Grâce et Disgrâce
Gouverner avec les autres
Une embellie politique se dessine. Le président des démocrates- chrétiens Christophe Darbellay a pris l’initiative de discussions avec ses homologues des Partis libéralradical et bourgeois démocratique. Evidemment, il y a eu des indiscrétions. L’émergence d’une alliance au centre dérange les thuriféraires de la polarisation, cette grille d’analyse politique dualiste et simpliste qui a contribué à l’exaltation extrême de l’UDC.
La démarche vaut pourtant d’être encouragée. D’abord, dans cette guerre de factions qu’est devenue la politique suisse, on a trop oublié qu’il est juste normal et sain que des directions de partis se parlent et se coordonnent. Darbellay, Pelli et Grunder n’ont fait que leur boulot de présidents.
Plus intéressant, le critère sur lequel pourrait se fonder cette alliance est «la volonté de gouverner avec les autres». Un joli coup marketing. Une pierre dans le jardin UDC. «Mitregieren», gouverner ensemble, ce point constitue la base du système de concordance: sont appelés à diriger la Suisse les représentants de partis qui sont d’accord de faire des concessions aux autres. Ceux qui veulent imposer leurs vues, ceux qui ne sont pas aptes au compromis se disqualifient d’eux-mêmes. Le Parti socialiste joue avec cette limite depuis son entrée au gouvernement en 1943, mais la majorité bourgeoise s’en est accommodée, non sans rappeler parfois, à l’occasion d’une élection au Conseil fédéral, «qui commande» vraiment sous la Coupole. Depuis vingt ans, l’UDC blochérisée a fait de la critique et du dénigrement du gouvernement et des institutions son fond de commerce. Elle a ainsi franchi la ligne rouge que les socialistes se sont bien gardés d’enfreindre. Dans la presse de ce dimanche, Toni Brunner pleurniche donc et menace de filer dans l’opposition si l’alliance du centre ne choisit pas clairement son camp. Quel aveu de faiblesse pour le président du plus gros parti!
Ensemble, les trois groupes disposent de 105 sièges au National et d’une confortable majorité de 29 aux Etats. Leur réunion sous un même toit ferait d’eux la principale force politique des Chambres, et légitimerait les quatre sièges qu’ils occupent au Conseil fédéral. Une bonne base pour négocier ensuite avec le Parti socialiste et les Verts. Ce serait, enfin, l’émergence d’un front républicain dans une Suisse lasse d’une polarisation contre nature.
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