EDITO
Genève, capitale du développement durable

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 13.06.2012 à 10:59

A moins d’un changement de dernière minute, Barack Obama ne participera pas à Rio+20. La chancelière allemande Angela Merkel non plus. Ni, d’ailleurs, le premier ministre britannique David Cameron. Ils ont d’autres chats à fouetter – des échéances électorales, la crise de l’euro... Ou serait-ce qu’ils craignent un flop? On est très loin en tout cas de l’enthousiasme du Sommet de la Terre de 1992. Ceux qui avaient espéré une réduction rapide d’émissions de gaz à effet de serre et un changement de paradigme économique ont dû déchanter. Vingt ans après, les émissions de CO2 continuent d’augmenter. Le décollage ahurissant des pays émergents entraîne une exploitation décuplée des ressources naturelles. Sans oublier la récente crise financière. Elle détourne les pays industriels de leurs bonnes résolutions. Mais le bilan est-il si négatif? Au lieu de se lamenter, on peut aussi souligner les progrès réalisés. Ils sont parfois paradoxaux: la Chine est désormais le plus grand pollueur de la planète. Dans le même temps, elle se positionne comme le premier investisseur mondial dans les technologies vertes – le solaire, notamment. L’Allemagne sort du nucléaire et, pour ce faire, ouvre des centrales à gaz et à charbon. A plus long terme, elle stimulera le développement des énergies renouvelables. Les emplois de demain (ou d’après-demain) seront créés pour beaucoup dans ce qu’on appelle l’économie verte, c’est devenu une banalité de le dire.

Manque encore une gouvernance mondiale du développement durable. Depuis le Sommet de Rio en 1992, on oscille en effet entre le chaos et l’immobilisme. Voilà pourquoi, la semaine prochaine, au Brésil, cette question occupera les conversations et les négociations en coulisse. A peine élu, François Hollande défendra l’idée franco-allemande d’une organisation mondiale de l’environnement sur le modèle d’autres agences onusiennes telle l’OMS. Problème, les Etats-Unis, la Russie, le Brésil et l’Inde s’y opposent. Et militent pour une option minimaliste. Entre ces deux positions, la Suisse, représentée à Rio par deux conseillères fédérales, proposera non pas de créer une nouvelle «usine à gaz», mais de mieux coordonner (et d’améliorer) les organisations existantes. Elles sont nombreuses. Et beaucoup d’entre elles se trouvent d’ores et déjà dans la région genevoise: l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le Bureau international du travail (BIT) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sans oublier les entités non gouvernementales comme le WWF ou le R20 d’Arnold Schwarzenegger, basé à Versoix (lire l’article de Philippe Le Bé en page 30).

Il ne faut pas s’attendre à ce que le Sommet Rio+20 accouche de révolutions. Mais, dans l’indispensable amélioration de la gouvernance mondiale, la diplomatie suisse a beaucoup à offrir. Elle doit aussi saisir cette occasion pour profiler Genève comme capitale mondiale du développement durable.

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