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ATHÈNES Un policier frappe une manifestante lors d’un rassemblement contre l’austérité sur la place Syntagma, le 15 juin.
Lefteris Pitarakis / Keystone - AP Photo

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Europe
Grèce en crise: l’heure du plan B

Mis en ligne le 23.06.2011 à 10:41

Pour «Der Spiegel», la crise de la dette ne mène qu’à une alternative: l’éclatement de la zone euro, ou une plus grande intégration. Dont l’exemple de la réunification allemande devrait nous dissuader.

Depuis quatorze mois, les politiciens des Etats de l’euro décident d’un plan de sauvetage après l’autre, se rencontrent lors de sommets houleux, se chamaillent sur des compromis paresseux et accumulent des risques dans des proportions gigantesques.

Et depuis autant de temps, ils essaient de couper à un constat décisif: cela ne peut pas continuer comme ça. Le vieil euro, tel qu’il a été pensé, n’existe plus, l’union monétaire européenne ne fonctionne pas. Nous avons besoin d’un plan B.

Fondamentalement, il y a deux possibilités. Une radicale, dans laquelle les gouvernants tirent sur la manette d’arrêt d’urgence et les Etats malades sont livrés à eux-mêmes. Et une pragmatique, dans laquelle ils continuent à bidouiller, mais de façon un peu plus efficace, en espérant une amélioration. Aucune des deux solutions ne sera bon marché.

Solution 1: sortir de l’euro. La cure radicale fonctionne ainsi: déçus des très maigres progrès réalisés, et au vu du peu de perspectives d’amélioration, les pays de l’euro abandonnent la Grèce à son sort, et n’ajoutent pas plus d’argent encore à celui qu’ils ont transféré à Athènes.

En peu de temps, le pays est en défaut de paiement, car il n’obtient plus d’argent sur les marchés. Comme des instituts de crédit grecs portent encore une partie considérable de la dette publique sur leurs épaules, un bon nombre de faillites menacent le secteur bancaire du pays.

Une telle manière d’agir recèle de surcroît un danger de contagion. Si la Grèce glisse dans la faillite incontrôlée, les investisseurs refuseront peut-être aussi leur argent à d’autres Etats malades de la zone euro. Cela entraînerait une réaction en chaîne, qui ferait craindre l’effondrement à d’autres banques encore.

Face à ces conséquences imprévisibles, la décision ultime pointe aussi à l’horizon: la Grèce quitte l’union monétaire et réintroduit la drachme. Il y a quelques semaines, le Gouvernement d’Athènes jouait avec cette pensée; entre-temps, des économistes internationalement reconnus conseillent de franchir le pas. «Une sortie de l’euro serait le moindre mal», estime ainsi Hans-Werner Sinn, chef de l’Institut de recherche économique Ifo de Munich.

Il peut compter sur le soutien de Nouriel Roubini, économiste à la New York University. Le pays ne pourrait renforcer sa compétitivité qu’en dévaluant, ce qui nécessite une monnaie propre, pense le professeur-star, qui avait été l’un des rares à anticiper la crise financière d’il y a trois ans.

Dans chaque crise financière, jusqu’ici, seule une dévaluation a permis de redonner de la vigueur à l’économie du pays en crise, argumente Roubini. Mais les exemples historiques ne se laissent appliquer que de manière limitée aux conditions d’une union monétaire.

Désintégration. Même après le départ de la Grèce, la crise ne serait pas terminée, mais pourrait au contraire s’accentuer. Les engagements du pays resteraient en euro, et deviendraient donc du jour au lendemain des dettes en monnaie étrangère. Leur valeur dans la nouvelle monnaie du pays grimperait de façon fulgurante, avec la dévaluation de la drachme. Les débiteurs grecs pourpourraient alors difficilement honorer leurs obligations.

A nouveau, les banques se retrouveraient sous pression, en Grèce, mais aussi dans le reste de la zone euro. Et à nouveau, des mesures de sauvetage onéreuses seraient tout indiquées pour le secteur bancaire.

A la fin d’un tel développement, l’union monétaire pourrait se désintégrer en un bloc à monnaie forte et un groupe de pays avec leurs propres monnaies faibles. Des critiques de l’euro favorisent une telle solution, comme l’ancien banquier central allemand Wilhelm Nölling.

Dans le passé, il a déposé une plainte contre l’introduction de l’euro devant la Cour constitutionnelle, et il le fait à nouveau aujourd’hui contre le fonds de sauvetage de l’euro. Le jugement de la Cour constitutionnelle fédérale doit encore tomber.

Solution 2: union de transfert. L’alternative à l’éclatement de l’union monétaire est à peine moins dangereuse: elle mène directement à une Transferunion, une union redistributrice. Qui est déjà en bonne voie, une année après le sauvetage de la Grèce. Le fonds de sauvetage permanent dès 2013, MES (Mécanisme européen de stabilité), est un pas supplémentaire dans cette direction délicate.

La fin pourrait ressembler à ceci: les pays en déficit devraient durablement être financés par le Nord, plus stable. Ce qui a été comptabilisé comme des crédits jusqu’ici se transformerait en une subvention, sans intérêts et ne devant pas être remboursée.

L’union monétaire deviendrait une union financière, et le pays endetté un bénéficiaire durable de subventions, qui dépendrait des allocations de ses voisins économiquement plus forts, comme le Mezzogiorno en Italie ou la Wallonie en Belgique.

Pour empêcher cela, c’est du moins ce que conseillent nombre d’hommes politiques spécialisés dans l’économie et la finance, l’union politique de l’Europe devrait être menée à bien très vite, avec un fort gouvernement central. La thèse veut en effet que si les nations de la zone euro se fédèrent plus étroitement, elles pourront mieux coordonner leur système financier et donner ainsi des fondements politiques à la monnaie unique.

De cette façon, les réformes dans les pays emprunteurs pourraient être mieux mises en place, et leur compétitivité renforcée. Il y a peu, le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet a proposé de créer un ministère européen des finances, doté d’un droit de regard dans les pays membres.

Mauvais exemple allemand. Mais ce n’est pas aussi simple. Plus d’intégration ne veut de loin pas dire que les déséquilibres économiques disparaissent. Personne ne sait mieux cela que les Allemands qui, il y a environ vingt ans, s’y essayèrent avec l’union monétaire allemande.

Au 1er juillet 1990, le deutsche mark fut échangé la plupart du temps à un cours de 1:1 contre l’ancien mark de la RDA, et seulement trois mois plus tard, les Länder est-allemands entrèrent dans la République fédérale. C’était le cas modèle d’une union monétaire suivie par une union politique.

Pourtant, qui avait cru que la rapide réunification atténuerait le choc économique de l’union monétaire allemande dut bientôt déchanter. Les déséquilibres économiques dans l’Allemagne réunifiée se renforcèrent. Dans les nouveaux Länder, des milliers d’entreprises fermèrent boutique, car elles ne réussirent pas à élever leur productivité au niveau de l’Ouest.

Les taux de chômage explosèrent, et les transferts financiers entre les deux parties du pays dépassèrent bientôt les mille milliards de marks. Aujourd’hui encore, les Länder est-allemands boitent derrière les régions de l’Ouest en termes de force économique, de productivité et de revenus.

L’unification allemande n’a donc rien changé, elle a juste aidé à amortir financièrement les conséquences négatives de l’union monétaire. Les «nouveaux adhérents» ont été pris en compte à des conditions très favorables dans la péréquation entre les Länder, et les anciens citoyens de l’ex-RDA ont eu accès du jour au lendemain aux bienfaits du système social de la RFA.

En résumé: l’unité allemande n’est pas un bon modèle pour les responsables politiques européens, mais plutôt un exemple dissuasif. Il montre la rapidité à laquelle une union monétaire mal constituée peut mener à une union de transfert permanente.

Un tel modèle ne serait de toute façon pas réconciliable avec les traités européens: de nouveaux traités devraient être négociés et votés dans tous les parlements nationaux, peut-être aussi ratifiés en votations populaires.

Mais, les peuples d’Europe et leurs représentants pourraient décider avant du destin de leur union monétaire. A Athènes ou à Lisbonne, quand les réformes exigées échoueront face à la résistance de la rue. Ou à Berlin, lorsque les milliards prêtés seront vraiment réclamés.

© DER SPIEGEL TRADUCTION ET ADAPTATION MR


Epée de Damoclès

 




Tags: Grèce, Europe, crise, zone euro,

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Réaction de Anne-Marie Bergdol - Chexbres
le 01.04.2012 à 13:03
Merci bien pour vos messages ! Votre récit pour les...
 
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le 31.03.2012 à 05:58
Pour Anne-Marie Le 10eme anniversaire de l'euro, coome je l'ai vu...
 
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le 06.03.2012 à 20:59
To Anne-Marie Something interesting for you: www.historytoday.com/greece Please click on : Greek...
 
Réaction de Elio
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le 15.01.2012 à 17:20
Voici un article qui m'a semblé intéressant. Il a paru...
 
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Pour Elio: Merci pour votre humour et la fantaisie avec...
 
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Pour sauver l'euro, un reve a Kuwait City risquerait de...
 
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le 28.09.2011 à 08:53
A Anne-Marie, La Grece n'avait aucune obligation de joindre la zone...
 
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Il est particulierement troublant dans la zone euro, de decrire...
 
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A Anne-Marie In my comments below, I missed a word in...
 
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A Anne-Marie The monetary union created by the luminaries of...
 
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Voici encore une réponse à Elio : Avec du retard, je...
 
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le 06.08.2011 à 08:41
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le 29.06.2011 à 00:47
L’intervention de « Grècenouvelle » est très intéressante et ses...
 
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The introduction of the euro, the single currency for Europe...
 
Réaction de grècenouvelle
le 23.06.2011 à 16:23
Il n'y a qu'un plan qui vaille: celui de placer...
 



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