|
Outre le volet fiscal, le remède de cheval appliqué aux dépenses publiques ne risque-t-il pas de briser une reprise bien molle? En effet, les mesures déjà prises par Athènes provoqueraient un recul d’environ 4% du PIB, selon une note récente d’UBS. «Certes, la Grèce peut augmenter les taxes et baisser les salaires, au prix d’une forte résistance sociale, mais cela ne l’empêchera pas de connaître une sévère récession», prédit Jérôme Schupp, responsable de la recherche à la Banque Syz & Co.
Un avis que partage Sylvain Broyer: «Oui, le plan comporte des éléments déflationnistes, comme des baisses de salaires dans la fonction publique. Mais il ne faut pas oublier que le pays bénéfice de fonds structurels européens qui contribuent pour environ 4% au PIB national. Il y a là un effet stabilisateur à ne pas négliger.»
Sur les Bourses, l’accueil était frais en début de semaine. En Suisse, confiait Pascal Gentinetta, le directeur d’economiesuisse, «je crains que ces mesures de soutien à la Grèce, dont on souhaite qu’elles réussissent, ne soient qu’un rafistolage. Le surendettement de ce pays va encore augmenter et les problèmes de fond ne seront pas résolus.»
02 Voici deux mois, l’intervention du FMI était exclue. Ce qui n’est plus le cas désormais. Pourquoi ces tergiversations?
«La grande erreur des Européens est d’avoir tergiversé. Durant ce temps, les taux ont grimpé, creusant la tombe de la Grèce», tranche Jérôme Schupp. Depuis des semaines en effet, l’intransigeance de la chancelière allemande, Angela Merkel, et de l’opinion publique de son pays ont été soulignés.
Pourquoi cette attitude? «La hausse de la TVA allemande il y a quelques années va être mangée par l’aide donnée à la Grèce. Ce n’est pas motivant», ironise Sylvain Broyer, auteur de plusieurs études sur l’économie d’outre-Rhin. Hormis des raisons électorales, Berlin subit aussi des désillusions sur le Pacte de stabilité. Ce dernier n’a pas de clause «bail out» (renflouement) pour un pays de la zone euro. En gros, pas de solidarité pécuniaire entre membres. Un point apprécié dans une Allemagne où les Länder de l’ex-RFA paient encore pour l’ex-RDA, réunification oblige.
Mais comment expliquer la soudaine implication du FMI? Dans le bras de fer avec Berlin et l’Union européenne (UE), Athènes a menacé de se tourner vers l’institution de Bretton Woods pour contenir les exigences de ses partenaires. En jouant sur l’argument qu’une intervention du FMI serait une humiliation pour l’UE. «Les Grecs ont tenté un coup de poker et ils ont perdu. L’UE a accepté le FMI et ses Men in Black ont une force immense. Surtout pour surveiller l’application du plan d’austérité. En plus, Berlin, Paris ou Bruxelles peuvent se décharger politiquement en disant que ce n’est pas eux, mais le FMI qui agit», note Sylvain Broyer.
Tags: Grèce, crise, euro,
|