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Hans-Rudolf Merz, le président impuissant

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 26.02.2009 à 06:00

Capitulation. Après son retour radieux aux affaires, le ministre des Finances paraît dépassé par les événements. Il fait naufrage comme l’UBS dans la crise financière.

Qu’il paraît loin, ce 3 novembre 2008. Ce jour-là, Hans-Rudolf Merz fait sa rentrée politique après son accident cardio-vasculaire. Il grimpe quatre à quatre les marches pour rejoindre son bureau au Bernerhof, rayonne et attaque même son collègue allemand Peer Steinbrück sur la question fiscale. Cent jours plus tard, celui qui est soudain devenu le plus populaire des conseillers fédéraux a perdu tout son punch. Pire: toute sa crédibilité.

«Le secret bancaire n’est pas menacé», clame le ministre des Finances le 19 février, soit au lendemain de la divulgation par l’UBS de quelque 300 noms de citoyens américains ayant fraudé le fisc. Il est bien le dernier à le croire. La NZZ parle même de «capitulation».

«Hans-Rudolf Merz, c’est Ponce Pilate: il n’est jamais responsable de rien. Il se cache toujours derrière l’autorité de surveillance des banques, la Finma», lâche Christian Levrat, le président du Parti socialiste. Le président du PDC Christophe Darbellay n’est guère moins critique: «On connaît le bras de fer entre l’UBS et les autorités américaines depuis six mois. Hans-Rudolf Merz a sous-estimé l’enjeu de cette affaire; il a préféré fermer les yeux et se boucher les oreilles.»

En fait, c’est la stratégie Merz qui fait faillite à chaque fois. L’ancien consultant de Max Schmidheiny n’est jamais devenu un chef d’Etat capable de trancher. L’Appenzellois se drape à chaque fois dans des paragraphes de lois, mais il ne prend pas la mesure d’un monde qui a changé.

Que ce soit dans le dossier du différend fiscal avec l’Union européenne (UE) ou dans l’affaire de l’UBS, le même scénario se répète étrangement: l’«ennemi» attaque; Hans-Rudolf Merz rétorque «qu’il n’y a rien à négocier», avant de s’apercevoir que la Suisse ne fait pas le poids face à la puissance de feu des Européens et des Américains.

Dans l’affaire concernant l’UBS, Hans-Rudolf Merz avertit le Conseil fédéral à mi-décembre de l’épée de Damoclès qui menace de faire éclater le secret bancaire. Le 19 décembre, tous les conseillers fédéraux s’inquiètent, voire s’irritent de la lenteur du travail de la Finma, qui doit examiner si les 250 cas de clients américains relèvent de la fraude. Mais personne ne propose de stratégie alternative pour éviter que la bombe n’explose le 18 février. Impossible de s’immiscer dans les travaux de la Finma, voire du Tribunal administratif fédéral en tant qu’instance de recours.

Etait-il vraiment si compliqué d’être proactif? «Il aurait fallu contacter les Etats-Unis pour proposer une solution constructive», souligne Alain Berset. Le socialiste fribourgeois en esquisse les contours: «D’une part, la Suisse pourrait s’engager à ne plus faire de distinction entre fraude et évasion fiscale concernant les nouveaux clients américains des banques suisses à l’avenir. En contrepartie, les Etats-Unis s’engagent à respecter le droit suisse et les procédures de nos tribunaux pour les anciens clients. Pour ceux-ci, la Suisse pourrait proposer de rétrocéder des montants aux Etats-Unis sur le modèle de l’accord sur la fiscalité de l’épargne avec l’UE.»
 
Electrochoc. C’est désormais dans cette direction que travaille le Département fédéral des finances. Ebranlé par l’électrochoc de l’affaire UBS, Hans-Rudolf Merz semble avoir vraiment l’intention d’engager un débat sur l’avenir du secret bancaire, avec plusieurs variantes envisagées. Selon les informations de L’Hebdo, c’est un accord sur la fiscalité de l’épargne avec les Etats-Unis qui tient la corde.

Ce ne sera probablement pas suffisant. La Suisse se retrouve plus isolée que jamais. Même si Hans-Rudolf Merz ne se lasse pas de souligner qu’il est le doyen des ministres des Finances européens et qu’il «n’a que des amis parmi ses collègues», il n’a pas réussi à se faire inviter au prochain sommet du G20 à Londres.

«La Suisse n’a plus d’amis parmi les grands pays», note l’ancien ambassadeur en France, François Nordmann. «Le Conseil fédéral réfléchit encore en termes de souveraineté absolue pour la Suisse, selon un concept dépassé qui date du XIXe siècle. Il est temps de passer à une souveraineté solidaire en s’ancrant dans l’Union européenne».



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