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Cinéma
Goretta, une passion intacte

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 02.11.2011 à 14:42

Le cinéaste genevois est partout: sur le grand écran de la Cinémathèque, le petit de la TSR et en DVD. Rencontre avec un grand monsieur qui rêve d’un ultime film.

A peine pénètre-t-on dans son appartement que son oeil s’illumine à l’idée de parler cinéma. Car des envies de cinéma, Claude Goretta en a encore. D’emblée, il évoque le scénario qu’il souhaiterait porter à l’écran, l’histoire d’un jeune couple confronté aux aléas de la vie. «Mais je ne tournerai que si je peux me déplacer seul pour donner des clés aux acteurs. Car filmer, ce n’est pas seulement cadrer.»

Atteint dans sa santé, Claude Goretta est en effet pour l’heure immobilisé dans un fauteuil roulant qu’il ne quitte que s’il doit monter ou descendre quelques marches. Mais sa faim de cinéma est encore bien là, comme son envie, à 82 ans, de vivre le plus longtemps possible afin de voir grandir ses trois arrière-petits-enfants. «Vous savez, la mise en scène est quelque chose de très important, embraie-t-il alors, comme pour ne pas verser dans le sentimentalisme.

C’est ce qui donne toute sa signification au film. La façon dont un personnage frotte ses mains peut par exemple en dire beaucoup plus que ce qu’exprime son visage.» La révélation du pouvoir des images en mouvement, le Genevois l’a eue très tôt. Après avoir vu avec son père Nanouk l’Esquimau (1922) et avec sa grand-mère Charlot soldat (1918).

«Ces films m’ont fait comprendre que le cinéma pouvait parler du monde de deux manières totalement différentes.» Aussi loin qu’il s’en souvienne, il a toujours été obsédé par le cinéma. Même s’il se lance dans des études de droit, il arrive à assouvir sa passion en travaillant par exemple sur l’influence des films sur la délinquance juvénile.

Comme le seul ciné-club genevois ne propose au début des années 50 qu’une séance mensuelle, Claude Goretta contacte alors tous les distributeurs actifs sur le marché helvétique dans le but d’organiser des projections. Ainsi naquit, il y a tout juste soixante ans, le Ciné-club universitaire genevois. Ravi de pouvoir disposer d’œuvres de grands maîtres comme Dreyer, Rossellini et Eisenstein, il programme des classiques qui lui permettent d’affiner son regard critique.

Car à l’instar des Jeunes Turcs des Cahiers du cinéma qui deviendront peu après lui cinéastes, le futur réalisateur de L’invitation (1973) se formera en autodidacte. «Ce n’est de toute façon pas en quatre ans que l’on peut apprendre la mise en scène», sourit-il en avouant ne pas aimer tout ce qui est académique, au cinéma comme en littérature ou dans les arts plastiques.

Cinéaste de gauche. Après un séjour londonien où il signe avec son ami Alain Tanner son premier court métrage (Nice Time, 1957) à l’invitation de Lindsay Anderson, père du free cinema, Claude Goretta entre à la Télévision suisse romande. Alors qu’il accepte un poste avant tout pour nourrir sa famille, il devient l’un des réalisateurs de documentaires les plus en vue du petit écran.

Dès sa première fiction – Jean-Luc persécuté, d’après Ramuz, en 1966 –, il s’impose dans la foulée comme un cinéaste aux grandes exigences formelles, tout en filmant à hauteur d’hommes. Car ce qui l’intéresse, ce sont les petites gens, ceux qui n’arrivent pas à exprimer leurs sentiments avec des mots.

«Vous savez, je suis un pur produit de l’immigration et du prolétariat», souligne-t-il, comme pour donner une légitimité à sa passion pour les anti-héros, personnages clés d’un cinéma en grande partie inspiré par «l’observation des autres et des souvenirs personnels». Cinéaste de gauche? «Je le revendique, mais pas au sens stalinien!»

Le temps passe, l’octogénaire parle de son admiration pour Renoir, Carné, mais aussi Sean Penn, de sa passion pour les sculptures africaines et des visions qui le hantent, comme celle d’une femme en train de mourir dans l’indifférence générale sur un trottoir de Calcutta.

Le seul regret que l’on percevra dans ses propos, c’est celui de ne pas toujours avoir été compris en Suisse romande, alors qu’en France il a souvent reçu d’excellents accueils, critiques et publics. Autant dire que les hommages que lui rendent ce mois la Cinémathèque suisse et la TSR le comblent. Il est temps que l’on salue le Genevois pour ce qu’il est, l’un des plus grands monsieur de l’histoire du cinéma suisse!

Cinémathèque suisse: rétrospective Goretta du 1er nov. au 31 déc. Soirée spéciale, en sa présence, le 10 nov. www.cinematheque.ch Télévision suisse romande: à partir du 6 nov., diffusion sur les deux canaux de la TSR de nombreuses fictions et documentaires. DVD: sortie le 15 novembre d’un coffret comprenant «L’invitation» (1973) et «Bon vent Claude Goretta», de Lionel Baier (2011).


Profil

CLAUDE GORETTA

Né à Genève en 1929, il suit des études de droit avant de laisser parler sa passion pour le cinéma. A la fin des années 50, il entre à la TSR, où il signe de nombreux reportages et documentaires. A partir de 1966, il réalise une dizaine de longs métrages de cinéma (Le fou, L’invitation, La dentellière, La provinciale, La mort de Mario Ricci, Si le soleil ne revenait pas) et autant de téléfilms (Jean-Luc persécuté, Maigret et la grande perche, Sartre, l’âge des passions).





Tags: Claude Goretta, Léopard d'or, Locarno, Cinémathèque,

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