L'Hebdo;
2002-03-21 Gosford Park
Robert Altman est sans conteste le maître mondial du film choral. Il n'a pas son pareil pour multiplier les personnages et croiser les intrigues, que ce soit pour brosser un portrait de ville («Nashville»), de groupe («Dr. T et les femmes») ou juste suggérer les lignes du destin («Short Cuts»). Il manquait à ce palmarès un bon meurtre à l'anglaise. Unité de lieu: un manoir dans la campagne. Unité de temps: un week-end de chasse en 1932. Unité d'action: quelqu'un sera tué. Par qui? Réunissant la crème des comédiens anglais, Old Bob met en scène une prodigieuse galerie d'aristocrates querelleurs. Se réclamant d'Agatha Christie comme du Renoir de «La règle du jeu», il double sa partie de Cluedo d'une critique sociale acerbe: il descend dans les cuisines où la domesticité reproduit la hiérarchie des maîtres, il fustige le grand capital qui permet de perpétuer les rites d'une aristocratie décadente. Enfin, il introduit dans ce beau monde un inspecteur. Il a la dégaine de Jacques Tati, il s'appelle Thompson, comme les Dupondt en anglais, et fait montre d'une réjouissante incompétence. Ironie à tous les étages: du grand Altman! A. D.
« De Robert Altman. Avec Alan Bates, Helen Mirren, Kristin Scott-Thomas, Emily Watson... Etats-Unis, 2 h 17.
Millenium Mambo §
Pour Hou Hsiao Hsien, les jeunes filles d'aujourd'hui sont «comme des fleurs. Elles se fanent presque tout de suite après avoir éclos.» Il ausculte le flétrissement de Vicky, partagée entre deux hommes, dont un jaloux maladif. Stylis-te exceptionnel, le grand réalisateur compose ses plans avec une rigueur de peintre. Mais l'ennui existentiel des personnages déteint sur le rythme du film et finit par contaminer le spectateur. La dernière image, jour de neige sur le festival du film de Yubari avec vol de corbeaux, est d'une beauté inoubliable.
« De Hou Hsiao Hsien. Avec Shu Qi, Jack Kao. Taïwan, 1 h 45.
Swing §§
A mi-chemin entre fiction et documentaire, Tony Gatlif poursuit l'exploration de la culture gitane entreprise avec «Latcho Drom», «Gadjo Dilo» ou «Vengo». Fasciné par le jazz manouche, Max, 10 ans, s'aventure dans le quartier gitan. Il achète une guitare et prend des cours avec Miraldo. Swing, une jeune manouche, lui fait tourner la tête. Elle l'entraîne dans des escapades sylvestres où les framboises ont le goût des premiers baisers. Film initiatique, «Swing» évoque avec une même sensibilité la culture manouche que les vertes années.
« De Tony Gatlif. Avec Oscar Copp, Lou Rech. France, 1 h 30.
scènes
Alexis Gfeller à Cully §§§
Les doigts, presque à regret, sillonnent l'ivoire, l'air de ne pas y toucher, désabusés par cette triste évidence contre laquelle les mots du monde perdent consistance. «Elle en aime un autre». Premier morceau du dernier album de «Format à trois», un trio relevé piano, bass & drums. Sourde mélancolie des nuages chargés de chagrin, pluie d'automne scandée par les cymbales et cortège de feuilles mortes sous les frimas glacés d'une contrebasse affligée. Pourtant, ici ou là, et de plus en plus prégnante, une mélodie légère couvre la complainte. Les nuages clignent de l'oeil, un rai de lumière les disperse au vent. Le jazz peut être tragique, il n'est jamais sérieux, trop heureux de tintinnabuler contre l'adversité des mauvais jours. Révélé par un premier CD en 1999, «Format à trois» abandonne désormais les standards revisités pour les compositions personnelles. La sensibilité du maître des lieux, le pianiste Alexis Gfeller, fait merveille. Econome qui distille sa mélopée comme un sage résume la vie d'une métaphore, le jeune Yverdonnois est tout simplement bouleversant de simplicité. C. F.
« Cully. Sweet Basile. Sa 23 mars, 21 h. «Deuxième», Altrisuoni.
Morton Feldman §§
Le 2e quatuor à cordes du compositeur américain en version complète, cela donne quelques douces heures de sons et silence, une déambulation de timbres qui se jouent en écho, en résonances, en paysage sonore et qui, surtout, jouent à l'élastique avec notre perception du temps. L'oeuvre dure quelque cinq heures mais, comme dans les oeuvres de John Cage, la durée est affaire de subjectivité. D'autant que, pour ce concert, les conditions d'écoute s'adaptent: tapis, coussins, confort et, pourquoi pas, Morphée.
« Genève. Archipel. Salle
communale de Plainpalais. Ve 22, 19 h. Rens. 022 329 24 22.
Quand je serai grand §
Très en vue depuis la publication de son premier roman «Rapport aux bêtes» chez Gallimard, Noëlle Revaz passe au théâtre avec des petits récits inédits cousus et mis en scène par François Marin. Des historiettes écrites à la première personne pleines de personnages joliment singuliers, mais qui tirent trop sur la corde de la candeur, de même que la mise en scène et les comédiens, qui hésitent entre l'incarnation des personnages et le rôle de porteur de parole. Un entre-deux qui empêche l'émotion de prendre son envol.
« Lausanne, Arsenic, jusqu'au 24. Rens. 021 625 11 36.
expositions
Lorenzo Mattotti §§§
On ne sait s'il faut le placer du côté des beaux-arts ou de la BD, et si on opte pour cette dernière, dans quel genre ou quelle famille de style. Voilà vingt-cinq ans que Lorenzo Mattotti cultive une personnalité artistique absolument singulière, où la sophistication picturale rejoint un art consommé de la narration onirique. Deux expositions genevoises montrent en tout plus de 150 de ses oeuvres, avec des illustrations pour de grands journaux («Le Monde», la «Süddeutsche Zeitung», «The New Yorker»), des affiches diverses et des planches originales de quelques-uns de ses très beaux albums. On y rencontre un monde fantastique et fascinant, peuplé de personnages au physique impossible, de femmes hypnotisantes, de clowns grotesques et touchants, de cauchemars féeriques baignés de couleurs incandescentes et tourmentées. Une manifestation qui coïncide avec la sortie de son excellent dernier album, adaptation du «Docteur Jekyll et Mister Hyde» de Stevenson, que le style de l'artiste italien réussit à rendre réellement palpitant. P.-L. Ch.
« Grand-Lancy. Villa Bernasconi, jusqu'au 24. Rens. 022 706 15 33.
Genève. Librairies Papiers Gras. Rens. 022 310 87 77.
«Docteur Jekyll et Mister Hyde», avec Jerry Kramsky, Casterman, 64 p.
Salutations d'un pays lointain §§
Grâce à la carte postale, nos ancêtres inondèrent l'Europe et leurs proches d'images de pyramides, de chasseurs de crocodiles ou de jonques chinoises. De quoi marquer profondément nos représentations de ces lointains exotiques. L'exposition réunit quelque 300 cartes qui datent des années 1896 à 1930.
« Berne. Musée de la communication. Jusqu'au 5 janvier 2003, ma-di 10-17 h.
Moda Photographica
Trois noms, trois visions, trois approches pour mettre en perspective les liens complexes entre mode et photographie. D'abord Jean Moral, figure emblématique du Paris des années 30. Puis Gérard Uféras, fasciné par l'envers du décor, par la fatigue des coulisses, la fragilité désabusée des corps sous le ruissellement des tissus. Enfin, Steven Klein, le provocateur un peu trash et ses mises en scène qui dosent sciemment laideur et beauté. Dommage que tout cela reste si superficiel. A l'heure où souvent plasticiens et publicitaires chassent sur les mêmes terres esthétiques, la mode méritait un traitement plus engagé, plus critique et pourquoi pas plus pointu.
« Lausanne. Musée de l'Elysée. Jusqu'au 2 juin, lu-di 11-18 h.
livres
L'occupation §§§
L'homme que vous venez de quitter vous annonce qu'il a rencontré quelqu'un. Cette autre femme, dont vous n'avez pas à être jalouse puisque vous aviez déjà quitté l'homme, commence à vous obséder. Si ce n'est pas de la jalousie, qu'est-ce? Annie Ernaux fait ici ce qu'elle fait de mieux, soit l'autopsie narcissique et obsessionnelle d'une courte période de sa vie. La narratrice traque sa remplaçante et use des pires stratagèmes pour montrer à l'homme qu'elle le «reveut». La description clinique de cette remontée de «sauvagerie originelle», descente impudique et agaçante dans les enfers de l'amour-propre piétiné, fascine comme un secret qu'on n'a pas demandé à connaître mais dont on veut, soudain, tout. I. F.
« D'Annie Ernaux. Gallimard, 74 p.
Drôle de bazar §§
On ne discute pas avec Emily, dragon domestique qui bat son mari, jalouse sa fille et humilie son fils. Décoratrice d'intérieur, elle est obsédée par l'ordre, la propreté et sa notion personnelle de l'harmonie. Ce joli royaume hypocrite ne peut que craquer. Massacre allègre des conventions sociales des parvenus de l'ère Thatcher.
« De Joseph Connolly. Traduit de l'anglais par Serge Chauvin. Gallimard, 402 p.
La princesse oubliée §§
Le directeur de la rédaction du «Nouvel Observateur» retrace avec empathie et talent le destin de Noor Inayat Khan, poétesse indienne et héroïne méconnue de la Seconde Guerre mondiale.
« De Laurent Joffrin. Laffont, 466 p.
Et encore...
chanson
Bénabar
Une excellente nouvelle voix parisienne. Avec Général Alcazar en ouverture.
Genève. Casino Théâtre. Sa 23, 20 h 30. Rens. 022 343 49 98.
Sarclo
Le Genevois chante l'amour à domicile.
Genève. Casino Théâtre. Ve 22, 20 h 30. Rens. 022 343 49 98.
jazz
Didier Lockwood
Le violoniste se produit en trio.
Porrentruy. Salle de l'Inter. Me 27, 20 h 30. Rens. 032 466 92 19.
world
Junior Kelly
Dancehall et reggae jamaïcain.
Yverdon. Amalgame. Ve 22, 21 h. Rens. 021 741 31 01.
La route de la Soie
Musique irano-afghane avec Paratsu.
Neuchâtel. Théâtre du Collège de la Promenade. Sa 23, 20 h 30. Rens. 032 725 68 68.
Musique des Ouldémé
Voix, instruments et danses du nord du Cameroun.
Genève. Salle Frank Martin. Ve 22, 20 h 30. Rens. 022 919 04 90.
expositions
Marcel Duchamp
Oeuvres choisies. Une présentation signée Harald Szeemann.
Bâle. Musée Jean Tinguely. Jusqu'au 30 juin. Ma-di 11-19 h, fermé le 29 mars, 1er avril 11-17 h.
Urs Luthi
Nouveaux travaux de la série «Art is the better Life».
Genève. Galerie Blancpain-Stepczynski. Du 26 mars au 4 mai, vernissage le 23 mars de 12 à 17 h, ma-ve 14 h 30-18 h 30, sa 14-17 h.
Zeitmaschine
Le musée tout entier placé sous le signe de la quatrième dimension.
Berne. Kunstmuseum. Du 22 mars au 21 juillet, ma 10-21 h, me-di 10-17 h, fermé le 29 mars.
classique
Gabriel Garrido
Des madrigalistes et instrumentistes dans de la musique vénitienne du XVIe siècle.
Lausanne. Eglise de Saint-Laurent. Di 24, 17 h 30. Rens. 021 312 71 07.
Heinrich Schiff
Le violoncelliste joue Schumann avec l'OCL, entre Brahms et Schubert.
Lausanne. Métropole. Lu 25, 20 h 30, et ma 26, 20 h. Rens. Billetel.
Igor Oistrakh
Le violoniste dans un récital Mozart, Beethoven, Chausson, Paganini.
Fribourg. Aula de l'Université. Lu 25, 20 h. Rens. 026 323 25 55.
Requiem de Mozart
Par le Choeur Da Camera.
Neuchâtel. Collégiale. Me 27, 20 h, ve 29, 17 h. Rens. 032 725 57 75.
Symphonies
Les 3e et 5e de Beethoven par l'OSR et Fabio Luisi.
Genève. Victoria Hall. Me 27, 20 h 30. Rens. 022 311 99 70 ou Billetel.
lyrique
La voix humaine
La tragédie lyrique de Poulenc/Cocteau, entre une voix de femme et l'Orchestre symphonique de Neuchâtel.
Neuchâtel. Temple du Bas. Ve 22, 20 h. Rens. 032 717 79 07.
Le mariage secret
Une histoire pimpante signée Cimarosa par une troupe française.
Vevey. Théâtre. Di 24, 17 h. Rens. 021 923 60 55 ou Billetel.
théâtre
Entretiens avec Jean-Paul Sartre
En douze soirées, Sami Frey lit l'intégrale des entretiens de 1974 entre le vieux philosophe et Simone de Beauvoir, son castor préféré.
Lausanne. Théâtre de Vidy, du 19 mars au 5 avril. Rens. 021 619 45 45.
Inconnu à cette adresse
La correspondance déchirée d'un Juif et de son ami allemand pendant les années nazies.
De Kressman Taylor. Mise en scène: Mony-Rey.
Genève. Théâtre du Grütli, jusqu'au 28. Rens. 022 328 98 78.
Réservez vos billets
Enrique Iglesias
Zurich. Hallenstadion. Di 26 mai. Rens. 0848 800 800
Trio Esperança
Onex. Manège. Du je 4 avril au sa 4 mai. Rens. 022 879 59 99.
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