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«L’Hebdo» a été leur berceau

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:54

Témoignages. Quand ils ont fait leurs premiers pas dans le journalisme, ils avaient encore du  lait derrière les oreilles. Ils sont devenus écrivains, cinéastes, galeristes, directeurs de com ou de ballet, rédacteurs en chef, délégués du CICR… Ils racontent leurs débuts dans le magazine «bon pour la tête».

Pascale Kramer



Ecrivaine. 
A L’Hebdo de 1981 à 1982.


«Je n’avais même pas 20 ans et j’avais quitté la fac de lettres. J’écrivais en autodidacte complètement dyslexique. J’ai contacté Jacques Pilet qui m’a confié un petit boulot. Un nouveau président de la Confédération venait d’être désigné. Sa photo en main, je devais interroger les gens dans la rue pour voir s’ils le reconnaissaient. Le résultat était plutôt marrant. Cette anecdote est très typique de la très grande liberté dans laquelle est née l’aventure de L’Hebdo: il y avait une équipe jeune, bourrée d’idées, qui se voyait offrir une sorte de carte blanche pour créer un Nouvel Obs à nous.»


Laurence Mermoud



Journaliste et productrice RTS. 
A L’Hebdo de 1982 à 1988.


«J’ai découvert L’Hebdo à travers une couverture de Jean-Gabriel Zufferey sur les pavés de l’été. C’était tellement bien foutu que j’ai voulu en être. J’ai amené un petit book de critiques littéraires que j’avais rédigées pour La Liberté à Lorette Coen, qui dirigeait la rubrique culturelle, et demandé à faire un stage. On m’a collé une enquête économique sur l’entreprise Matisa… Un cauchemar! Mais j’ai eu mon stage. Je garde un souvenir génial des relations humaines dans la rédaction…»


Jean Ellgass



Directeur exécutif du Béjart Ballet Lausanne.
A L’Hebdo de 1985 à 1988.

«J’ai remplacé la titulaire de l’agenda culturel. J’étais très impressionné de croiser des personnalités comme Pierre-André Stauffer. Et puis j’ai pu publier des articles – je crois que le premier était un reportage sur le Printemps de Bourges… C’était énorme. L’Hebdo m’a appris l’exigence d’être toujours honnête.»


Antoine Jaccoud



Auteur et scénariste.
A L’Hebdo de 1986 à 1988.


«C’est un peu l’histoire d’un bateau qui sombre après avoir erré longuement sur une mer plate et devenue tristement indifférente. Sur leurs canots de sauvetage, mal équipés d’un gilet de piètre qualité, les marins se souviennent du capitaine, de son orgueil parfois agressif mais aussi de sa prestance lorsqu’il faisait hisser les couleurs de l’Europe à côté de celles de la Romandie. Le navire cinglait alors, était beau à voir et se moquait bien des vagues.

Au contraire, il y trouvait sa force, quitte à les provoquer. L’équipage chantait, les cales regorgeaient d’idées, d’envies et d’ambitions éditoriales (et aussi de bouteilles – merci Mado – du Satyre de Begnins). Sur les côtes, les indigènes qui regardaient voguer le navire baissaient leur chapeau à son passage. Puis la mer et les esprits se sont calmés, le capitaine est parti, les pavillons ont été progressivement baissés et l’équipage a cessé de chanter.

On emplit, sur ordre des armateurs, les soutes de montres suisses, à défaut d’autres chargements, mais elles ne firent que ralentir le bateau et l’aider à se perdre. Sur les côtes, ceux qui regardaient fièrement passer le navire se détournèrent, ils avaient découvert la tablette, et s’en trouvaient comme hypnotisés. L’Hebdo navigua longtemps encore, jetant un marin par-dessus bord de temps en temps, dérivant sur cette mer désespérément plate, jusqu’au jour où une torpille le coula à pic.»
 

Régine Buxtorf



Directrice de la galerie RichterBuxtorf, à Lausanne.
A L’Hebdo de 1986 à 2000.


«J’ai commencé par le plus grand des hasards comme fille de courses. J’avais croisé sur le pont Bessières un gars, nommé Léandre, qui amenait les textes de la rédaction de L’Hebdo à l’imprimerie. Il voulait arrêter ce job. Je l’ai remplacé. Je suis arrivée le lendemain et j’ai dit: «Maintenant, Léandre, c’est moi…» Un peu plus tard, Jean-Claude Péclet m’a téléphoné: il cherchait un mi-temps pour la rédaction photo. Ça n’était pas plus compliqué que ça, à l’époque. J’ai des souvenirs fantastiques de ces premières années. On ne s’ennuyait jamais. La structure n’avait pas encore pris le pas sur les personnalités. C’était magnifique. Je n’ai jamais retrouvé cette qualité de débat…»


Suren Erkman



Professeur à la Faculté des géosciences et de l’environnement (UNIL).
A L’Hebdo de 1987 à 1990.


«Jacques Pilet nous poussait sans cesse à sortir du cocon de la rédaction: ne pas se contenter de lectures ni même de coups de fil, aller sur le terrain, humer l’air du large, mettre les mains dans le cambouis et ses bottes dans la boue, tenter de comprendre qui sont les gens qui font de la science, de l’économie, etc.

La force de L’Hebdo, c’était de ne pas s’enfermer dans des rubriques figées, oser s’engager sur des chemins de traverse et se risquer à défricher de nouveaux territoires: télécoms, informatique, biotechnologies, et surtout développement durable.

La rédaction était une équipe remarquablement chaleureuse. Je me souviens de mémorables soirées avec Alain Jeannet pour préparer un supplément spécial sur les télécoms, une thématique qui flairait bon l’avant-garde à la fin des années 80.

C’est enfin dans ce magazine que je me suis vraiment mis à l’allemand, à force d’aller rencontrer des personnalités alémaniques et de suivre des conférences de presse à Zurich. L’Hebdo ne s’intéressait pas qu’à la Suisse romande, il a beaucoup contribué à mieux faire connaître la Suisse alémanique aux lecteurs romands.»

 

Bernard Rappaz



Rédacteur en chef de l’actualité à la RTS.
A collaboré à L’Hebdo de 1987 à 1992.


«Il y avait à L’Hebdo une équipe formidable, menée par Jacques Pilet. Il savait donner à tout le monde l’envie de se dépasser. Parfois avec une certaine brutalité (rire). Il arrivait qu’un article soit déchiré en deux le dimanche soir avec obligation de le refaire pour le lundi matin. On se retrouvait tous les mercredis pour une grande séance, et on avait l’impression de refaire le monde.

On malaxait l’actualité romande et internationale, on lisait autant les petits journaux locaux que les grands titres internationaux. Ça m’a appris à changer de focale, à regarder la petite actualité locale à travers l’actualité internationale. Je venais de mon petit canton du Valais et je me retrouvais à Lausanne avec de grands journalistes. Jacques Pilet savait réunir des gens venus de tous horizons, de milieux différents. C’était très stimulant!»


Renata Libal



Rédactrice en chef du magazine encore!.
A L’Hebdo de 1988 à 1999.


«Puisqu’il faut n’en choisir qu’un, ce sera le souvenir embarrassant du jour où, jeune stagiaire à la fin des années 80, je me coltinais un long article sur les sous-vêtements masculins. On notait alors l’arrivée joyeuse des caleçons larges et bariolés dans les garde-robes masculines et il s’agissait de mesurer les contours de cette nouvelle coquetterie.

Me voilà donc au téléphone pour tenter de donner chair – si je puis dire – au phénomène. A tout hasard, j’ai appelé Pascal Auberson: était-il plutôt slip ou caleçon?… Je me souviendrai toujours de l’interminable silence que le génial musicien m’a imposé au bout du fil. Il a fini par me demander si on ne pouvait pas plutôt s’entretenir de l’avenir du monde. Grand moment de solitude…

Mais à L’Hebdo, nous avons appris à faire aussi ces articles-là, à donner du sens aux petits signes du quotidien, à porter un regard aimant et curieux sur toutes les révolutions, y compris les plus intimes – pas seulement celles qui secouaient les mondes politique et économique. Nous avons appris à oser poser les questions les plus incongrues. Aucun sujet n’était trop futile, pour peu que l’on parvienne à lui donner du sens et de l’élan sur le papier.»


Pierre-Yves Borgeaud



Cinéaste, Léopard d’or vidéo à Locarno en 2003.
A L’Hebdo de 1988 à 1999.


«Il y avait à L’Hebdo une grande exigence rédactionnelle, autant sur le fond que sur la forme… Au début, je m’occupais surtout de musique. On me demandait de parler des nouvelles tendances. J’ai écrit le premier article jamais paru sur le groupe lausannois Sens Unik, j’ai écrit sur le hip-hop, l’acid house, la world music.

J’ai également tenu une chronique sur la télévision, visionnant des centaines d’émissions que je décortiquais. Cela a été très formateur pour mon métier actuel de cinéaste. Très tôt, nous avons dépassé le cadre strict de l’écran de TV pour nous intéresser aux CD-ROM et à l’internet. Jacques Pilet avait une vision, c’était formidable!»


Serge Enderlin (dit Le Blob)



Journaliste-reporter indépendant associé à la RTS.
A L’Hebdo de 1989 à 1996.


«Je suis arrivé en août 1989, trois mois avant la chute du mur de Berlin. Le monde s’ouvrait. Et L’Hebdo meurt au moment où le monde se referme. Il y a des raisons d’être extrêmement sombre sur l’avenir du monde… L’Hebdo, à l’époque, c’était un peu la Rolls de la presse. C’était un honneur énorme d’être engagé par Jacques Pilet. J’ai adoré ces années. J’ai trouvé des gens formidables. L’Hebdo était l’endroit le plus fun du monde. Nous avions une forme d’arrogance, ce romantisme qui fait partie du quatrième pouvoir. Au moins, on a bandé!

Aujourd’hui, c’est vachement plus difficile. A L’Hebdo, j’ai compris qu’on n’était pas forcément petits parce qu’on était Romands. Il n’y avait pas besoin d’habiter une métropole pour être curieux. Aujourd’hui, on risque de redevenir provinciaux.»
 

Elisabeth Stoudmann



Journaliste, cofondatrice de feu le magazine Vibrations, cheffe de projet dans le domaine de la musique, coordinatrice des activités de l’Aga Khan Music Initiative au Mali et en Europe.
A L’Hebdo de 1989 à 2002.


«Je me souviens avant tout de l’ambiance formidable et sympathique qui régnait au sein de la rubrique culturelle, due avant tout à Antoine Duplan. Il écoutait Bob Dylan, moi plutôt du rap et il s’en moquait, disant: «Toi, tu as encore du lait derrière les oreilles…» A l’époque, ça m’énervait beaucoup (rire) et je rougissais facilement.

C’est à L’Hebdo que j’ai appris le métier de journaliste, à définir des angles originaux et exigeants. Nous avions une grande liberté et de la place dans le magazine pour traiter de sujets hors du commun, pour faire des reportages, partir à la découverte de choses peu connues à l’époque…»
 

Béatrice Schaad

Directrice de la communication du CHUV, à Lausanne.
A L’Hebdo de 1990 à 1994 et de 1997 à 2004.


«Je suis entrée à L’Hebdo comme secrétaire – oui, j’avais un peu menti à Jacques Pilet… Comme il me voyait taper avec deux doigts, Antoine Duplan m’a demandé: «Vous êtes sûre que vous êtes secrétaire?» Je lui ai avoué que je voulais faire du journalisme. Il m’a emmenée boire un verre avec le regretté Pierre-André Stauffer. Celui-ci m’a dit: «Journaliste, c’est le pire métier du monde», ce qui m’a donné encore plus envie.

J’ai découvert des figures magnifiques comme Pierre Veya, Michel Audétat, Eric Hoesli… J’ai découvert ce qu’était la puissance d’une rédaction où se mélangeaient passion et curiosité. La force des propositions éditoriales amenées par des talents individuels, chapeautés par un rédacteur en chef qui avait une vision politique de la Suisse et du monde. C’était exactement le contraire de ce que propose aujourd’hui Google. Un journal qui meurt, ça nous laisse seuls face aux logiciels.»
 

Julien Perrot



Rédacteur en chef de La Salamandre.
A L’Hebdo de 1992 à 1995.


«Alain Rebetez avait fait mon portrait, intitulé «Le Mozart naturaliste». Cet article, publié la semaine de la chute du mur, avait eu un grand impact et amené plein d’abonnés à La Salamandre. Deux ans plus tard, j’ai contacté Pierre Huguenin pour dire que je trouvais nulle l’absence d’une rubrique consacrée à la nature. Le rédacteur en chef, Jean-Claude Péclet, m’avait confié une page qui paraissait huit semaines d’affilée au printemps et huit en automne. Ça a duré trois ans. C’était ma première expérience de journaliste. Jusqu’alors, j’observais autour de chez moi.

Là, j’ai appris le métier. On m’a fait récrire des textes. C’était un beau défi. Et super qu’un grand média ménage un espace significatif pour la nature. La décision d’arrêter L’Hebdo est écœurante. Quand on n’aura plus d’outils pour réfléchir, la démocratie ne vaudra plus grand-chose.»


Pierre Nebel



Correspondant parlementaire à Berne, RTS.
A L’Hebdo de 1999 à 2006.


«Après mes études et deux ans à Taïwan, je travaillais dans l’industrie de la montre, chez Rado. Je m’y ennuyais comme un rat mort derrière une armoire normande. Je m’intéressais au journalisme et j’ai écrit à L’Hebdo, où j’ai été reçu par Ariane Dayer. Après un premier article – un portrait d’Aimé Pouly – j’ai été engagé. J’ai ainsi découvert un métier qui s’est révélé être une véritable vocation, le plaisir d’écrire, des collègues formidables, l’esprit de débat et, à cette époque qui était encore un âge d’or, une certaine impertinence.»


Sonia Arnal



Rédactrice en chef adjointe du Matin Dimanche, Lausanne.
A L’Hebdo de 1999 à 2008.


«Mon premier jour a été apocalyptique. En fait, il n’y a jamais eu de premier jour: ma cadette a vomi au moment de passer le seuil de la crèche, qui n’acceptait pas de garder des enfants malades. J’ai donc dû téléphoner à mon chef pour expliquer que je ne viendrais pas. Ça a été traumatisant. Heureusement, la suite a été incroyable, une expérience très formatrice bien que stressante.

Je me souviens notamment d’un reportage sur la violence à Fribourg, au cours duquel le photographe m’a carrément exfiltrée d’un bistrot alors qu’un type devenait hyperagressif. Et aussi d’un sujet qu’on nous a commandé, avec ma collègue Sabine Pirolt, sur la sodomie dans le couple… On m’en parle encore aujourd’hui!»


Paul Ackermann



Directeur de la rédaction du Huffington Post, Paris.
A L’Hebdo de 2002-2007.


«Stagiaire à L’Hebdo, j’ai intégré la rubrique suisse, où j’ai côtoyé des collègues de la trempe de Chantal Tauxe, Michel Guillaume et Pierre-André Stauffer. J’ai ainsi bénéficié d’une plongée privilégiée dans ce que le journalisme politique compte de plus exigeant. J’ai aussi beaucoup appris de Serge Michel, une des grandes plumes suisses du journalisme international, avec qui je suis allé couvrir les attentats de Londres en 2005, et de Sonia Arnal lors de mon passage en rubrique société, où j’ai appris à prendre en compte le quotidien des gens dans ma lecture de l’info. Il y a aussi l’aventure du Bondy Blog, qui est centrale dans ma carrière, car c’est cette première expérience sur le web et m’a ouvert les portes de la France et du numérique.»


Christophe Schenk



Chef de la rubrique Société-Culture, Actualité TV à la RTS.
A L’Hebdo de 2005 à 2011.

«Ce que L’Hebdo m’a apporté? Mon premier article rémunéré. L’apprentissage d’un métier. Le goût du débat. Quelques grandes engueulades. Le courage de suivre mes intuitions. Le courage de changer d’avis. Mon premier blog. Des reportages à travers l’Europe et la Suisse romande. Des découvertes et des rencontres. De la rigueur, de l’abnégation et un peu de mauvaise foi.

De l’espace pour imaginer des projets un peu fous. Pas mal de nuits blanches. Le bonheur de concrétiser des projets un peu fous. Quelques fêtes mémorables. Des amitiés précieuses. De beaux souvenirs et quelques regrets aussi. La passion de ce métier.»


Tasha Rumley
 



Cheffe adjointe de sous-délégation du CICR à Malakal, Soudan du Sud.
A L’Hebdo de 2007 à 2012.

«C’est l’aventure des Blogtrotters qui m’a lancée dans l’exercice du reportage libre puis m’a ouvert les portes de la rédaction. L’Hebdo était pour moi entouré d’une aura de prestige, celle du grand journalisme; jamais je n’aurais pensé pouvoir y travailler un jour. Ce magazine est une porte vers l’inconnu: contrairement à l’obsolescence programmée du contenu des quotidiens, il garde une valeur au-delà de sa semaine de publication.

L’Hebdo avait la chance de pouvoir échapper à la dictature de l’actualité, il pouvait explorer des thématiques de société ou des coins du monde négligés, proposer à ses lecteurs des sujets propres dont la seule raison d’être est un intérêt en soi.»


Matthieu Ruf



Ecrivain, membre de l’AJAR, Prix Georges-Nicole 2016 du premier roman inédit.
A L’Hebdo de 2009 à 2012.


«Je sortais de l’uni et c’était mon premier boulot. J’ai participé à l’aventure des Blogtrotters puis j’ai pu faire un stage de deux ans à la rédaction. J’y ai appris l’endurance, la résistance et la persévérance. Des qualités qui me sont toujours utiles aujourd’hui. J’ai aussi découvert des pans de la société que je ne connaissais pas.» 


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