HOMMAGE. Durant dix ans, on l’a vu mourir. Année après année, depuis que son cancer du rein avait été diagnostiqué en 2000, Bernard Giraudeau avait maigri, pâli sous nos yeux. Mais plus il mourait, plus il vivait. La maladie a transformé sa vie, a-t-il reconnu très vite. «La mort aide à vivre. Ma maladie a tout changé: le regard sur l’autre, l’importance de l’amour, de la tendresse, de l’amitié, d’une caresse... de la vie.» Sa beauté, sa grâce lumineuse et animale ne le quittaient pas. Son feu intérieur non plus. C’est qu’il jouait son plus beau rôle, le dernier et le plus tragique: philosophe de la mort.
Rares sont les personnalités à avoir médiatisé comme lui, avec cette générosité, cette transparence, cette vérité, leur cancer. Lui qui a tout joué, marin dans la vraie vie comme au cinéma, libertin, tueur homosexuel, prof, voyou, déménageur, gouverneur de colonie, abbé, Molière, cinéaste, prisonnier en cavale, écrivain, père ou fils, s’est fait le héraut de la mort dans la vie avec autant d’intelligence, de sensibilité et de charisme qu’il en avait manifesté sur les planches. Ce petit-fils de marin, fils d’un militaire absent qui aura passé cinquante ans de sa vie à imaginer que c’était mieux ailleurs, à prendre tous les bateaux qui passent, avait compris, de manière cruelle, que «c’est mieux là où on est».
Nombre de ses personnages resteront, des livres comme Les hommes à terre ou Cher amour témoigneront demain d’une plume forte, lyrique, mélancolique et tourmentée. Mais son attitude de vérité, et son discours sur sa maladie resteront tout autant, faisant de lui un maître de vie autant qu’un acteur, qu’un écrivain, qu’un marin désormais à l’ancre.
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