Grâce et Disgrâce. Une guerre indigne
L’énergie déployée par l’UDC pour lutter contre les déshérités est stupéfiante.
Auriez-vous envie de vivre avec 1600 francs par mois? 1600 francs, c’est le montant moyen d’une rente versée par l’AI, l’assurance invalidité. Pas vraiment de quoi se goberger. Juste le minimum pour survivre. Pourtant, depuis dix ans, un parti gouvernemental, un parti qui prétend donc se sentir responsable du bien-être de tous les Suisses, hurle aux abus. Au terme d’années de palabres pour consolider le financement de ce filet social élémentaire, la Berne fédérale a accouché d’un compromis soumis à votation le 27 septembre: l’assainissement de l’AI par le prélèvement de 0,4% de TVA supplémentaire pendant sept ans, à compter de 2011. Mais c’est encore trop pour l’UDC, qui veut faucher une rente sur cinq. L’énergie déployée par ce parti pour lutter contre les déshérités est absolument stupéfiante. Dans le petit monde idéal où l’UDC voudrait nous faire vivre, il n’y aurait pas de handicapés, pas de cabossés de la vie, aucune solidarité qui justifie d’ouvrir son porte-monnaie ou de montrer un peu de compassion. Dans ce climat hystérique et délétère, Pascal Couchepin et ses services ont assumé le sale boulot: les rentes sont accordées selon des critères plus stricts que naguère, on contrôle et on traque les abus avec une ténacité soupçonneuse et tatillonne tout helvétique. Le discrédit jeté sur de prétendues cohortes d’abuseurs ne cherche qu’à remettre en cause le fondement même de l’assurance, créée en 1960 pour parer aux conséquences de l’atteinte durable à la santé ou à l’intégrité corporelle, psychique ou mentale. Si la solidarité est déniée à ceux qui la demandent, il n’y a pas à la financer. Une société, digne de ce nom, s’honore de l’attention qu’elle porte aux plus faibles. Voter non au financement additionnel de l’AI, c’est choisir une sorte de déshonneur, l’égoïsme froid et prétentieux des nantis et des bien portants envers ceux qui ne le sont pas. Une monstrueuse guerre aux pauvres. Si les Suisses ne sont pas capables de ce minimum d’empathie à l’égard des handicapés, toute autre réforme du système social est compromise pour longtemps. La proposition d’assainissement de l’AI par la TVA est un préalable indispensable à la définition de nouvelles solidarités, dont l’UDC nous empêche de percevoir l’urgente nécessité.
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Tags: Chronique, Grâce et Disgrâce, Chantal Tauxe,
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| Réaction de Paul le 11.09.2009 à 22:01 | | Le raisonnement de Blaise - tellement bien écrit ! -...
Le raisonnement de Blaise - tellement bien écrit ! - m'a beaucoup impressionné. Ca nous change du ton gnangnan de cette rubrique que je lis régulièrement, sans doute parce qu'elle est un concentré de tout ce qui m'exaspère.
Blaise, c'est vous qui devriez écrire une rubrique de commentaires politiques. Vous seriez meilleurs que L'HEBDO.
J'ai aussi voté NON à l'augmentation de la TVA. Certes, il y a probablement des fonctionnaires mesquins et soupçonneux envers ceux qui demandent une rente, même justifiée. Et je n'ai aucun respect pour eux, comme je n'ai aucun respect pour l'Etat en général quand il prétend juger à notre place de ce qui est bon pour nous, ce qui est le propre de la mentalité socialiste.
Le fond de l'affaire c'est que personne n'a vraiment DROIT à une aide de la collectivité. Il existe un filet social et c'est heureux, mais il n'en faut pas plus et pour que ce filet social puisse subsister il ne faut que l’argent soit dilapidé pour des profiteurs ; il faut avant tout que l'Etat ait des finances saines, et qu’il ne vive pas aux crochets des citoyens pressurés par l’impôt comme dans les pays voisins, tellement en faillite que bientôt ils ne pourront plus payer les assurances sociales ni les retraites.
Voilà tout ce que dit l'UDC et ce discours reçoit l'assentiment de plus en plus de gens.
J'ai été cadre supérieur. Puis j'ai eu mon entreprise. Pour cela je me suis endetté et j'ai vidé mon deuxième pilier. J'ai fait faillite et n'ai pas eu droit au chômage en tant qu'ancien patron n'ayant pas de fiche de paye à montrer. Je serais sur la paille si ma femme ne faisait bouillir la marmite. Couvert d'actes de défauts de biens, je n'ai aucune chance de retrouver un emploi dans mon ancienne profession. J'espère encore rebondir, mais avec cette crise ce sera difficile. Pourtant je suis fier de pouvoir dire que je n'ai pas sollicité les finances publiques pour m'aider. S'il le faut je deviendrai garçon de café ou nimporte quel petit boulot, mais il est certain que je ne demanderai pas l'aide sociale, ce qui serait vergogne. L'AI c'est différent. Si on est vraiment handicapé, mais alors vraiment, on peut l'accepter sans honte d'autant plus qu'elle n'est pas très élevée.
Blaise nous démontre que les gens, ceux qui sont au bas de l'échelle, qu'ils y soient depuis toujours ou qu'ils aient dégringolé comme moi, ne croient plus aux promesses de l'Etat providence qui appartiennent à l'époque révolue où la social démocratie avait une raison d'être. Elle ne l'a plus.
Et si elle ne l'a plus c'est principalement parce que les socialos sont les premiers responsables du démantèlement de l'état social à cause du fait qu'ils se sont PROSTITUES à l'idée européenne! S'ils s'étaient opposés à l'Europe, à la libre circulation, etc., comme l'UDC, au nom de l'acquis social, car l'UE est synonyme de concurrence sauvage, on pourrait encore leur faire confiance. Mais ils ont trahi leurs électeurs. Ils ont fait passer l'Europe avant les intérêts dont ils avaient la charge. Alors c'est un fait: ils ne sont plus crédibles. Quand ils essaient de nous attendrir avec leurs discours larmoyants on leur répond : Pas vous! pas ça!
Et on fait plus confiance au langage de l'UDC qui est celui du sens commun.
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| Réaction de Blaise le 11.09.2009 à 10:06 | Chère Madame Tauxe,
Je vous écris en réaction à votre... Chère Madame Tauxe,
Je vous écris en réaction à votre article "Grâce et Disgrâce. Une guerre indigne" paru récemment dans l'Hebdo. Je dois vous dire que j'ai été presque blessé de le lire. Pourquoi? Car vous semblez dire que vivre avec 1600 fr par mois, c'est une tragédie à éviter absolument; sachez que j'ai vécu pendant un bon moment, par mon travail à 30%, avec moins que cela et ça ne m'a pas empêché de vivre décemment dans une commune tranquille près d'un centre urbain. En fin de compte, j'ai l'impression que votre point de vue est exactement l'exercice d'un "égoïsme froid et prétentieux" propre à une nantie qui, sans savoir ce que c'est que vivre avec 1600 fr par mois, explique le calvaire que, selon elle, ça représente. J'aimerais vous expliquer pourquoi je vais voter non à cette nouvelle réforme de l'AI. D'une part, je ne comprends pas pourquoi des étrangers qui habitent chez eux devraient bénéficier de cette rente. Et ils sont 12% des rentier de l'AI (!) (chiffres admin.ch) d'autant que 1600 francs suisses c'est beaucoup d'argent, surtout au Kosovo. D'autre part nous, le peuple, nous héritons d'un sentiment d'incontrôle (et d'humiliation) face aux bonnes grâce que nous donnons: c'est bien d'être généreux, c'est encore mieux quant on se sent récompensé de l'être, et, cas échéant de vouloir continuer à l'être. Car donner sans rien espérer en retour est une chose, mais se faire insulter et même menacer en guise de remerciement en est une autre: je crois que quant on peut proférer des menaces de mort, on peut aussi bosser; et avoir été ainsi abusé et insulté par une frange des rentiers de l'AI vient en partie d'un choix idéologique de base qui me semble tronqué. Cela m'amène au second point, un plan plus "philosophique". La raison profonde de ma critique envers votre article, c'est qu'il semble qu'aujourd'hui on ne peut plus être humaniste sans avoir cette habitude poisseuse du pathos compassionnel, qui est en fait pure condescendance. Aider, dans votre petit monde merveilleux à vous, c'est d'abord d'ouvrir son porte-monnaie à l'autre; et ensuite de désigner le "nanti", soi-disant froid et individualiste, comme le grand méchant. N'empêche que c'est quand même lui qui paye. Votre argumentaire part donc de prémisses qui sont d'un anti-humanisme affligeant puisqu'il discrimine une partie des gens de notre société, à savoir ces fameux nantis tant abhorrés qui voteront contre votre conseil soi-disant gracieux et empathique (en plus vous leur crachez à la figure alors que c'est quand même eux qui ont généreusement payé l'AI jusqu'à maintenant. Et tenter de convaincre en culpabilisant n'est jamais une bonne idée si c'est ce que vous essayez de faire; vous seriez dans la même catégorie rhétorique que les extrémistes religieux), c'est même une monstrueuse guerre à la cohérence. Et aussi à la cohésion, ce qui sera mon troisième point. Pour terminer celui-ci, je trouve votre article digne du plus simplet des arguments de l'UDC. Cette attitude détestablement paradoxale du pathos humaniste condescendant qui suinte de vos lignes participe d'une hypocrisie obscurantiste qui en fin de compte est le résultat des fantasmes d'une nantie sur le sort "horrible" des moins nantis. Partant, vous discriminez idéologiquement certaines personnes pour (soi-disant) en aider d'autres, au nom de l'empathie. Discriminer pour aider. C'est juste maladroit. Ce sont des mots durs et d'une certaine manière je m'en excuse, car je ne désire absolument pas vous attaquer personnellement. Enfin, ce que l'État nous demande au terme de cette votation, du moins c'est mon opinion, c'est finalement de lui faire confiance. J'imagine que les bafouilles actuelles dans lesquelles il s'empêtre misérablement, que ce soit en Lybie, avec l'UBS ou plus anciennement avec les fonds juifs, au nom et au détriment de tous les Suisses, ne vous ont pas échappées; pour ma part, il est hors de question de continuer à faire confiance à des dirigeants faibles d'esprit et de conviction, je refuse de cautionner cette attitude presque désinvolte - qui trahit une faiblesse de fond. En plus, une promesse de réformes qui n'est pas accompagnée de chiffres précis (ni sur admin.ch ni dans leur brochure explicative) me semble exemplaire d'une méconnaissance douteuse. Non, Madame Tauxe, je voterai contre l'AI cette fois. Un peu grâce à vous. Car le prétendu "déshonneur" qu'il y aurait à voter "contre les plus démunis" n'en serait un que s'il y avait un honneur à voter pour. Or votre argumentation acrimonieuse et maladroite n'est pas exactement teintée de la sobriété propre à la personne d'honneur. Et il n'y a pas d'honneur à être condescendant, ça rappelle juste à celui qui est bien loti à quel point il est gentil envers les plus faibles. Et non, il n'y a pas d'honneur à se faire insulter lorsqu'on est généreux. Et pour moi, l'insulte trahit l'abus. Or un gouvernement faible ne peut redresser un tel abus, surtout lorsque ces promesses sont de l'ordre du principe et non du chiffré. Je crois qu'il a été prouvé à plusieurs reprises que certaines de nos valeurs traditionnelles ne fonctionnent plus dans ce monde, face à des voisins rapaces et un système économique violent. Dans ce contexte, le signe d'une société qui se dégrade ce n'est pas, aujourd'hui, de refuser l'AI, mais c'est bien de laisser notre pays s'en aller la tête basse et l'air triste vers un avenir morose, ce que nous ferons en cautionnant un gouvernement faible. Je terminerai en faisant cette triste remarque que l'absence d'honneur, comme celle qu'il y aurait selon vous à voter non maintenant, est une caractéristique de notre monde globalisant et que sans "l'honneur" de ce filet social (et dans votre cas, moral) qu'est l'AI, peut-être que nous serons plus en phase avec nos voisins. C'est peut-être ça le prix payer pour s'intégrer à l'Europe et au monde. Surtout, nous n'irons jamais mieux en étant condescendant dans notre attitude envers les "faibles".
PS. Au fait, pourquoi ne pas offrir plus d'aide sous forme de services aux plus démunis, plutôt que juste de l'argent?
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