Trouver un logement à Genève – sans même viser un loyer abordable – reste une gageure, pour ne pas dire un calvaire! Malgré une légère amélioration, la situation demeure hypertendue. Au 1er juin 2011, l’Office cantonal de la statistique (OCSTAT) a recensé 556 logements vacants (dont 437 appartements), soit 60 de plus qu’une année plus tôt. Le taux de vacance s’élève à 0,25%, un chiffre qui n’évolue guère depuis 2002!
La moitié des logements disponibles se trouvent en ville de Genève, suivie par Vernier et Lancy. En revanche, aucun logement vacant n’a été recensé dans sept des 45 communes du canton! La pénurie fait pression sur les prix, qui n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. De 2005 à 2011, le prix moyen du mètre carré à la location sur l’ensemble du canton est passé de 250 à 327 francs, ce qui représente une hausse de plus de 30%.
Avec Bâle-Ville, Genève est le canton suisse qui présente la plus grande proportion de locataires, soit plus de 80%. Et sans doute aussi le plus de frustrés. «Ce dont il manque souvent dans les listes de location des régies, ce sont les studios et les 2-pièces qui sont loués par les étudiants, les gens de passage et les jeunes, ainsi que les appartements de plus de 4 pièces situés en ville (à Genève, 4 pièces signifie une cuisine, un salon, deux chambres, ndlr), très demandés notamment en raison du nombre élevé de divorces», constate Béatrice Grange, directrice de Grange & Cie SA et présidente de l’USPI Genève (Union suisse des professionnels de l’immobilier).
Son conseil de pro: s’abonner aux mises à jour électroniques des agences, «ce qui permet d’avoir l’information à la source et de prendre rapidement rendez- vous pour la visite». L’astuce n’en est pas toujours une, confirme cette candidate au logement: «Plusieurs appartements sont déjà attribués avant même d’apparaître sur les listes.»
Les guides pratiques. Malgré la pénurie, Andreas Fabjan, secrétaire général de l’USPI Genève, veut rester positif: «Il y a des possibilités, vu qu’il y a de la rotation: chaque année 10% des appartements changent de locataire.» L’USPI Genève tient à disposition des personnes en recherche de logement une brochure «mode d’emploi» qui rappelle les règles d’usage et fournit quelques informations pratiques censées faciliter les démarches.
On trouve également quelques conseils dans le Guide pratique du logement à Genève, édité par genevacoaching.ch et livré par e-mail en version PDF pour la coquette somme de 65 francs. Un chapitre entier de l’ouvrage Travailler en Suisse de David Talerman – dont la troisième édition paraîtra début 2012 et qui est prioritairement destiné aux expatriés et aux frontaliers – est consacré au logement.
Il met notamment en garde contre les pratiques douteuses des charlatans de l’immobilier. Petite anecdote de l’auteur: «Lorsqu’un ami est arrivé sur Genève il y a deux ans, il a repéré les quartiers et les immeubles qui lui plaisaient. Il a ensuite glissé dans les boîtes aux lettres un mot qui détaillait sa demande. En trois semaines, il avait trouvé un logement!»
Autre histoire, autre petit miracle: Jean-Luc, un Français venu s’installer en Suisse, a trouvé un appartement à Genève en... dix jours! L’objet: un 60 m2 pour 1850 francs charges comprises. Le secret de sa réussite? «La visite avait lieu sur un créneau horaire particulier, entre midi et 14 h. Le bail est limité à trois ans et entrait en vigueur quatre jours après la visite.» Autant de contraintes que Jean-Luc a acceptées sans sourciller.
Le succès de la sous-location. Dans le contexte genevois, certains témoignages peuvent surprendre. «J’ai quitté un 4-pièces à Perly en loyer libre pour 1750 francs par mois charges comprises: il est resté inoccupé durant quatre mois.» Ce cas illustre la réticence des locataires à élargir leur zone de chasse. Même si la pénurie pousse les actifs à habiter toujours plus loin de leur lieu de travail, les familles préfèrent rester dans le même quartier, notamment pour une question de scolarisation des enfants et de réseau social.
Autre constat: les locataires s’accrochent à leur logement et recourent à la sous-location. Pour qu’elle soit pratiquée de manière légale, le bailleur doit en être informé. Ce qui est loin d’être une généralité. La méthode n’est d’ailleurs pas sans risques, comme en témoigne ce message tiré d’un forum en ligne: «Mon ami a loué son 2,5-pièces dans la Vieille-Ville à un gestionnaire de fortune d’une banque du Moyen-Orient. Cela fait plus d’un an que son locataire a cessé de payer son loyer et l’Asloca ne peut rien faire pour lui.»
Coopératives et subventions. Canton le plus urbain, Genève est aussi généreusement doté en coopératives: 52 d’entre elles sont regroupées à l’enseigne du Groupement des coopératives genevoises. La plus grande est la Société coopérative d’habitation Genève (SCHG) qui dispose d’un parc de 1800 logements. Comme partout ailleurs, il faut s’armer de patience: quelque 650 demandes sont en attente.
Une partie des appartements genevois en coopérative d’habitation sont subventionnés. En vingt ans, le nombre total de logements subventionnés a diminué de plus de la moitié. Il représente aujourd’hui moins de 10% du parc immobilier. En 2009, le Grand Conseil a adopté une nouvelle mouture de la LUP (loi pour la construction de logements d’utilité publique) qui porte l’objectif du parc d’utilité publique à 20% de l’ensemble du parc locatif. La loi est généreuse, puisqu’elle octroie un crédit annuel de 35 millions de francs. Son grand défaut: elle ne fixe pas de délai pour la réalisation...
Au 30 juin 2011, les quelque 19 000 logements subventionnés existants étaient répartis comme suit: 6373 HBM (pour personnes à revenus très modestes), 10 473 HLM (pour personnes à revenus modestes), 2156 HM (habitations mixtes, où l’aide varie en fonction des revenus des locataires).
Pour pouvoir accéder à un logement subventionné par la loi générale sur le logement et la protection des locataires (LGL) ou de type LUP, il faut répondre à quatre critères, notamment le respect d’un taux d’effort (part du revenu consacré à son loyer) et d’un taux d’occupation (nombre de personnes occupant le logement). «Avec la crise du logement, le nombre de demandeurs est en hausse ces dernières années. Actuellement, près de 5700 dossiers sont inscrits en attente», indique Vinh Dao, chef du projet LUP à l’Office du logement. Là encore, il faut être patient!
Bon plan
France voisine, le nouvel eldorado
Rosie est Britannique, son époux Espagnol. Locataires durant plusieurs années d’un petit 45 m2 aux Pâquis à Genève, ils souhaitaient déménager dans «quelque chose de plus grand». Mal leur en a pris. «On cherchait un 3 ou 4-pièces genevois: soit c’était trop cher, soit il y avait trop de monde et notre dossier n’était pas retenu.» Las, ils ont décidé de fuir la pénurie et de quitter Genève pour aller s’installer en France voisine. Bon plan numéro un.
Constatant qu’en devenant propriétaires, leur loyer serait – grâce aux taux hypothécaires favorables – moins élevé qu’en location, ils ont acheté une maison à Messery, une petite commune située à 3,5 km d’Yvoire. Bon plan numéro deux. Désormais pendulaires, ils ont emménagé dans leur demeure française en octobre 2010, une mitoyenne de 130 m2 avec trois chambres et une terrasse de 25 m2. L’hypothèque leur coûte 2600 francs par mois, à quoi il faut bien sûr ajouter les charges.
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