Quatre sur six: l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a levé d’un cran son niveau d’alerte face à la grippe porcine. La semaine dernière, les premiers foyers d’infection humaine par un virus de la grippe jusqu’ici inconnu ont été repérés sur le continent américain. A l’heure où nous mettions sous presse, mardi, il y avait, aux Etats-Unis, 20 cas avérés mais aucun décès. Au Mexique, il y en avait 26, dont sept avaient provoqué des décès; mais une centaine d’autres étaient suspectés.
Tout est allé très vite: en début de semaine déjà, l’infection, transportée par des voyageurs de retour du Mexique, était arrivée en Europe: deux cas étaient confirmés en Espagne, deux en Ecosse. Plusieurs autres étaient suspectés sur le Vieux Continent. Dont cinq en Suisse, mais, là, il s’agit «uniquement de recherches préliminaires», précisait, mardi, Jean-Louis Zurcher, le porte-parole de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Puzzle génétique. Chaque jour apporte son lot de nouvelles infections potentielles. Faut-il pour autant tirer très fort la sonnette d’alarme, comme le fait l’OMS? On pourrait être tenté d’accuser celle-ci de crier au loup. N’a-t-elle pas, ces dernières années, alerté les populations au sujet du SRAS ou de la grippe aviaire, qui ont certes provoqué des décès, mais n’ont pas pris l’ampleur que l’on craignait ?
Cette fois, pourtant, «il y a de bonnes raisons de s’inquiéter», dit Cathy Maret, biologiste et porte-parole de l’Office vétérinaire fédéral (OVF). A l’OFSP, on se dit aussi préoccupé. «Nous prenons l’affaire très au sérieux», indique Jean-Louis Zurcher.
Si des virus de la grippe porcine circulent régulièrement, jusqu’ici seuls quelques rares éleveurs ont fait les frais d’une contagion et souffert de symptômes bénins. «Il est en effet difficile pour les virus purement porcins de s’adapter à l’homme», précise Cathy Maret.
Il en va tout autrement du virus de la famille H1N1 qui est responsable de l’épidémie actuelle. Non seulement il n’avait jamais été repéré jusqu’ici, ni chez l’animal ni chez l’homme, mais surtout, «il est beaucoup plus qu’un virus porcin»: il combine plusieurs fragments génétiques d’origine porcine, aviaire, mais aussi humaine. Comment s’est formé ce puzzle? Mystère. Que le cochon y soit pour quelque chose n’étonne guère les vétérinaires: cet animal a des récepteurs – des points d’ancrage pour les virus – «communs avec l’homme et les oiseaux. Il est donc susceptible d’être infecté par des microorganismes d’origine aviaire ou humaine, ce qui fait de lui l’animal favori pour ce genre de recombinaison virale», indique la biologiste de l’OVF. Reste que le mélange de fragments génétiques de diverses provenances «a pu se produire dans l’organisme d’un oiseau ou d’un être humain infecté, puis il a pu être transmis au cochon, avant de contaminer à nouveau l’homme.»
A quand la pandémie? Quoi qu’il en soit, dans la mesure où cet agent pathogène a des caractéristiques humaines, il peut infecter l’homme et se transmettre d’un individu à l’autre. «Mais comme il a des composantes animales, il donne du fil à retordre à notre système immunitaire qui ne connaît pas ce genre de virus. C’est ce qui le rend dangereux», constate Cathy Maret.
Les spécialistes des maladies infectieuses ont coutume de dire que la question n’est pas de savoir si l’humanité sera à nouveau confrontée à une pandémie grippale, mais quand elle le sera. Ce moment tant redouté est-il arrivé? «On n’en sait rien», avoue Jean-Louis Zurcher. Le porte-parole de l’OFSP constate toutefois que deux des trois conditions entrant dans la définition d’une pandémie (apparition d’un nouveau virus; preuve qu’il peut infecter les humains et causer une maladie) «existent déjà». En revanche, la troisième (le virus doit se transmettre efficacement d’un humain à l’autre et se propager) n’est pas encore clairement démontrée. L’OMS se refuse donc encore à utiliser le mot qui fait peur.
D’autant que le spectre de la grippe espagnole qui a fait entre 50 et 100 millions de morts en 1918 - et qui était due à un H1N1 – hante les esprits. Toutefois, le virus qui circule actuellement est génétiquement différent du précédent. Surtout, on est actuellement beaucoup mieux armés pour faire face à sa propagation, souligne Jean-Louis Zurcher. On sait ce qu’est la grippe, on dispose de systèmes de surveillance du virus et tous les pays ont préparé des plans pour faire face à une éventuelle pandémie.». En cas de besoin, le Tamiflu, cet antiviral stocké lors de l’alerte à la grippe aviaire, pourra être utilisé. Face à la grippe porcine, il y a des raisons de s’inquiéter, mais pas de paniquer.
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