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Glasvegas parano

Par Christophe Schenk - Mis en ligne le 29.01.2009 à 06:00

Favori des bookmakers, le groupe écossais fait trembler la planète pop, mais pourrait bien vite se dégonfler.

Au départ, il y a un mot-valise, Glasvegas, évoquant une ligne directe entre Glasgow et Las Vegas. Et, derrière ce nom, quatre Ecossais fans de Phil Spector et de pop vintage, plutôt que de cornemuses et de machines à sous. Trois garçons et une fille, âgés de 25 à un peu plus de 28 ans – Caroline McKay, batteuse du groupe, refuse de donner son âge précis – issus du même fief que Franz Ferdinand, Mogwai ou Belle and Sebastian. Et bien décidés à marcher sur les pas de leurs aînés. Voire mieux encore.
Sorti en Grande-Bretagne l’automne dernier, leur premier album éponyme a magistralement lancé l’affaire, jusqu’à créer une véritable «Glasvegas parano». Annoncé dans les bacs la même semaine que le nouveau Metallica, il a fait trembler les papys chevelus jusqu’à la dernière minute, terrorisés à l’idée de se voir souffler la première place des hit-parades par quatre blancs-becs écossais.

Une formule efficace. A l’évocation de cette anecdote, Caroline McKay part d’un grand éclat de rire. «Nous savions bien que, au final, ce serait Metallica qui serait numéro un, avoue-t-elle. Mais c’était très drôle d’observer cet engouement.» Comme ses prédécesseurs, Glasvegas a la tête sur les épaules. Cité estudiantine riche en cafés branchés et en petites salles de concerts, Glasgow voit se croiser nombre d’aspirants artistes, déjà bien rodés au moment d’étrenner leurs premières œuvres.
Ainsi, si Glasvegas revendique les mythiques sixties comme influence unique –«Les groupes modernes ne nous ont pas influencés», lâche Caroline McKay – on ne peut s’empêcher de déceler dans ses chansons un pot-pourri d’autres décennies. Des accents héroïques rappellent les débuts de U2, des guitares saturées renvoient à la scène shoegazing de la fin des eighties, une gouaille toute insulaire évoque les belles heures de la britpop ethnocentriste des années 90. Pas étonnant que le fan numéro un du groupe de Glasgow soit la légende locale Alan McGee (découvreur de The Jesus and Mary Chain, Teenage Fanclub et Oasis notamment).
Phénomène en ses terres, Glasvegas débarque aujourd’hui en Europe, prêt à conquérir les classements. Mais pourrait bien échouer, la faute à un savoir-faire trop bien huilé. Ce premier album est efficace, sans être enthousiasmant. Epique et tendue, la formule distille ses effets avec dextérité: électricité vibrante, mélodies accrocheuses et lyrisme mesuré façonnent des chansons à la puissance calculée. Trop peut-être.
De plain-pied dans son époque, le groupe écossais symbolise l’essor actuel de la scène de Glasgow comme le retour en grâce de la pop britannique. Mais ses qualités pourraient se retourner contre lui. Dépositaire d’une grammaire trop anglo-anglaise, Glasvegas risque de rapidement se dégonfler. Et de retomber dans l’oubli, soufflé par le retour de Franz Ferdinand, compatriotes plus aguerris au succès international. Entre Ecossais, on ne se fait pas de cadeau.
 
À ÉCOUTER
Glasvegas. Columbia/Sony. Sortie le 30 janvier.




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