Connaissez-vous Brigitte Rindlisbacher et Elisabeth Meyerhans Sarasin? Ces deux secrétaires générales – du Département de la défense (DDPS) pour la première et du Département fédéral des finances (DFF) pour la seconde – sauvent l’honneur dans les hautes sphères de l’administration. Pour le reste, c’est le désert, ou presque: les femmes sont absentes des postes clés.
LES CONSEILLÈRES FÉDÉRALES N’ONT GUÈRE ACCÉLÉRÉ LA PROMOTION DES FEMMES AUX POSTES CLÉS.
L’Hebdo a passé à la loupe l’annuaire fédéral, bible rouge et blanche de l’administration, pour y dénicher des femmes ayant au minimum le statut de cheffe d’office ou la responsabilité d’une unité reliée directement au Conseil fédéral. Le résultat est désolant. Elles sont 10 sur les 57 postes recensés, soit un maigre 17,5%.
Aucune secrétaire d’Etat, aucune femme d’influence capable de dialoguer d’égal à égal avec son ou sa ministre, comme le faisaient un Peter Siegenthaler aux Finances ou un Max Friedli aux Transports. On est donc bien loin de la parité, cette même parité que certains estimeraient bafouée si le Parlement devait élire cinq femmes au Conseil fédéral.
Plafond de verre. Notre enquête corrobore ainsi le dernier rapport 2009 du Conseil fédéral sur la gestion du personnel, qui chiffrait à 13,5% la proportion des femmes travaillant dans les classes de salaire 30 à 38, soit touchant un revenu annuel maximal situé entre 190 000 et 360 000 francs.
Un «plafond de verre» subsiste donc bel et bien pour les femmes au Palais fédéral. Car sur l’ensemble de leurs effectifs, plusieurs départements ont déjà réalisé la parité: le Département fédéral de l’intérieur de Didier Burkhalter, il est vrai très centré sur les problèmes sociaux, compte désormais 51,8% de femmes en son sein.
Le problème se situe donc au sommet de la hiérarchie, au coeur du pouvoir, là où s’ébauchent les lois qui façonneront la Suisse de demain. «Cette proportion si basse de femmes est désastreuse. Elle montre qu’on est encore loin de l’égalité des chances dans l’administration», s’offusque la secrétaire générale des Femmes du Parti libéral-radical (PLR), Claudine Esseiva.
Même indignation chez la conseillère nationale Maria Roth-Bernasconi (PS/GE): «Je suis choquée, mais pas surprise. Ces chiffres témoignent du manque de sensibilité des conseillers fédéraux à cet égard. Décevant aussi est le fait que les conseillères fédérales n’ont guère accéléré la promotion des femmes aux postes clés.
Doris Leuthard a certes lancé un programme de promotion des femmes dans les directions de ses secrétariats et offices. En deux ans, la proportion de femmes a progressé de 13 à 21%. Pas encore de quoi pavoiser.
Cheffe des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey a enfin nommé en 2008 une femme en la personne de Helene Budliger Artieda à l’importante direction des ressources. Même si le DFAE prétend compter 30% de cadres femmes, ses chefs de divisions politiques restent tous masculins, à une exception près.
Quant à la cheffe du Département de justice et police, Eveline Widmer-Schlumpf, elle ne compte plus la moindre femme aux postes clés après s’être séparée de sa secrétaire générale Sonja Bietenhard.
Alors, à quand une secrétaire d’Etat par exemple? Jean-Daniel Gerber, directeur du Seco, prendra sa retraite l’an prochain. Une femme affiche un CV qui rappelle le sien. Il s’agit de Marie-Gabrielle Ineichen, une avocate de 49 ans qui parle sept langues (françaisallemand-italien-anglaisespagnol-russe-chinois). Elle est actuellement déléguée du Conseil fédéral aux accords commerciaux.
Elle possède une grande expérience des négociations multilatérales (c’est la cheffe de la délégation suisse à l’OMC) et des négociations bilatérales (elle mène les négociations d’un accord de libre-échange avec l’Inde et l’Indonésie par exemple). Un gouvernement à majorité momentanément féminine saura-t-il corriger une situation d’ensemble désastreuse?
Jusqu’aux années 80, aucune femme n’occupait un poste de haut cadre à l’administration fédérale, au Tribunal fédéral ou dans les écoles polytechniques.
Désormais, elles sont une vingtaine, soit à peine le cinquième des grands commis d’Etat. Des bastions restent résolument masculins. Depuis sa création en 1907, la Banque nationale suisse n’a ainsi jamais connu de femmes dans son directoire.
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