Grâce et disgrâce: Vaine réforme
Beaucoup de bruit pour rien. Juste avant Noël Eveline Widmer-Schlumpf a lancé une procédure de consultation sur la révision de la loi sur la nationalité. Les candidats au passeport suisse devront être mieux intégrés, détenteurs d’un permis C, et maîtriser une langue nationale. Selon le résultat des prises de position, la Confédération fixera dans une ordonnance les exigences en matière linguistique! Le retour des faiseurs de Suisses est programmé.
Mais la révision n’est pas que soupçonneuse: elle prévoit une durée de séjour nécessaire réduite de 12 à 8 ans (plus conforme à la pratique européenne).
Dommage que la tatillonne cheffe du Département de justice et police n’ait pas consulté les statistiques. Le problème des naturalisations n’est pas leur abondance ou leur générosité, quoi qu’en dise son ancien parti, mais leur rareté. En comparaison internationale, le passeport rouge est un des moins attirants. Plus d’un étranger sur deux remplit déjà les conditions actuelles de naturalisation (12 ans de présence), soit 856 700 individus; mais en 2008, moins de 50 000 s’y sont intéressés.
Eveline Widmer-Schlumpf aurait été mieux inspirée d’apporter son soutien à la proposition lancée par la socialiste vaudoise Ada Marra, et reprise par la Commission des institutions politiques du Conseil national: accorder le droit du sol aux étrangers de la troisième génération, c’est-à-dire aux enfants nés en Suisse de parents et de grands-parents eux-mêmes déjà détenteurs de permis C ou B. La mesure pourrait concerner de 5 à 6000 nouveau-nés chaque année et 100 000 personnes plus âgées (la loi ne prévoyant pas une limite d’âge pour lancer la requête). Faut-il préciser que trois générations après avoir quitté le pays d’origine, à moins de douter des vertus de l’école publique, la maîtrise d’un idiome officiel est assurée?
En 2004, la naturalisation facilitée pour la troisième génération avait été rejetée de justesse par le peuple (plus méchamment par les cantons, il est vrai). La proposition d’Ada Marra se veut souple, elle ne prévoit pas d’automaticité. Mais elle est bien plus en phase avec la réalité que le vain durcissement proposé par la conseillère fédérale grisonne. De fait, si la naturalisation ne survient pas durant l’enfance, elle glisse comme une bague au doigt à l’âge adulte: un mariage sur trois lie un (ou une) autochtone à un (ou une) étranger!
PLUS D’UN ÉTRANGER SUR DEUX REMPLIT DÉJÀ LES CONDITIONS DE NATURALISATION.
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