L’écrivaine J. K. Rowling a eu la larme à l’oeil au moment de voir sa création lui échapper pour la seconde fois. C’est dans une salle de cinéma londonienne qu’elle a assisté à la première mondiale de Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2, donc au dénouement cinématographique de sa saga littéraire. «Elle a mis quelques minutes à se ressaisir. La fin l’a bouleversée», témoigne le producteur des huit films de la série, l’Anglais David Heyman.
Depuis plus de dix ans, Harry Potter est une star des librairies, des cinémas et des rayons jouets des grands magasins. Mondialement, ce sont 450 millions de livres qui ont été écoulés. Et dans les salles de cinéma, les recettes s’élèvent pour l’heure à 4,4 milliards d’euros (plus de 5,2 milliards de francs), auxquels il faut rajouter quelques autres milliards issus des droits TV, ainsi que de la vente des DVD, jeux vidéo et autres produits dérivés.
Sorti hier, Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2 devrait devenir le film le plus rentable de l’année au niveau mondial. Pour la Warner, il s’intitule simplement HP 7.2, ce qui sonne bien de manière commerciale.
Mais alors qu’au cinéma Harry Potter vit sa dernière aventure, le jeune sorcier vivra pour l’éternité sur la Toile. Il y a quelques semaines, Rowling s’est en effet adressée à ses fans à travers un message vidéo, pour leur annoncer qu’à partir du 31 juillet ils pourront s’inscrire sur le site pottermore.com, où ils pourront dès octobre visiter l’école de Poudlard et passer eux aussi des examens de sorcellerie.
L’inscription est gratuite mais servira de porte d’entrée à un gigantesque magasin en ligne dans lequel les sept romans seront par exemple disponibles sous forme de livres électroniques. Rowling maintient son intention de ne pas écrire un Potter de plus. Au lieu de cela, elle propose une fois de plus les mêmes livres, mais en laissant sur le carreau des distributeurs comme Apple ou Amazon. Son site la mettra en lien direct avec les acheteurs.
Fortune en hausse. Au cinéma, l’histoire de Potter commence en 1997, lorsque la secrétaire d’Heyman lit Harry Potter à l’école des sorciers, qui traîne sur une étagère avec la mention «priorité faible». Elle est conquise, le producteur également.
Celui-ci vient de fonder Heyday Films, une compagnie qui compte trois employés. Il tente alors de convaincre la Warner d’acheter à Rowling les droits du roman, ce qui lui prendra presque un an et demi. L’écrivaine touche finalement un million de dollars (un peu plus de 830 000 francs) pour les droits des quatre premiers livres.
Ridicule, avec le recul. Mais qui pouvait prévoir que le succès du garçon aux lunettes rondes allait être mondial? Aujourd’hui, le sorcier laisse sa créatrice non seulement avec la larme à l’oeil, mais aussi avec des comptes en banque en perpétuelle hausse – sa fortune est estimée à 700 millions d’euros (836 millions de francs).
Comme dans toutes les religions, le culte d’Harry Potter nécessite un lieu de prière. Dès l’an prochain, des visites guidées seront proposées dans les studios londoniens où ont été tournés les films. Mais le plus important lieu de pèlerinage est depuis son ouverture en 2010 le parc d’attraction The Wizarding World of Harry Potter, une extension des Studios Universal d’Orlando, en Floride, qui ont raflé la licence au nez de la Warner.
Universal a dépensé 265 millions de dollars (222 millions de francs) dans l’aménagement de ce parc de huit hectares, conçu comme un village médiéval à l’anglaise. Rowling a supervisé elle-même certains points, comme l’architecture de Poudlard.
En dehors de la bière au beurre qu’aiment tant Harry et ses amis, on ne trouve dans le parc que du jus de citrouille, de l’eau et du thé froid. Pas de grandes marques. Le parc se veut authentique. Il est surtout extrêmement rentable car les profits tombent directement dans les poches de Rowling et de ses partenaires financiers.
L’éditeur allemand des sept Harry Potter, Klaus Humann, a de son côté vendu 31 millions de livres. «Potter a changé le monde, explique-t-il. Le segment du livre pour enfants est désormais pris au sérieux. Avant, il s’agissait d’un marché de niche, sans grande concurrence.
Aujourd’hui, la lutte est dure. On achète les droits de livres étrangers avant même leur publication sur leur territoire.» Dans un marché du livre en difficulté, le secteur jeunesse est une bouffée d’air frais salutaire.
©DER SPIEGEL
TRADUCTION ET ADAPTATION STÉPHANE GOBBO
Critique
Nous y voilà. Après des épisodes pas toujours convaincants (La coupe de feu n’apporte pas grand chose à la franchise), l’heure du combat final entre Harry Potter et Voldemort a sonné.
Déjà à la tête des trois précédentes adaptations de la saga imaginée par J. K. Rowling, Peter Yates poursuit avec la seconde partie des Reliques de la mort le tournant amorcé avec Le Prince de sang-mêlé, sixième épisode privilégiant l’intime pour jouer moins sur les effets spéciaux que sur les performances des acteurs, ces individus de chair qui vaudront toujours intrinsèquement plus que le numérique.
Racontant dans le fond l’échec d’une tentative de putsch fasciste, cet ultime long métrage aux teintes crépusculaires clôt plutôt élégamment la saga Potter.
De Peter Yates. Avec Daniel Radcliffe. Etats-Unis, 2 h 10.
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