MUSIQUE
Gil et Gétaz, un très beau voyage

Par Christophe Passer - Mis en ligne le 11.07.2012 à 14:19

Le producteur et politicien Emmanuel Gétaz, fondateur du Cully Jazz, termine son film avec Gilberto Gil.

Dans les exceptionnels studios Dinemec de Gland, le week-end dernier, il arrive avec cette décontraction des seigneurs. Il a pour nom Gilberto Gil, 70 ans, et demeure l’un des génies qui ont fait de la musique du Brésil non seulement l’une des plus belles, complexes et novatrices de l’histoire, mais aussi un chant de combattant. Gil, bien sûr, fut récement ministre de la Culture, entre 2003 et 2008, dans le gouvernement Lula. Cela lui donne peut-être une vague aura de notable, désormais. Mais il connut aussi la prison de la dictature, l’exil longtemps. Alors il conserve dans l’œil cette acuité, cette attention fine de ceux qui savent les basculements possibles et la liberté un défi toujours à recommencer.

Gil en fil rouge. A Gland, quelques heures avant un passage somptueux sur la grande scène de Montreux en compagnie notamment des cordes du Sinfonietta de Lausanne, il est là pour répéter et enregistrer. Emmanuel Gétaz, producteur, et Pierre-Yves Borgeaud, cinéaste, faisaient déjà équipe pour Retour à Gorée, il y a quatre ans, documentaire musical autour de Youssou N’Dour.

Leur nouvelle aventure s’appelle Viramundo. Vous connaissez ce tube de Gil, dont Claude Nougaro fit une réussite version française (Brésilien). La chanson donne son titre à un étonnant voyage musical filmé au Brésil, en Australie et en Afrique du Sud. Les identités diverses et multiples, liens rythmiques, ethniques, le racisme forcément, les traces musicales communes, sont abordés à partir de ce périple dont Gil est le fil rouge. A Montreux mardi, les musiciens ont donné un concert en écho à celui, en Afrique du Sud, que l’on verra dans Viramundo.

Car le tournage du film est terminé. Il devrait sortir au début de l’an prochain, faire aussi une carrière importante dans les festivals.

Voix miraculeuse. Gilberto Gil passait par Gland pour la bande sonore, enregistrant certaines chansons du film pour le CD qui l’accompagnera. A un moment, une concentration incroyable et souple se fait jour, alors que la musique commence. Dans la cabine de mixage, Gétaz ferme les yeux, écoute chaque prise avec une intensité tendue.

La chanson est sud-africaine. Elle a pour titre Ubuhle Bomhlaba (la beauté de notre pays). Paul Hanmer, extraordinaire pianiste de Cape Town, plaque des choses sautillantes et mélancoliques, Peter Sklair livre une basse qui a l’air de chanter, Gil est comme un Indien de Bahia à la guitare. Alors, la voix miraculeuse de Vusi Mahlasela, le chanteur de Pretoria qui rendit cette chanson fameuse, s’élève et emporte, gravité et profondeur, souffle au cœur dansant et bouleversant à la fois. Il faudra cependant recommencer sept fois avant qu’Emmanuel Gétaz, ouvrant les yeux, ne lâche le libérateur «C’est la bonne!». Il y a du courage à se lancer dans pareille aventure de cinéma et de musique. Le genre est pointu, guère destiné à concurrencer les histoires de superhéros. Mais Gilberto Gil ou Mahlasela racontent des fraternités qui ont souvent la force de bien des batailles et discours. A la fin ils rient, ils se disent merci. Nous aussi.

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