’il faut commencer à s’inquiéter.

04 Quelle stratégie choisir?

Il existe plusieurs stratégies et aucune ne surpasse les autres. Certains parents assignent un jour de la semaine ou un lieu à une langue. Dans d’autres cas, par exemple dans les familles immigrées, la langue parlée à la maison est différente de celle de l’école. La stratégie la plus populaire est celle d’«un parent, une langue», où chaque parent ne parle qu’une seule langue avec l’enfant. «Ce dogme n’est pas réalisable de manière stricte dans la vie courante, tempère Barbara Abdelilah Bauer. Il est préférable de ne pas mélanger mais il ne faut pas être rigide pour autant.» Chaque famille doit avant tout trouver sa propre stratégie selon les objectifs qu’elle s’est fixée: est-ce que je veux que mon enfant parle plusieurs langues? Ou est-ce que je veux qu’il sache également les écrire et les lire?

05 Quel degré de souplesse?

L’important reste la communication et le maintien des liens relationnels. Si l’enfant refuse de répondre dans la langue souhaitée, le parent doit reformuler les paroles de l’enfant dans sa langue et répondre dans cette même langue. «Si l’enfant refuse de parler, c’est qu’il ne trouve aucune motivation. Mais en continuant de parler cette langue, même à titre passif, on donne à son enfant la possibilité de la parler réellement un jour», précise Tracey Tokuhama Espinosa.

06 Différences au sein d’une fratrie?

Elever son premier enfant dans un environnement multilingue est plus facile qu’avec les suivants. L’aîné parlera la langue dominante avec ses frères et sœurs et ceux-ci seront par conséquent moins enclins à apprendre plusieurs langues. Toutefois, il n’y a aucune raison de s’inquiéter si les plus jeunes enfants de la famille parlent une deuxième langue plus tard que l’aîné. Les enfants privilégieront généralement la langue qu’ils parlent à la crèche ou à l’école, mais les parents peuvent les inciter à employer une autre langue à la maison en prenant part à leurs jeux, en parlant la langue souhaitée et en leur demandant d’en faire de même. MJ ET KG





Tags: Enfants, bilingue, génération, éducation, phénomène,

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