Deux ans jour pour jour après l’arrestation de son père, Mark Madoff, 46 ans – qui, comme son frère Andrew, n’était pas inculpé par la justice américaine – a mis fin à ses jours dans son bureau newyorkais. Un deuxième suicide lié à la fraude du siècle, après celui du financier français Thierry de La Villehuchet qui s’était, lui aussi, ôté la vie sur son lieu de travail quelques jours après que Bernard Madoff se fut livré à la justice.
Une justice qui, au cours des deux années écoulées, a poursuivi ses investigations pour tenter de démêler l’écheveau des responsabilités dans la construction d’une gigantesque arnaque de Ponzi ayant fait perdre quelque 65 milliards de dollars à des investisseurs aussi riches que crédules.
Le liquidateur américain défendant leurs intérêts, Irving Picard, a mis à profit la totalité des deux années au maximum qui lui étaient imparties pour engager des procédures en vue de récupérer une partie de l’argent évaporé dans cette fraude planétaire. Il vient de lancer des demandes de paiement auprès de membres de la famille, d’amis, d’employés de l’escroc Bernard Madoff – qui purge une peine de 150 ans de prison aux Etats-Unis – mais aussi auprès de plusieurs banques, notamment en Suisse.
L’UBP passe un accord. La liste de ces établissements est longue et les factures qui leur ont été présentées plutôt salées. La banquière autrichienne Sonja Kohn, considérée comme complice de Bernard Madoff, a ainsi écopé d’un commandement de payer de 20 milliards de dollars.
Les autres banques dans la ligne de mire d’Irving Picard sont JP Morgan, Merrill Lynch ou Citigroup outre-Atlantique, mais aussi les européennes HSBC – qui se voit réclamer 9 milliards de dollars – ou UBS, qui a reçu une note de 2 milliards de dollars. La plupart de ces établissements bancaires nient avoir une responsabilité de complicité dans la collecte de l’argent destiné à des fonds gérés, de fait, par Bernard Madoff.
La banque genevoise Union bancaire privée (UBP) rejette également «une quelconque responsabilité» envers le liquidateur qui tente de récupérer de l’argent pour indemniser en partie les investisseurs grugés. Elle a toutefois accepté de verser quelque 500 millions de dollars en échange du renoncement à toute prétention envers l’UBP, les entités du groupe et ses clients.
L’établissement genevois précise, dans un bref communiqué, avoir justement pris une telle décision pour «protéger ses clients». Ceux des autres banques qui auraient bénéficié des rendements alléchants des produits gérés par Madoff – et auraient eu l’heureuse idée d’encaisser leurs gains avant l’effondrement de la pyramide alimentant les gains des anciens par les entrées d’argent des nouveaux – ont peut-être du souci à se faire. Tracer la démarcation entre profiteurs et victimes ne sera pas aisé.
L’autre victime: la confiance. Outre les dégâts humains et la perte de l’épargne de toute une vie pour nombre d’investisseurs, cette fraude a déjà fait une autre victime: la confiance en certains établissements ayant pignon sur rue à Genève.
Une enquête de l’agence de presse Bloomberg révèle que, deux ans après l’éclatement de l’affaire, les fonds de hedge funds gérés au bout du lac ne détiennent plus que 14,8 milliards de dollars sous gestion. C’est 60% de moins qu’à la belle époque. La peur qui rôde avant les décisions finales de la justice ne va pas contribuer à les renflouer.
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