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Héraut du développement durable

Mis en ligne le 05.10.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-10-05

Bertrand Piccard Héraut du développement durable

Par Elisabeth Gordon

Avec son projet Solar Impulse, l'aérostier compte faire le tour du monde en avion solaire.

C'est peu dire que Bertrand Piccard a de multiples talents. Psychiatre, aéronaute, conférencier, auteur, ambassadeur des Nations Unies, l'homme est si divers qu'il a fallu tailler un nouveau qualificatif à sa mesure: «savanturier». Digne héritier d'une dynastie de scientifiques explorateurs, il s'est lancé dans une nouvelle aventure: boucler le tour du monde en avion solaire. Un projet futuriste et high-tech, baptisé Solar Impulse; un nouveau défi lancé pour promouvoir le développement durable et les énergies renouvelables.

On le connaissait explorateur, on le retrouve défenseur de la planète. «Dès mon enfance, j'ai été élevé dans le respect de la nature et de ses ressources.» Cette fibre écologique, Bertrand Piccard se l'est «appropriée» lorsqu'il a réalisé le premier tour du monde en ballon sans escale, en 1999. Fort de la notoriété que cet exploit lui a conférée, l'aérostier a «réalisé qu'il avait le pouvoir d'agir» pour défendre ses convictions. Aussitôt dit, aussitôt fait. Cet homme de 48 ans s'est fait le héraut d'une noble cause, parcourant le monde pour sensibiliser le public aux enjeux de l'avenir. Il parrainera d'ailleurs le Festival international Médias Nord Sud. Il fustige toutefois «l'étroitesse de vue d'une certaine écologie fanatique». Pour lui, une réduction de l'impact sur l'environnement passera par les progrès technologiques. En d'autres termes, précise-t-il, «je ne me place pas dans une logique conflictuelle, mais au contraire consensuelle.» Et Bertrand Piccard de plaider pour une alliance harmonieuse entre l'éco- logie, l'économie et l'humanisme, qu'il nomme «Ecomanité». |

«Je plaide pour l'alliance entre économie, écologie et humanisme.»

SES REFUGES SA FAMILLE

Ulysse des temps modernes, Bertrand Piccard apprécie de regagner son foyer afin de «souffler un peu». Il est heureux d'y retrouver sa famille, sa femme et ses trois enfants. Il aime aussi à s'isoler et à lire dans «sa pièce», entouré de ses souvenirs aéronautiques et d'objets retraçant l'histoire familiale.

SES AMIS

Son plaisir, c'est d'être avec ses amis proches. Avec eux, il voyage et partage des activités sportives - ski, plongée sous-marine ou tours en montgolfière - et des dégustations de vins. «Je souffre de ne pas les voir assez du fait de mes multiples activités.»

SES MODÈLES SA MÈRE

Si son grand-père et son père ont insufflé à Bertrand Piccard sa fibre d'explorateur et de pionnier, c'est sa mère qui a inspiré l'autre facette de sa personnalité, tournée vers la philosophie et la psychologique. Fille de pasteur et virtuose de piano, cette femme qui «s'est formée par des lectures et beaucoup de travail personnel», est à l'origine de sa carrière de psychiatre.

LES EXPLORATEURS

Le pilote Charles Lindbergh, Le grand bleu Jacques Mayol, l'alpiniste Edmund Hillary ou Neil Armstrong, le premier homme à avoir foulé le sol lunaire: ses modèles sont les explorateurs qu'il a rencontrés comme enfant à Cap Kennedy. En fêtant son douzième anniversaire avec Scott Carpenter, un astronaute de L'étoffe des héros, il a commencé à rêver d'avoir ce genre de vie.

GURDJIEFF

Le philosophe et écrivain caucasien a marqué Bertrand Piccard. Ses oeuvres proposent «une approche globale de l'être humain et de ce qu'il peut devenir dans son évolution. C'est presque un mode d'emploi pour la vie spirituelle.»

sA CELLULE RAPPROCHÉE SA FEMME

«C'est ma principale égérie.

Elle me remet en question, elle ose me critiquer, me bousculer, et me faire évoluer.» Michèle Piccard, qui participe à la communication de Solar Impulse, le reconnaît: «Les gens sont sous le charme de Bertrand et d'une certaine manière, il souffre de ne recevoir que des compliments. Entre nous, on est direct, on ose se dire les choses.»

ANGELA BISHOP

Sa principale collaboratrice se charge de l'organisation de sa vie professionnelle bien remplie. «Sans elle, je ne pourrais pas faire tout ce que je fais.» Quand on est très sollicité «il n'est pas facile de savoir ce que l'on peut accepter; elle me conseille.»

ANDRÉ BORSCHBERG

Solar Impulse, c'est avant tout une équipe menée par André Borschberg. «Ce sont des gens qui croient que l'on peut réaliser l'impossible et accomplir des grands rêves, tout en faisant oeuvre utile.» Grâce à eux, l'avion commence à prendre forme.

sA CELLULE SOLAR ERIC FREYMOND

Le directeur de la société de gestion financière Semper Gestion S.A. à Genève, est le premier à avoir soutenu Solar Impulse. A l'issue d'une conférence de Bertrand Piccard, il lui a proposé une aide financière. Eric Freymond a été séduit par «ce projet révolutionnaire, éthique, humaniste et allant dans le bon sens: celui des énergies renouvelables». Comparant le savanturier au Petit Prince de Saint Exupéry, il exprime sa confiance dans cet «être extrêmement sérieux, qui va au bout de ce qu'il entreprend».

JACQUES VAN RIJCKEVORSEL

Solvay a été le premier sponsor de Solar Impulse. Les membres de la direction générale du groupe chimique et pharmaceutique belge, et tout particulièrement Jacques van Rijckevorsel, «ont trouvé que le projet correspondait aux valeurs d'innovation et de développement scientifique» de l'entreprise, selon Bertrand Piccard.

NICK HAYEK

«Que tu réussisses ou que tu rates ce projet, il faut qu'on essaye avec toi.» Ces paroles du CEO de Swatch Group, Bertrand Piccard n'est pas prêt de les oublier. Nick Hayek s'en explique, en précisant que son groupe, qui a lancé la Swatchmobil et le mobile solaire Spirit of Bienne, est «très ouvert aux énergies alternatives». En outre, dit-il, «en tant que pilote d'hélicoptère, j'ai une affinité certaine avec l'aviation, donc avec le projet Solar Impulse.»

ALTRAN ET DASSAULT

«Plusieurs ingénieurs du groupe français Altran et de Dassault Aviation nous apportent leur expérience.» Mais «pas mal d'entreprises suisses» ont été effrayées par le caractère «révolutionnaire» de l'avion solaire.

LES «ANGELS»

Elles tiennent à rester dans l'ombre, toutes ces personnes qui ont apporté leur obole au développement de l'avion solaire. «Elles nous ont permis d'avancer à vitesse de croisière, jusqu'au moment où nous avons eu des sponsors.»

sA CELLULE HUMANISTE NICOLAS HULOT

Aventurier et l'un des principaux porte-parole de la protection de l'environnement en France, Nicolas Hulot appartient au comité de parrainage de Solar Impulse. «C'est un homme dont j'apprécie beaucoup l'engagement.»

PAULO CoELhO et ELIE WIESEL

Autres parrains du projet: l'auteur brésilien de best-sellers Paulo Coelho et l'écrivain, prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel. «J'estime leur sensibilité et nous partageons les mêmes valeurs, dit l'aérostier. Nous allons tous, chacun à notre manière, dans la même direction, et nous essayons de collaborer pour y aller ensemble.»

ALBERT DE MONACO

Entre ambassadeurs de la cause environnementale, il est logique que l'on s'entende. Des partenariats sont en discussion entre Solar Impulse et la Fondation pour la protection de l'environnement et pour le développement durable du Prince.

sA CELLULE POLITIQUE LES CONSEILLERS FÉDÉRAUX

«Ce ne sont pas des partis qui sont importants pour moi, mais des individus. Par conséquent, il y a dans tous les partis non extrémistes des gens que j'apprécie.» Depuis son exploit en ballon, Bertrand rencontre régulièrement les conseillers fédéraux, hormis Christoph Blocher et Doris Leuthard dont il n'a jamais croisé les chemins. Le savanturier discute par exemple avec Samuel Schmid de la possibilité de faire tester l'avion solaire sur les aérodromes militaires de Dübendorf et de Payerne, par des pilotes de l'armée suisse.

sA CELLULE SCIENTIFIQUE PATRICK AEBISCHER

Le président de l'EPFL, de même Stefan Catsicas et Jan-Anders Månson (l'ancien et l'actuel vice-présidents pour l'innovation et la valorisation) «ont cru dès le début à Solar Impulse», dit Bertrand Piccard. La haute école est donc devenue la conseillère scientifique de ce projet un peu fou. Pourquoi? «Parce que Bertrand Piccard a un sacré "track-record" derrière lui, répond Patrick Aebischer; parce qu'une institution comme l'EPFL se doit de pousser les limites technologiques et enfin, parce qu'un grand projet de ce genre est très stimulant pour nos chercheurs et étudiants.»

SES BÊTES NOIRES LES FANATIQUES

On a beau presser Bertrand Piccard, il ne nommera personne. Mais ce qu'il déteste, ce sont «la mauvaise foi, l'intolérance, le manque de respect, la vision à court terme». Ses bêtes noires sont les fanatiques de l'écologie comme ceux de l'économie. «Tant que l'on sera dans l'écologie déconnectée de l'économie, on n'aura aucun résultat», et dans le cas contraire, «on détruira la planète».





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