L’opération faisait l’objet d’intenses spéculations depuis des mois. Glencore, le géant du négoce de matières premières, a brisé le silence le 14 avril dernier en annonçant son intention d’entrer en Bourse (à Londres et à Hong Kong) avec environ un cinquième de son capital, dont la valeur totale est estimée à plus de 60 milliards de francs.
Basé à Zoug, le groupe créé en 1974 par le trader américain Marc Rich est la plus importante société suisse en termes de chiffre d’affaires, avec 129 milliards de francs de revenus générés l’an dernier (devant Nestlé, 110 milliards). Glencore est détenu par un demi-millier d’associés-employés, dont le CEO sud-africain Ivan Glasenberg, qui posséderait 15% des parts.
Après presque quatre décennies de culte du secret, Glencore devra désormais s’habituer à la publication de rapports financiers trimestriels et à la transparence exigée des sociétés cotées. Professeur à la faculté des Hautes Etudes commerciales de l’Université de Lausanne, Guido Palazzo s’exprime sur les conséquences de cette introduction en Bourse.
Qu’est-ce que l’introduction en Bourse va changer en termes de transparence pour Glencore, qui ne communique habituellement rien sur ses activités?
Glencore est la cible d’organisations non gouvernementales depuis longtemps, mais la société n’a pas pour autant modifié ses habitudes en matière de communication avec l’extérieur. Avec cette introduction en Bourse, la pression de légitimation de ses activités va forcément augmenter.
Concrètement, à quoi peut-on s’attendre?
Les règles de la Bourse obligeront Glencore à publier des rapports financiers de manière régulière. A cela s’ajoute la demande de rapports sociétaux, qui ne sont pas une obligation mais qui sont de plus en plus répandus.
Les fonds d’investissement responsables ont de plus en plus de pouvoir; les grands concurrents actifs dans l’extraction minière, comme Rio Tinto ou Anglo American, publient des rapports de ce type. Si Glencore renonce à produire des rapports sur l’impact sociétal de ses activités, l’entreprise sera fortement mise sous pression.
Donc on peut s’attendre à ce que les fonds d’investissement responsables ou les organisations de défense des actionnaires en Suisse mettent Glencore sous le feu des projecteurs, comme ils le font aujourd’hui avec Nestlé ou Novartis?
Absolument. Les activités de Glencore seront sans doute médiatisées à une vitesse fulgurante. Contrairement à l’industrie du café et du cacao, l’industrie minière connaît des mouvements de protestation dans les pays d’extraction, avec des manifestations régulières liées aux problèmes sociaux ou environnementaux.
Depuis longtemps, elle est scrutée attentivement par des ONG comme Human Rights Watch, qui n’ont pas besoin d’une assemblée générale des actionnaires pour se faire entendre. Mais, en Suisse, on entend peu parler de ces problèmes.
Quels sont les principaux problèmes que vous observez chez des sociétés actives dans les matières premières?
Il y a les problèmes liés aux conditions de travail des ouvriers, ainsi que les effets de l’extraction sur l’environnement. Par ailleurs, ces sociétés sont souvent impliquées dans des conflits armés locaux. C’est le cas notamment avec le coltan au Congo, le pétrole au Nigeria et l’extraction de diamants en Angola au moment de la guerre civile.
HEC Lausanne se profile
Professeur à la faculté des HEC de l’Université de Lausanne, il enseigne l’éthique des affaires et analyse les pratiques des entreprises en matière de responsabilité sociale.
A l’occasion de son centenaire, la faculté des HEC de l’Université de Lausanne annonce la création d’un «Institut de l’économie et du management responsables», qui devrait ouvrir ses portes à la rentrée de septembre prochain. Des professeurs et des chercheurs animeront notamment des ateliers de formation continue en collaboration avec des entreprises partenaires.
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