Et si je parlais de moi. C’est très tendance, ces jours-ci, dans la presse. J’hésite. Car pardonnez-moi, comme dirait Darius Rochebin, aujourd’hui je n’ai pas vraiment envie d’être drôle. Même au troisième degré. Bon. Je me lance malgré tout. La semaine passée, j’assistais à l’inauguration du Salon international de la haute horlogerie, à Genève. Alors que je contemplais les dernières et luxueuses créations exposées, une coupe de champagne à la main, l’un de mes collègues en reportage à Port-au-Prince sillonnait des rues dévastées, jonchées de cadavres, dans une extrême tension. Peur, souffrance, désespoir d’un côté, sérénité, plaisir et espoir d’un redémarrage économique de l’autre. La vie n’aurait-elle donc aucun sens? Puis j’ai eu un flash. C’était durant l’été 1977, près de Fréjus. J’avais 23 ans. En visite chez des amis, je venais d’apprendre, par téléphone, la mort brutale de ma mère. Surprise totale. Le monde, le mien, venait de s’écrouler. D’un coup. Mais autour de moi, des enfants continuaient à jouer, à danser, à rire aux éclats. Leur vie faisait un pied de nez à ma mort. Dans certaines traditions, la mort n’est qu’une naissance inversée. L’âme quittant le corps serait cambrée, à l’inverse du fœtus replié sur lui-même. La mort ne serait donc pas le contraire de la vie, laquelle s’écoulerait comme un ruisseau jamais tari. Des deux côtés du miroir. La vie aurait donc un sens. Celui que nous voulons bien lui donner.
LA MORT NE SERAIT DONC PAS LE CONTRAIRE DE LA VIE QUI COULE COMME UN RUISSEAU JAMAIS TARI.
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