Gestion de fortune: Ode au marché roi
Gestion privée. Deux gestionnaires de fortune créent une société misant uniquement sur la gestion passive.
Avoir travaillé des années comme gestionnaires de fortune et lancer une société dévolue à la seule gestion passive semble relever de l’autogoal: cela revient à avouer que l’on s’estime incapable de réaliser une performance supérieure à celle offerte par les marchés. C’est pourtant ce que n’ont pas hésité à faire Alexandre Arnbäck et Trevor Pavitt en créant Passive Management à Genève. Convaincus - comme l’ont démontré nombre d’études universitaires (voir le supplément Finance de L’Hebdo de janvier 2009 sur www.genevievebrunet. typepad.com) - que très peu de gérants de fonds réussissent à surperformer le marché, et que ceux qui y parviennent ne sont pas forcément les mêmes d’une année sur l’autre, ils construisent leurs portefeuilles uniquement selon les règles de la gestion passive. Elles interdisent toute prétention du gérant à prévoir l’avenir. Et, donc, impliquent de renoncer à surpondérer ou sous-pondérer un marché, un titre ou une devise selon les performances projetées. Ce que font régulièrement les gérants dits actifs, dans l’espoir de battre le marché. La gestion passive suppose aussi de renoncer au market timing: choisir le moment où l’on entre sur une Bourse ou une action, avec l’idée d’acheter au plus bas. Trevor Pavitt souligne là une différence essentielle, à ses yeux, avec la pratique des gérants de fonds indiciels. Ou celle des gestionnaires de fortune utilisant les seuls ETF; des produits financiers reproduisant fidèlement la performance d’un indice, tel le SMI. Ces professionnels de la gestion d’actifs ne s’interdiraient pas totalement de se croire plus intelligents que le marché...
Frais rabotés. Une fois tout orgueil bu - en renonçant à faire des prévisions sur l’évolution à venir des Bourses et en admettant que «toutes les informations sont déjà dans le marché» - le gérant réellement passif doit tout de même offrir un «plus» à ses clients. Faute de quoi, s’ils disposent de suffisamment de temps, ceux-ci pourraient décider de construire eux-mêmes leur portefeuille idéal et le gérer en direct sur une banque en ligne offrant des tarifs compétitifs. En matière de tarifs justement, Trevor Pavitt affirme que sa clientèle acquitte des frais «en moyenne inférieurs de moitié» à ceux qui lui seraient facturés globalement par un gestionnaire de fortune. Pour «une commission totale de 1% de la somme placée», le client «a accès à des fonds fermés gérés de manière passive pour des institutionnels» et bénéficie d’un «rebalancement régulier de son portefeuille». Ce, pour rester au plus près de l’allocation - «uniquement en actions et obligations» - choisie au départ. La périodicité de ce rebalancement dépend du montant placé, pour éviter que les frais de transactions érodent la performance statistiquement attendue. Le portefeuille est rajusté d’autant plus fréquemment que son montant est important. Reste à convaincre les clients de la gestion de fortune privée que, eux non plus, ne sont pas plus malins que le marché.
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