Un homme élégant, amateur de langues classiques et d’histoire qu’il enseigne dans une école privée de La Côte. Un admirateur de personnages à poigne comme Churchill, de Gaulle, Poincaré. Un débatteur au verbe haut, capable de donner une conférence sans se reprendre, quitte à être trahi par sa faconde.
Pour ses amis, il est un politicien dans le noble sens du terme. «Jacques-Simon est un homme de conviction, fidèle et d’une très grande droiture», déclare l’ancien diplomate Jacques Reverdin. Ses ennemis se souviennent de son anticommunisme et de son militarisme acharné.
A 68 ans, c’est dans la posture du vieux sage qu’il remplit son probable dernier mandat électoral en tant que membre de la Constituante genevoise. Comme coprésident, il a favorisé le consensus d’une assemblée ankylosée par les querelles idéologiques. Il a démissionné de cette fonction arbitrale ce printemps pour «retrouver sa liberté de parole» dans l’hémicycle. Et peut-être aussi parce qu’il était «ébranlé par la violence des débats», comme le suggère Marguerite Contat Hickel.
Ancien correspondant parlementaire pour le Journal de Genève, il a livré jusqu’à l’an dernier des chroniques hebdomadaires historico-politiques dans Le Temps. Il a siégé pendant vingt-quatre ans, de 1983 à 2007, au Conseil national sous les couleurs libérales. Il a aussi présidé ce parti au niveau suisse de 1997 à 2002.
A Berne, ce politicien plus doué pour les prises de position que les subtilités de dossiers techniques, s’est beaucoup intéressé à la politique étrangère, défendant l’adhésion de la Suisse à l’ON U et à l’Europe. Il préside l’Organisation des Suisses de l’étranger, dont le congrès annuel se tient à Lugano du 26 au 28 août.
La famille
CORINNE, DELPHINE, FABRICE ET PIERRE-DAMIEN Corinne Eggly-Naville est une descendante de la grande famille commerçante genevoise. Tout comme les trois enfants du couple, Delphine, Fabrice et Pierre-Damien, elle a suivi à distance le parcours politique de son mari. «J’ai eu la chance que ma famille accepte mon engagement soutenu qui a représenté une absence importante.» Le benjamin Pierre-Damien assiste le célèbre avocat du barreau genevois Me Bonnant.
Le mentor
OLIVIER REVERDIN Grande figure du libéralisme humaniste genevois, Olivier Reverdin (1913-2000) fut professeur de langue et littérature grecques à l’Université de Genève puis journaliste et rédacteur en chef du Journal de Genève (1954-1959). Il mena aussi une carrière politique, comme conseiller national (1955-1971) et conseiller aux Etats (1971-1979). Ce père spirituel incita Jacques-Simon Eggly à se lancer dans le journalisme et dans la politique. «Mon père avait l’étoffe et la profondeur que recherchait Jacques-Simon à 20 ans, jusqu’alors sous l’emprise de sa mère», note Jacques Reverdin.
Les amis
JACQUES REVERDIN Ils se sont connus au collège et à la fac de droit. Ensuite, Jacques Reverdin a choisi la carrière diplomatique, avec des postes à New York et à Tokyo, avant de se reconvertir dans la finance à la banque Barclays. Les deux complices se retrouvent dans leur stamm, la brasserie Lipp, pour évoquer souvenirs, actualité politique et «beauté».
MICHEL BARDE Du collège à la Constituante en passant par le Journal de Genève et le Parti libéral, les deux hommes se sont suivis comme des ombres. «C’est un vieux copain avec qui j’ai fait beaucoup de choses, même si nous divergeons dans nos spécialités. Lui est à l’aise dans le débat politique, moi dans les dossiers économiques», dit l’ancien patron des patrons genevois.
Le successeur
CHRISTIAN LÜSCHER «Nous n’avons manifestement pas le même style, mais je le trouve brillant. Je le verrais bien se présenter comme candidat au National et aux Etats», dit Jacques-Simon Eggly de son successeur au Conseil national qui loue la «finesse d’esprit», les «avis éclairés» et «l’allure» de son prédécesseur. «Nous partageons les mêmes opinions sur le plan économique, mais il a cette touche humaniste qu’on ne me reconnaît pas forcément», poursuit Lüscher.
Les modèles
CHARLES DE GAULLE ET WINSTON CHURCHILL Gaulliste, Jacques-Simon Eggly? «Je me sens étranger à son idée de grandeur de la France, mais le personnage m’impressionne par son incroyable désintéressement. Il s’est entièrement mis au service de son idéal. J’ai lu tout de de Gaulle et tout sur de Gaulle.» Ou plutôt churchillien? «Je suis indiscutablement fasciné par cet homme.»
L'organisation des suisses de l'étranger
OSE Jacques-Simon Eggly préside depuis 2007 le comité de cette organisation qui représente à Berne les 700 000 expatriés suisses. Une présidence marquée par un budget de fonctionnement réduit de 6 à 4 millions. Le libéral milite pour le vote électronique et la création d’une loi réglant toutes les questions relatives à la «cinquième Suisse».
ROBERT ENGELER Parmi les membres du comité de l’OSE, Jacques-Simon Eggly apprécie particulièrement son doyen, conseiller économique, président de la Scuola Svizzera di Milano. Ce dernier lui rend la pareille saluant sa recherche de compromis et «son flair pour les femmes».
ARIANE RUSTICHELLI La responsable de communication de l’OSE est une des proches collaboratrices de Jacques-Simon Eggly. A l’OSE depuis 2008, cette licenciée en histoire de l’art et en journalisme, originaire du Jura bernois, a travaillé auparavant chez Longines, à la Bibliothèque nationale et au Centre Dürrenmatt notamment.
La constituante
LES COPRÉSIDENTS «Au-delà des sensibilités politiques, nous nous sommes très bien entendus sur le plan humain. Notre relation était basée sur l’amitié, la franchise, la confiance, la loyauté. Cet exemple de respect mutuel a frappé tout le monde. Marguerite Contat Hickel est une femme d’une densité remarquable, Christiane Perregaux est une grande dame et Thomas Büchi, grâce à son expérience de chef d’entreprise, s’est imposé comme un ministre des Finances qui nous a sauvés d’un mauvais pas.» Marguerite Contat Hickel relève une vision «idéalisée» de la société. «Il a une foi inébranlable en la capacité de l’homme à régler tous les problèmes, jusqu’au nucléaire. Il arrive que son verbe dépasse sa pensée, il se retrouve prisonnier de son jet de paroles.»
L'ennemi
PAOLO GILARDI «Paolo Gilardi est un trotskiste membre du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) qui me prend pour un fasciste à cause de ma participation à la P-26», déclare le libéral. Révélé en 1990, ce projet paranoïaque d’armée secrète lancé à l’insu du Conseil fédéral par des parlementaires devait défendre le pays contre l’invasion d’un état communiste. «Ils voulaient transformer le parc des Bastions en camp d’internement des ennemis intérieurs. Pendant qu’il débattait avec moi, cet homme réfléchissait à mon arrestation!» s’alarme le syndicaliste genevois Paolo Gilardi qui rappelle: «Il a eu le toupet de dire que les deux pires ennemis de la Suisse étaient Christoph Blocher et moi devant un auditoire plié de rire.»
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