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Par Luc Debraine - Mis en ligne le 04.09.2012 à 11:52 |
Comme photographe, Alan Humerose aime les points de vue et les supports différents. Ses fleurs prises en contre-plongée, puis imprimées sur des drapeaux, ont pavoisé le pont du Mont-Blanc à Genève et le port de Buenos Aires. Dans son nouveau projet, Alan Humerose a choisi l’axe de la plongée, son appareil et son flash fixés au bout d’une perche qu’il a tendue à de maintes reprises ces derniers mois au-dessus de ses modèles, immobilisés sur des passages piétons de Genève. Dès le 12 septembre, tirées sur des affiches, 200 de ses photos baliseront la ville. Passages piétons? Les marquages aux bandes jaunes sont ici la métaphore de la nécessité de mieux relier deux populations hétérogènes: les Genevois et les collaborateurs des organisations internationales. Deux mondes qui se mélangent peu, se méconnaissent souvent, quand ils ne se méfient pas l’un de l’autre. Mais qui gagneraient à se croiser plus souvent, comme sur un passage piéton. Entre en scène l’association Agir, dont le but est de rapprocher les deux entités genevoises. Née pour soutenir l’extension du siège de l’OMC, l’Action pour la Genève internationale et son rayonnement est apolitique et sans but lucratif. Ses jeunes membres bénévoles sensibilisent les acteurs politiques, économiques et civils aux avantages de la présence des organismes internationaux dans la République. Des organismes si nombreux, si diversifiés, si importants pour la plupart qu’ils font de Genève le premier centre mondial des relations multilatérales. Comme cet atout reste mésestimé, l’association a décidé de mener une nouvelle action militante. «Nous voulons d’abord nous adresser à la population locale pour attirer son attention sur la nécessité de se battre pour préserver et développer la Genève internationale, souligne Vincent Subilia, fondateur et président d’Agir. La votation sur l’extension de l’OMC a été une sonnette d’alarme. Mais aujourd’hui, la vulnérabilité du tissu économique, la concurrence toujours plus vive des autres villes, le franc fort et le sentiment d’insécurité en ville fragilisent encore plus cet acquis. Notre campagne de sensibilisation veut ouvrir un débat.» Agir a mandaté Alan Humerose pour réaliser Traits d’union, un projet visuel qui relie les deux rives, l’une locale, l’autre internationale. Des dizaines de fonctionnaires du monde entier ont accepté de poser sur les passages piétons, se rencontrant pour la première fois au gré des prises de vues, ou venant en groupes, entre collègues. D’autres acteurs de la Genève internationale se sont joints aux séances organisées en pleine rue, comme les responsables de l’Hôtel Intercontinental, de Genève Tourisme, de l’Organisation des Suisses de l’étranger, d’Avenir Suisse, de l’Université de Genève ou de la Fondation pour Genève. Ils étaient aussi cadres, employés, stagiaires, à la retraite ou débutants, tous placés sur un pied d’égalité sur les bandes jaunes. Dans le livre qui accompagnera l’exposition d’affiches, les personnes photographiées ne sont décrites que par leur prénom et l’initiale de leur nom de famille, dans le but de renforcer leur cohésion de groupe. Mais il n’est pas trop difficile de reconnaître parmi eux Micheline C.-R. (ancienne présidente de la Confédération), Kofi A. (ancien secrétaire général des Nations Unies) ou Pascal L. (directeur général de l’OMC). Amusés par ce protocole original de prise de vue, tous les modèles de passage (piétons) regardent l’objectif en surplomb, dans une attitude corporelle d’ouverture. Si la contre-plongée donne une autorité imposante aux sujets photographiés, eux tout en haut, le regardeur tout en bas, la plongée réduit au contraire leur stature, les rendant plus humains, plus accessibles. Le procédé a aussi pour effet de supprimer l’environnement immédiat au profit d’un arrière-plan toujours identique, composé de macadam noir et de bandes jaunes, renforçant l’idée sérielle du projet. La couleur locale est évacuée (aucune trace de Jet d’eau dans les photos), ce qui focalise l’attention sur les acteurs de la Genève internationale. Dans la rue, les images seront incrustées des mots «traits d’union», comme s’il s’agissait d’un marquage au sol. Quatre jeux de 50 affiches seront disposés en ville. Les panneaux du quai Wilson recevront 50 images supplémentaires, également publiées dans le livre qui accompagnera l’exposition, un ouvrage dont le texte est signé André Klopmann. Dès le 12 septembre également, un site internet prolongera cette initiative citoyenne, dont le coût de 135000 francs a été pris en charge par la ville, le canton, la Confédération et des mécènes privés. «Traits d’union», exposition d’affiches du 12 septembre au 12 octobre (sur le quai Wilson du 28 septembre au 28 octobre). www.agir-traitsdunion.ch
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