On ose à peine le dire aujourd’hui: et si le drame offrait une nouvelle chance à Haïti? Et si le cataclysme du 12 janvier augurait un nouveau départ? Car, ce que révèle le séisme aux yeux de la planète choquée, c’est l’état de vulnérabilité chronique de ce pays. Un pays au gouvernement fantoche et à l’administration déliquescente, un pays ravagé par la déforestation, un pays où rien ne fonctionnait avant même le tremblement de terre: ni l’approvisionnement en eau potable, ni les écoles et les hôpitaux, ni l’économie réduite à pas grand-chose après des décennies de pillage par ses élites. Haïti, an zéro!
Pour l’heure, comme le montre le reportage de notre envoyé spécial Patrick Oberli, les habitants tentent de survivre, ils recherchent leurs proches disparus, ils luttent pour l’eau et la nourriture. Les médecins amputent sans anesthésie. Alors, la reconstruction... (lire en page 14). Pourtant, il faut y penser. On connaît la chanson: les gouvernements se démènent dans la phase aiguë de la crise, mais ils se font plus discrets quand les médias ont quitté le terrain.
Voilà pourquoi la Suisse aura un rôle important à jouer sur la durée. Après le tsunami, une organisation comme la Chaîne du bonheur avait ainsi consacré 8% des fonds récoltés à l’aide d’urgence, mais quelque 80% à la reconstruction et à la réhabilitation de maisons, d’écoles, d’hôpitaux, de systèmes d’approvisionnement en eau potable... En matière d’aide, le swiss made reste très demandé.
Les leçons à tirer? Il y a en plusieurs: l’impérieuse nécessité de la coordination, certes, mais aussi l’originalité sociale et historique de chaque nouvelle situation. Le cas d’Haïti est en effet très particulier. Contrairement à la Thaïlande, à l’Indonésie ou au Sri Lanka qui se relèvent, somme toute rapidement, ce pays doit être entièrement reconstruit. Dans des douleurs indicibles, il vit une sorte de recommencement (lire l’article de Julie Zaugg et de Sabine Pirolt en page 32).
Le processus prendra au moins une génération, ceux qui aujourd’hui se mobilisent doivent le savoir. Mais s’il réussit, le pays sera plus beau qu’avant. Il y aura des ponts, des routes, des villes entières à (re)construire. Des centaines de milliers d’emplois seront ainsi créés. Le niveau de formation va s’élever, spirale vertueuse. Dans le tourisme, le potentiel est énorme, et dans l’agriculture aussi. Haïti jouit en théorie de beaucoup des atouts de sa voisine la République dominicaine. Il doit pouvoir les exploiter (lire en page 22).
Le gouvernement? Les dictateurs et les incapables ont déjà provoqué assez de dégâts. Et si les Américains sont les seuls capables de rétablir l’ordre dans l’urgence, ils ne peuvent, longtemps, jouer les proconsuls. La solution implique forcément l’Union européenne, les pays latinoaméricains, probablement sous l’égide de l’ONU. Les milliards de l’aide internationale sont indispensables, bien sûr, mais la générosité des donateurs ne suffit pas. Leur responsabilité va au-delà. Pour faire renaître Haïti, il faudra aussi déployer des trésors d’imagination politique. C’est le vrai défi.
Les milliards de l’aide sont indispensables. Mais ils ne suffisent pas.
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