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Ueli Maurer, président low-cost

Mis en ligne le 29.11.2012 à 06:03

DESTINEE Malgré son bilan catastrophique, le patron de la Défense Ueli Maurer devrait être élu le 5 décembre à la présidence de la Confédération.

DESTINEE Malgré son bilan catastrophique, le patron de la Défense Ueli Maurer devrait être élu le 5 décembre à la présidence de la Confédération.

ZURICH, 18 DECEMBRE 2008 Ueli Maurer pose lors de la réception officielle du canton à l’occasion de son élection au Conseil fédéral. Il est entouré de cinq de ses six enfants (Ursina, Corsin, Björn, Sidonia et Benjamin) et de sa femme Anne-Claude. Ne manque que son premier fils, prénommé Ueli.

ZURICH, 18 DECEMBRE 2008 Ueli Maurer pose lors de la réception officielle du canton à l’occasion de son élection au Conseil fédéral. Il est entouré de cinq de ses six enfants (Ursina, Corsin, Björn, Sidonia et Benjamin) et de sa femme Anne-Claude. Ne manque que son premier fils, prénommé Ueli.

THOUNE, ECOLE DE RECRUE En arrivant à la tête de son département en 2009, Ueli Maurer voulait faire de l’armée suisse la meilleure du monde. Il a dû déchanter.

THOUNE, ECOLE DE RECRUE En arrivant à la tête de son département en 2009, Ueli Maurer voulait faire de l’armée suisse la meilleure du monde. Il a dû déchanter.

  1. Ueli Maurer, président low-cost

    DESTINEE Malgré son bilan catastrophique, le patron de la Défense Ueli Maurer devrait être élu le 5 décembre à la présidence de la Confédération.  © Marco Zanoni / Pixsil
  2. Ueli Maurer, président low-cost

    ZURICH, 18 DECEMBRE 2008 Ueli Maurer pose lors de la réception officielle du canton à l’occasion de son élection au Conseil fédéral. Il est entouré de cinq de ses six enfants (Ursina, Corsin, Björn, Sidonia et Benjamin) et de sa femme Anne-Claude. Ne manque que son premier fils, prénommé Ueli. © Alessandro Della Bella / Keystone
  3. Ueli Maurer, président low-cost

    THOUNE, ECOLE DE RECRUE En arrivant à la tête de son département en 2009, Ueli Maurer voulait faire de l’armée suisse la meilleure du monde. Il a dû déchanter.  © Peter Schneider / Keystone

Conseil fédéral. L’UDC de 62 ans devrait être élu à la présidence de la Confédération le 5 décembre prochain, par des parlementaires qui s’interdisent d’analyser son aptitude pour...

Conseil fédéral. L’UDC de 62 ans devrait être élu à la présidence de la Confédération le 5 décembre prochain, par des parlementaires qui s’interdisent d’analyser son aptitude pour le poste.

«Et si vous deviez trouver une qualité à Ueli Maurer, ce serait laquelle?» L’officier se redresse sur sa chaise lorsque tombe notre question sur le conseiller fédéral en charge de la Défense et futur président de la Confédération. L’homme, qui veut bien nous parler à condition que son nom ne soit pas publié – «Maurer coupe facilement les têtes, ces jours-ci» – semble surpris.

Il faut dire que depuis une heure, dans ce bistrot de campagne, il ne cesse de nous expliquer ce qui bloque dans l’armée. Une liste de problèmes longue comme un jour sans pain. Il y a notamment ces centaines de millions de francs de budget non dépensés alors que l’armée manque de tout. Il y a bien sûr ce Gripen, le chasseur suédois censé remplacer le Tiger, dont la procédure d’achat ressemble de plus en plus à une farce qui devrait se terminer par un non cinglant en votation populaire.

Il y a aussi cette «énième» réforme militaire qui n’avance pas, cette hémorragie dans le personnel, complètement démotivé par les incertitudes entourant l’avenir de la troupe, ou encore ce chef, André Blattmann, nommé par Maurer, qui préfère s’aligner couvert sur son patron, un gars d’Hinwil (ZH) comme lui, au lieu de défendre ses hommes.
– Une qualité, vous dites?
– Oui, une qualité.
– Je ne vois qu’une seule chose. Il est gentil, malgré tout.
– Gentil?
– Oui gentil, dans le sens humain du terme. Disons qu’il ne va pas vous mordre si vous le contredisez. Il sait se montrer sympathique. Voire farceur à l’occasion, surtout avec les femmes. Il adore les blondes d’ailleurs. Il ne peut pas leur résister.
 
«Gentil», ce n’était pas vraiment le mot auquel nous nous attendions au sujet de l’ancien président de l’Union démocratique du centre (UDC) qui, petit rappel historique, comparait il y a encore quelques années, sur des affiches, les étrangers à des moutons noirs. Ou qui traitait Samuel Schmid, son prédécesseur à la tête du Ministère de la défense, de demi-conseiller fédéral.

Mais voilà, à écouter ses partisans, à l’UDC essentiellement, ou ses opposants, plus nombreux, dans l’armée, à gauche, à droite et dans les milieux économiques, la gentillesse est bien la seule qualité sur laquelle les nombreuses personnes interrogées par L’Hebdo tombent d’accord.

C’est donc un «gentil» président de la Confédération qui devrait être élu le 5 décembre par les Chambres fédérales. Elu sans conviction, parce que son bilan est catastrophique, sans enthousiasme, parce que l’homme ne soulève pas les foules. Elu sans trop de peine tout de même. Car à notre connaissance, seule la gauche lui prépare une surprise, admet le conseiller national vaudois socialiste Roger Nordmann. «Je ne peux pas en dire plus. Mais nous allons nous réunir au début de la semaine prochaine pour en discuter.»

Probable que le PS boude Ueli Maurer comme le parti de ce dernier l’avait fait en 2010 lors de l’élection de Micheline Calmy-Rey à la présidence. La Genevoise, dont la gestion de la crise des otages suisses en Libye avait été catastrophique, n’avait obtenu que 106 voix sur les 189 bulletins valables. Le parti de Christoph Blocher n’était pas étranger à cette bérézina pour la socialiste, le pire résultat de l’histoire de la Suisse moderne.

Pour déboulonner le probable futur président, il faudrait que l’un de ses collègues obtienne plus de voix que lui. Ainsi le PS pourrait proposer d’élire le radical Didier Burkhalter, patron du Département des affaires étrangères, à la place de Maurer.  

Quoi qu’il en soit, les socialistes auraient tort de ne rien tenter. L’aspirant président a encore fragilisé sa position avec sa gestion de la récente affaire Markus Seiler, du nom du chef du Service de renseignement de la Confédération (SRC) qui n’a pas su repérer un informaticien «instable», victime paraît-il de mobbing et qui a volé des montagnes de données sensibles pour se venger.

Logiquement, le radical Seiler a donné sa démission. Mais elle a été refusée par Maurer qui a plus que jamais besoin des radicaux pour tenir son bateau ivre à flot. Et puis le Zurichois, qui se rappelle parfois qu’il fut un président de parti à succès, veut utiliser le patron du service comme fusible lors de la sortie du rapport d’enquête du Parlement, très probablement assassin pour le SRC. «L’Ueli politique peut se montrer très florentin», remarque le conseiller national Yvan Perrin (UDC/NE), qui a participé avec lui à la victoire des élections fédérales de 2007. «A l’époque, c’était un homme épatant. Très fort politiquement avec un sens tactique aiguisé.» Tout le contraire du conseiller fédéral gris d’aujourd’hui, ajoute le Neuchâtelois.

Cette manœuvre politico-politicienne prêterait à sourire si, pendant ce temps-là, nos 007 ne se retrouvaient dans un vide préjudiciable à la sécurité de l’Etat. Un sujet que personne ne veut évoquer. Surtout pas Maurer qui préfère provoquer. Comme pour souligner ce qu’il dit à tout le monde: la présidence de la Confédération ne l’intéresse pas vraiment. Il pourrait même accepter d’être le premier conseiller fédéral de l’histoire récente à se faire recaler à ce poste.

Dernier exemple en date? Dimanche 18 novembre, il a descendu en flammes les accords bilatéraux signés par la Suisse avec l’Union européenne à l’occasion de la commémoration de la Journée d’Uster. Ce 22 novembre 1830, 10 000 hommes des campagnes zurichoises avaient exigé (et obtenu) une Constitution démocratique pour le canton. Un mouvement populaire récupéré depuis par l’UDC comme un symbole de ce peuple qui remet l’Etat à sa place.

«A cause de tous ces accords, nous avons abandonné notre liberté de négociation et notre capacité de décider par nous-mêmes», a lâché Ueli Maurer devant des militants remontés à bloc avant de se demander si les Suisses auront le courage de les dénoncer.

Bref, de la propagande UDC pur sucre censée appuyer l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse et aussi un joli message d’introduction envoyé à des partenaires européens qu’un président de la Confédération, même europhobe, doit, ou du moins, devrait rencontrer durant son année de règne. Surtout en cette période de tension fiscale avec nos voisins.

Poing fermé. A droite, on sourit jaune lorsqu’on évoque cette dernière sortie de «l’Ueli». Mais, promis, on ne dira rien. On fera le poing dans sa poche le 5 décembre au moment d’élire ce fils de paysan qui fête son 62e anniversaire le 1er décembre. «Que voulez-vous que je vous dise, semble presque s’excuser Christophe Darbellay, président du Parti démocrate-chrétien, c’est le tour de l’UDC de présider le gouvernement. Et Maurer est leur conseiller fédéral quota. On doit faire avec. C’est ainsi que fonctionnent nos institutions. De toute manière, il aurait fallu le virer du gouvernement à la fin de l’année dernière, au moment de la réélection du Conseil fédéral. Or personne n’a voulu me suivre sur cette idée. Aujourd’hui, c’est trop tard.»

Même topo chez les radicaux où on explique que ce n’est pas le moment de provoquer une nouvelle crise institutionnelle sous une Coupole fédérale secouée par dix années de rebondissements après la non-élection de la démocrate-chrétienne Ruth Metzler en 2003, puis celle de Christoph Blocher en 2007. «Il est temps de travailler, explique l’un d’eux. Avec l’échec de l’accord fiscal avec l’Allemagne, il y a le feu dans la maison.»

Hypocrisie. Bref, les partis vont faire profil bas le 5 décembre. Vive l’hypocrisie. D’autant que tout ce petit monde n’hésite pas à souligner que le Zurichois n’est pas fait pour le job de conseiller fédéral et encore moins pour celui de président. «Vous l’imaginez monter à la tribune de l’ONU à New York lors de l’Assemblée générale et parler de paix dans le monde», sourit un diplomate suisse alors qu’un militaire s’inquiète: «Maurer est souvent incontrôlable au niveau de sa communication. Il lit rarement le discours qui lui a été écrit. Il s’exprime souvent à l’instinct.»

Or il n’est pas sûr que cette technique, sûrement très efficace pour soulever les foules sous les cantines de l’Oberland zurichois lors des fêtes de musique ou à l’occasion du 1er Août, ou encore devant des soldats sur une place d’armes, reçoive le même accueil sur les tapis rouges des grands de ce monde.

Qu’on se rassure, Ueli Maurer a promis de ne pas trop sortir des frontières helvétiques. Il aime peu les voyages. Et, surtout, il déteste l’apparat des grands rendez-vous et même, plus largement, tout ce qui peut ressembler à un politicien ou à un président. Ce fils de paysan aux origines modestes, qui parle moyennement l’anglais, n’est pas à l’aise dans cet univers, même s’il fait son maximum pour ne pas le montrer. «Cet homme a une haute estime du peuple. Mais il n’aime pas l’Etat», résume l’un de ses proches.

Comme il n’apprécie pas les privilèges qui vont avec la fonction. Un exemple? Il ne prend que rarement l’avion du Conseil fédéral. Question d’économie et de principe. Il lui préfère les vols en classe économique, voire en low-cost. Pas pratique dans ces conditions de sortir des dossiers confidentiels pour préparer les rencontres. Pas facile non plus pour les pays qui l’accueillent de le retrouver au milieu du flot de passagers afin d’assurer sa sécurité.

Quant à l’avion de l’Etat, il en est réduit à voler à vide pour l’entraînement des pilotes militaires et pour faire fonctionner le matériel. «Maurer est même tombé par hasard en 2010 sur nos hommes à l’aéroport Charles-de-Gaulle de Paris, raconte un officier des Forces aériennes. Lui avait pris un vol régulier. Eux avaient volé sans passager pour un exercice.»  

Alors, inquiets, nos grands électeurs, de cette politique de la chaise vide sur la scène internationale? Même pas peur. Tout d’abord, ils vous répondent que «l’Ueli» ne sera pas tout à fait lâché dans la nature et que la présidence de la Confédération – que Maurer voit essentiellement comme la présidence des séances du gouvernement – vaut ce qu’elle vaut (lire encadré ci-contre). Et, disent-ils, ce n’est pas le premier ni le dernier mauvais conseiller fédéral à atteindre ce poste.

JO sacrifiés. Sa gestion du dossier des Jeux olympiques d’hiver aux Grisons en 2022 est d’ailleurs le dernier exemple en date d’un certain dilettantisme. Maurer, qui s’est souvenu tout à coup qu’il est également ministre des Sports, a réussi à braquer tout le monde – et même ses propres troupes – en attendant le dernier moment pour lancer une consultation alors qu’il avait une année pour faire le travail. Dix jours pour prendre position, c’était en effet un peu peu pour fédérer autour d’un projet de plusieurs milliards de francs. Maurer aurait voulu le tuer qu’il ne s’y serait pas pris autrement…

«Soit c’est un incapable. Soit il se moque de la fonction», glisse un militaire. Un peu des deux, mon capitaine! En fait, pour ceux qui l’ont côtoyé plusieurs années sous la Coupole, alors qu’il était un conseiller national flamboyant et le président d’un parti en pleine ascension, «l’Ueli» n’est plus que l’ombre de lui-même. Il s’ennuie, paraît-il. Il le dit autour de lui. Et une non-élection à la présidence pourrait lui donner le prétexte pour claquer la porte d’un gouvernement où il est souvent minorisé.

«On a l’impression qu’il se moque de tout. Qu’il est coincé par le système alors qu’il voulait partir à la retraite en 2003 après l’arrivée au pouvoir de Christoph Blocher», souligne un socialiste.

Le problème, c’est que l’éviction du maître Blocher, de son mentor à qui il doit de ne pas avoir terminé sa carrière comme gérant d’un magasin pour articles agricoles, a obligé celui qui passait pour le porte-serviette du chef à monter au front. Il n’y avait que lui de toute manière. Alors le politicien de campagne s’est sacrifié tout en regrettant les conseils d’administration qui lui auraient permis d’arrondir ses fins de mois de retraité. Il s’est présenté pour le bien du parti. Et il a été élu tout en continuant à aller petit-déjeuner très régulièrement avec le roi Blocher.

Au début, cela l’a amusé, lui qui n’a jamais aimé les conseillers fédéraux. Même pas les siens. Puis, après deux ou trois mois, il s’est rendu compte qu’il fallait travailler et qu’il y avait plein de problèmes à régler dans l’armée, dont de nombreuses mines budgétaires posées par lui et ses propres troupes, observent maints parlementaires fédéraux.

Du coup, Ueli Maurer a commencé à s’ennuyer tout en se faisant tirer dessus par tout le monde pour son inaction. Mais ne rien faire, n’écrire que rarement un corapport, voter comme les radicaux au Conseil fédéral et ne jamais prendre d’initiative est aussi une politique, non? Il a donc appliqué cette tactique à la lettre.

Soutien à Widmer-Schlumpf. Lors de la rédaction du nouveau rapport de politique de sécurité, il n’a tellement rien fait que ses collègues du gouvernement ont dû terminer le travail à sa place. En parallèle, il a perdu la responsabilité de la stratégie de cyberdéfense nationale reprise par le Département des finances. «En général, il va trop dans les détails au lieu de rester dans les grandes stratégies», critique un officier.

Et la réforme de l’armée, promise pour cette décennie? Elle patine. «Au sein du Conseil fédéral, il passe son temps à défendre des causes perdues et à laisser filer ce qu’il pourrait avoir», témoigne un proche. L’effet Calimero, sans doute… Celui de l’éternel incompris, le martyr de l’UDC qui, seul au gouvernement, ne peut pas appliquer la politique voulue par un tiers des Suisses.

En fait, l’isolement a bon dos. Maurer va régulièrement manger avec la démocrate-chrétienne Doris Leuthard. Il lui arrive d’appuyer Eveline ­Widmer-Schlumpf (Parti bourgeois-démocratique), qu’il avait pourtant traitée naguère d’«appendicite».

Et, surtout, il s’aligne très souvent sur les positions des deux radicaux qui le lui rendent bien. «Il n’est jamais leader. Mais cela ne l’empêche pas de gagner parfois. Et de se ramasser souvent», poursuit notre source. Une situation qui, on s’en doute, ne doit pas être facile à vivre au quotidien et qui pourrait le pousser, après son année présidentielle, à rendre son baluchon pour laisser la place au conseiller national Thomas Hurter, l’homme qui monte au Parlement.

Et ne croyez pas que seuls ses ennemis doutent d’Ueli Maurer. Dans les rangs UDC aussi, les esprits se réveillent, même si le conseiller fédéral zurichois peut compter encore sur de solides alliés sous la Coupole en la personne du conseiller national Hans Fehr ou de Toni Brunner, président du parti. C’est aussi et surtout autour de lui qu’il peut compter sur des hommes loyaux à l’UDC, «de vrais idéologues», notamment Yves Bichsel, chef de son état-major, et Matthias Müller, un de ses conseillers personnels, son ghost writer. «C’est le shadow cabinet, le cabinet fantôme, s’amuse un militaire. Ils remettent chaque fois Maurer sur les rails du parti dès qu’il aurait l’idée de s’en éloigner.» Chaque fois qu’il pourrait imaginer envoyer l’armée à l’étranger pour des opérations humanitaires, par exemple.

Mais que murmurent les UDC critiques? «Que Maurer est au niveau d’un Conseil fédéral très faible», analyse Jean-François Rime, conseiller national UDC fribourgeois et surtout président de la puissante Union suisse des arts et métiers (USAM). Yvan Perrin abonde: «Les autres membres du Conseil fédéral ne sont pas des lumières non plus. Cela dit, si on veut une présidence brillante, il ne faut pas compter sur Ueli Maurer.»

Finalement, on n’est jamais aussi bien trahi que par ses propres amis...

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Année présidentielle

A chacun son style, sans filet

Par Catherine Bellini

A Berne, on a quand même bien du souci. Ueli Maurer président? Lui qui, deux ou trois fois par an, se distancie ouvertement du gouvernement, lui qui lance des piques contre l’Union européenne? Quelques rides de plus se creusent sur le front de ses six collègues.

Qu’à cela ne tienne, le président UDC ne sera pas plus entouré que d’autres avant lui. Il bénéficie de l’appui et des conseils diplomatiques de l’ambassadeur Tim Enderlin, chef des Affaires présidentielles et du protocole. Rattaché au DFAE, ce dernier prépare les voyages à l’étranger, assiste le président quand il reçoit des hôtes. Au sein du Département de la défense, pas trace de task force: c’est Jean-Blaise Defago, le conseiller personnel d’Ueli Maurer, qui gère l’année présidentielle avec juste un renfort côté secrétariat.

Dans les coulisses des Affaires étrangères, on se rassure grâce à la méthode Coué. Ça ira, ça ira. Au Sommet de la francophonie à Kinshasa, tout s’est bien déroulé. Ueli Maurer a le souci de bien faire et il écoute les conseils des diplomates. Ce serait son côté patriote: les provocations en Suisse sont une chose, mais il ne va pas jouer la réputation de son pays au-delà des frontières. Lui-même insiste: il ne cherche pas les voyages, mais si sa présence est jugée utile pour le pays, il ira. Le ministre UDC opère comme un retour en arrière, du temps où les présidents de la Confédération n’étaient pas censés quitter le sol helvétique.

Ce roi de l’understatement le répète à l’envi: la seule prérogative du président de la Confédération est de… présider les séances du Conseil fédéral. Pour le reste, une année présidentielle ressemble à ce qu’on en fait. Eveline Widmer-Schlumpf, très prise par ses Affaires financières, a accompli le minimum syndical: réception de début d’année avec le corps diplomatique étranger et discours à l’Assemblée générale de l’ONU.

Pascal Couchepin s’était lancé dans un tour du monde et avait soigné les relations internationales tandis que Micheline Calmy-Rey, qui voyageait de toute façon en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, y avait ajouté un tour de Suisse et des rencontres avec la population. Comme Samuel Schmid, qui, lui, avait pimenté son tour d’un effet «surprise», débarquant sans avertir.

Jusqu’ici, la presse étrangère s’est surtout intéressée à une présidente: Ruth Dreifuss, première femme et première juive dans cette fonction.
Mais au fond, ce qu’on retient d’un président relève rarement de la planification. De quoi se souvient-on? Des déconvenues de Hans-Rudolf Merz avec le président Kadhafi, issues d’une action spontanée et isolée. Des critiques de Samuel Schmid envers le régime tunisien au Sommet de l’information. Des mots justes de Moritz Leuenberger lors des catastrophes de 2001, dont les attentats de Zoug et du 11 septembre.

De toute façon, Ueli Maurer refuse d’étaler ses plans. Il a décidé de donner deux interviews seulement, l’une en Suisse romande, l’autre outre-Sarine. Il en dira probablement davantage le 27 décembre, lors de sa traditionnelle rencontre avec la presse. Pour l’instant, il attend le 5 décembre.
 

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