FILM NOIR EN COULEURS. Anton Corbijn met en scène George Clooney dans le rôle d’un tueur à gages lors de son ultime contrat, dans un décor d’Italie rurale. Giles Keyte
Cinéma
George Clooney devant l’objectif d’Anton Corbijn
Avec «The American», le photographe hollandais offre un beau rôle à George Clooney, pour un polar contemplatif. Et s’impose comme un réalisateur à part entière, après avoir marqué la culture populaire grâce à des clichés restés mythiques.
Son nom n’est guère connu du grand public, mais ses images imprègnent la culture populaire depuis la fin des années 70. Maître du cliché noir et blanc, Anton Corbijn a vu les plus grandes stars défiler devant son objectif, de Frank Sinatra à Clint Eastwood, en passant par Steven Spielberg ou Michael Schumacher. Cette année, c’est au tour de George Clooney d’être magnifié par le photographe hollandais, mais sur grand écran, grâce au film The American.
Car si ses photographies ont fait les belles heures des magazines britanniques et des pochettes de disques – dont la plus célèbre reste sans doute Joshua Tree de U2 – la vidéo a toujours attiré Corbijn, réalisateur attitré des clips de Depeche Mode depuis la fin des années 80.
Du rock au grand écran. Reste que la transition avec le 7e art s’est faite par étapes. Corbijn a ainsi d’abord choisi la musique pour se lancer dans le cinéma, à la manière d’un passager clandestin. En 2007, il raconte l’histoire du groupe Joy Division dans Control, biopic au plus près du réel, qui rompt avec les hagiographies à paillettes du cinéma américain. Deux ans plus tard, il signe un projet hybride, Linear, vidéofilm servant d’écrin aux chansons de l’album No Line On The Horizon de U2.
Comme rassuré par ces expériences, il s’attaque aujourd’hui à la fiction pure, à 55 ans. Et ose même la couleur. Avec The American, il adapte un thriller de Martin Booth (A Very Private Gentleman) et offre un rôle en or à George Clooney, parfait en vieux tueur sur le retour, en proie aux doutes et aux affres de l’amour.
Classique dans sa construction, The American vaut pour la minutie des détails et la sobriété de ses plans. Tournant le dos aux décors urbains du rock, Corbijn filme à la perfection l’Italie rurale, cadre de ce polar contemplatif, qui n’est pas sans évoquer le récent The Limits Of Control de Jim Jarmusch, la portée politique en moins. Film noir qui tient plus de l’univers de John Le Carré que de l’âge d’or hollywoodien, The American est un récit rêche mais non dénué d’émotion, où la retenue est érigée en art ultime, dans le jeu de Clooney comme dans la mise en scène de Corbijn.
The American. D’Anton Corbijn. Avec George Clooney et Bruce Altman. Etats-Unis. 1 h 43.
Tags: George Clooney, Anton Corbijn, The American,
|
|