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Ces femmes amoureuses d’hommes qui ont tué

Mis en ligne le 23.05.2013 à 05:50

AMOURS FUNESTES La journaliste Sheila Isenberg a interrogé une quarantaine de femmes ayant eu des relations amoureuses avec des tueurs.

AMOURS FUNESTES La journaliste Sheila Isenberg a interrogé une quarantaine de femmes ayant eu des relations amoureuses avec des tueurs.

MARCHE BLANCHE La mort de Marie a provoqué émotion et questions.

MARCHE BLANCHE La mort de Marie a provoqué émotion et questions.

  1. Ces femmes amoureuses d’hommes qui ont tué

    AMOURS FUNESTES La journaliste Sheila Isenberg a interrogé une quarantaine de femmes ayant eu des relations amoureuses avec des tueurs. © DR
  2. Ces femmes amoureuses d’hommes qui ont tué

    MARCHE BLANCHE La mort de Marie a provoqué émotion et questions. © Sandro Campardo / Keystone

Analyse. Comment des tueurs récidivistes parviennent à manipuler celles qui tombent amoureuses d’eux? A l’heure de la tragédie de la jeune Marie à Payerne, entretien avec l’Américaine Sheila Isenberg,...

Analyse. Comment des tueurs récidivistes parviennent à manipuler celles qui tombent amoureuses d’eux? A l’heure de la tragédie de la jeune Marie à Payerne, entretien avec l’Américaine Sheila Isenberg, auteur d’un livre sur le sujet.

A l’heure où le drame de la jeune Marie, enlevée et tuée par un dangereux récidiviste, émeut, la Suisse entière se pose la question du pouvoir d’attraction de grands criminels, tel celui qui a sévi la semaine dernière. Condamné à vingt ans de prison par la justice vaudoise en 2000, pour assassinat, viol, séquestration, enlèvement, menaces, harcèlement et contraintes sexuelles, Claude Dubois, âgé alors de 22 ans, avait tué son amie, qui voulait le quitter, de cinq balles de pistolet.

Malgré ce passé accablant, une femme s’était éprise de lui alors qu’il était derrière les barreaux. Ils se sont épousés en prison et ont fini par divorcer. Qui sont ces femmes qui s’éprennent de telles personnalités? Et qu’est-ce qu’elles leur trouvent de particulier et d’attirant?

Il est vrai que l’on ne saura probablement jamais avec certitude ce que sa dernière victime connaissait de son passé.

Auteur d’un livre sur les femmes qui aiment les hommes qui tuent – Women Who Love Men Who Kill, qui sera réédité en version électronique cet été –, l’Américaine Sheila Isenberg, écrivain et professeur de journalisme, s’est plongée dans l’univers de ces femmes qui sont tombées, en connaissance de cause, amoureuses d’hommes condamnés à la prison à vie. Cette journaliste new-yorkaise a écrit son ouvrage après avoir rencontré plus d’une trentaine de compagnes et épouses et quelques prisonniers.

Comment vous est venue l’idée d’un tel ouvrage?
Lorsque j’étais reporter, j’ai été frappée par un fait divers qui s’était déroulé dans les milieux financiers. Un broker, qui comparaissait devant un tribunal pour avoir tué sa deuxième épouse, avait déjà retrouvé une fiancée qui le soutenait lors des audiences. Je me suis sérieusement demandé pourquoi cette dame s’était lancée dans une telle relation. Je voulais comprendre cette attirance, mais je n’ai trouvé aucune étude et encore moins d’ouvrages sur le sujet. Alors j’ai décidé d’en écrire un.

Avez-vous rencontré beaucoup de ces femmes?
Une petite quarantaine. Beaucoup vivaient dans la région de New York où je suis établie, mais j’ai également voyagé dans tout le pays pour aller à leur rencontre. J’ai aussi interviewé quelques hommes derrière les barreaux. J’ai enregistré tous les entretiens et passé de très longues semaines à écouter ces femmes qui étaient tombées amoureuses de meurtriers ou d’assassins. Il m’a fallu beaucoup de temps pour les convaincre de me parler et pour qu’elles s’ouvrent à moi. Beaucoup d’entre elles avaient été victimes de mauvais traitements ou d’abus dans leur passé. Des abus sexuels ou psychologiques de la part de leurs parents, d’un ancien mari ou compagnon. Aucune d’entre elles n’avait eu de bonnes relations avec ses proches. La plupart n’avaient jamais fait l’amour avec leur mari ou leur compagnon emprisonné. Cependant, certaines bénéficiaient d’une «visite conjugale» qui permet aux couples de partager un moment d’intimité. En réalité, une partie de l’attrait d’une telle relation consiste justement dans le fait que la relation n’est jamais consommée. C’est une idylle pure et sans sexe.

Mais comment expliquer leur attrait pour ce genre d’individu?
Les femmes que j’ai rencontrées sont à la recherche d’une relation sûre et sans danger. Comme leur amoureux ne peut aller nulle part, elles ont un grand contrôle sur leur relation. Ce sont elles qui décident des visites et qui acceptent ou non les coups de fils de leur partenaire. C’est la première fois de leur vie qu’elles avaient un tel pouvoir. Dans ce genre de cas, le public aurait tendance à penser que ce sont les hommes qui ont le pouvoir. Ils en ont bien un: il est psychologique.

Qui sont-elles?
Il n’est pas possible de dresser un portrait type de ces femmes. Certaines sont aisées, d’autres sont pauvres; certaines sont belles, d’autres le sont moins. Parmi elles, il y a des enseignantes, des infirmières, des journalistes. Certaines ont étudié et ont même fait un doctorat. La seule chose que l’on peut relever, c’est que beaucoup d’entre elles sont catholiques. L’une de celles que j’ai interviewées a quitté mari et enfants pour les beaux yeux d’un prisonnier. Une autre était jurée lors du procès de celui qui allait devenir son époux. Elle faisait partie de ceux qui avaient voté en faveur de sa culpabilité. Par la suite, elle est allée lui rendre visite et elle est tombée amoureuse de lui. Une autre, encore, entretenait une relation secrète avec un prisonnier. Son mari, qui était en chaise roulante après un accident, n’en savait rien. Avant d’être handicapé, il la battait. Ces femmes ne sont ni folles ni stupides. Elles ont juste besoin de contrôler la relation et sont à la recherche d’une belle idylle, une histoire romantique.

Mais qu’est-ce qu’un prisonnier leur offre de plus qu’un homme libre?
Du temps! Les hommes qui sont enfermés vingt-quatre heures sur vingt-quatre n’ont pas grand-chose à faire de leurs journées. Ils ont tout le loisir de leur écrire de belles et longues lettres romantiques, de leur dédier des poèmes, de leur envoyer les dessins ou les peintures qu’ils ont faits pour elles. Si elles étaient mariées à un homme libre et qui travaille, ce dernier ne pourrait jamais leur consacrer tout ce temps. Leur relation tient du fantasme romantique, ce n’est pas vraiment de l’amour. Car l’amour, lui, évolue et franchit divers stades. Un homme et une femme se rencontrent, décident de se mettre en ménage. Ils paient les factures ensemble, font des enfants, achètent une maison. En revanche, une relation avec un prisonnier condamné à vie est toujours passionnante et excitante, elle n’a rien à voir avec la routine. A chaque visite, elles se demandent: «Pourrai-je entrer dans la prison et le voir aujourd’hui? Que se passera-
t-il au parloir?» C’est une relation très artificielle.

Comment peuvent-elles vivre avec l’idée que leur mari ou leur amoureux a tué?
Elles sont dans le déni, expliquent que leur homme n’a pas eu un procès équitable, qu’il n’a pas été bien traité, qu’il n’a pas vraiment voulu tuer ou qu’alors il était sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue, que ce n’est pas un mauvais bougre, au fond. Elles affirment vouloir protéger l’homme qu’elles aiment. Elles pensent vraiment ce qu’elles racontent. L’esprit croit ce qu’il a besoin de croire. Elles pensent en tout cas qu’il peut changer ou qu’il a déjà changé. Ces détenus n’ont d’ailleurs pas grand-chose d’autre à faire en prison: travailler à essayer de devenir meilleur. Concernant le fait divers qui s’est produit en Suisse, cette jeune femme de 19 ans a peut-être voulu donner une chance à l’homme qui a fini par la tuer. Elle s’est peut-être dit que c’était un pauvre gars, qui n’avait pas eu de chance. Etre un enfant adopté n’est pas toujours un destin facile. Elle devait chercher quelque chose de particulier chez lui.

Et eux, qui sont-ils?
En anglais, il y a un terme pour désigner ces hommes condamnés par la justice. On les appelle des «cons», pour «convicted» (ndlr: reconnu coupable). Cela fait autant référence à leur statut qu’au fait que ce sont des arnaqueurs, un mot que l’on traduit également  par «con» en anglais. Ces gens ne changent pas. Ils sont ce qu’ils sont: des manipulateurs.

Ont-il un pouvoir d’attraction particulier?
Disons que c’est plutôt la société qui fait des méchants garçons des héros, sexy et attirants. Cette image joue certainement un rôle dans leur pouvoir d’attraction et de séduction. Un vrai homme, fort et macho, ne paie pas ses factures et ne laisse pas traîner ses chaussettes, lui, contrairement à un homme normal. C’est la culture et la société que l’on doit blâmer pour cette image et non ces femmes
qui tombent amoureuses. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, il existe des entreprises qui mettent des femmes et des prisonniers en relation – pour une poignée de dollars – grâce à un système de courriels qui sont imprimés et envoyés aux partenaires respectifs. Les condamnés rédigent une petite biographie qu’ils accompagnent d’une photo, et les dames font leur choix. Cette offre à un grand succès…

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